Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Rencontre avec l'équipe de "What the fake"

La chaîne publique belge francophone sait combien les jeunes aiment les réseaux sociaux, télécharger les films sur le Net et abandonnent la télé aux parents. Alors, pour continuer à garder le lien, des web-séries sont mises en ligne. Un « épisode » de What The Fake se décline en deux temps ; une fiction dans laquelle de jeunes comédiens abordent un sujet qui préoccupe les 12-18, dans une mise en scène simple, ensuite, le sujet est abordé par les jeunes eux-mêmes rencontrés et interviewés dans la rue, dans les parcs, à la sortie des écoles ou même dans des centres de jeunes. Nous rencontrons l'équipe en plein tournage d'un micro-trottoir à la Maison de jeunes de Watermael-Boitsfort : Jérôme Vandewattyne, le réalisateur, Zacharia, un comédien et Detch, la présentatrice.

Avec le réalisateur – Jérôme Vandewattyne

C.: Comment es-tu arrivé sur ce projet ?

Jérôme Vandewattyne : Un peu par hasard en fait. Je réalisais des films un peu « trash » pour le festival du film fantastique. Une amie m'a parlé d'une productrice à la recherche d'un jeune réalisateur dynamique pour une série, au montage et à la mise en scène assez originale, avec de jeunes comédiens. Le projet m'a tout de suite séduit car il proposait une grande liberté de réalisation, et de créativité. On a réalisé un épisode pilote qui traitait du « Boston Killer », cet homme qui a commis un massacre aux USA, je trouvais le ton intéressant. La RTBF est entrée en jeu et nous a commandé une première saison qui a débouché sur une seconde. Je réalise souvent des petits films avec peu de moyens, ce qui implique une certaine efficacité dans la mise en scène, et c'est justement ce qu'ils recherchaient car le tournage de la série est à raison d'un épisode par semaine. Étant donné que je réalise et monte, on peut tourner le mercredi, puis je monte le jeudi avant la validation RTBF du vendredi. C'est cette urgence qui nous permet d'avoir un montage très dynamique, incisif, quitte à déroger à quelques règles de réalisation classique. Le tout donne un ton frais et jeune à la série.

C.: Comment sont choisis les sujets abordés ?
J. V.: Les sujets sont définis par Valérie Magis, la créatrice du projet What The Fake, qui est aussi productrice et scénariste.

C.: Les sujets abordés sont destinés à un public jeune.
J. V.: Oui. Le but est d'offrir un espace de dialogue avec les jeunes, les laisser s'exprimer sur les réseaux sociaux. On met en scène des petites situations, une sorte d'amorce par rapport à un débat défini. On interpelle les jeunes, qu'ils aiment ou pas, ils ont un avis et peuvent le partager. Avec les réseaux sociaux, on n'est pas obligé d'être face caméra, ce qui décomplexe les jeunes.

C.: La série est-elle uniquement diffusée sur Internet ?
J. V. : Oui. La saison 1 était aussi diffusée sur La Trois, mais on a cessé de la faire, car on s'est rendu compte que les ados ne la regardaient pas forcément à la télévision. De plus, le programme était trop court pour trouver une place intéressante dans la programmation. Les jeunes vont plus facilement sur le site What The Fakeou sur Facebook et interagissent entre eux ou avec les différents acteurs. Une fois publiées, les vidéos peuvent être revues à souhait, c'est aussi un plus. Ce qui est intéressant dans ce projet, c'est qu'il n'y a pas vraiment de filtre, chacun peut s'exprimer comme il l'entend, avec ses mots. Sauf en cas de propos injurieux évidemment, dans ce cas des médiateurs interviennent pour censurer. Idem pour les épisodes, on donne la parole à tout un chacun, sans aucune distinction.

C. : Vous êtes sur le point de tourner un micro-trottoir. Comment est-ce que ça fonctionne ?
J. V. : La partie fiction est achevée, on entame maintenant les micros-trottoirs, aidés de notre animatrice, Detch. Pour ça, on peut par exemple aller à une sortie de métro, où on interpelle directement les jeunes avec la caméra. En prenant bien le soin de leur demander leur autorisation évidemment. On peut aussi regrouper des jeunes en fixant un rendez-vous dans une maison de jeunes, via les réseaux sociaux. Ensuite Detch présente le sujet - cette fois ce sont les parents – et les jeunes débattent. Une fois la matière recueillie, je passe au montage le soir même avant de le proposer à la RTBF.

Zakaria , comédienAvec un comédien - Zacharia

Cinergie : Quel rôle joues-tu ?

Zacharia : Mon propre rôle en fait. On a tous gardé nos prénoms, pour garder une proximité avec les jeunes. Je suis un garçon qui aime bien délirer, s'amuser donc j'essaie de le retransmettre un maximum à l'écran.

C. : En plus des tournages, vous avez une seconde mission au niveau des réseaux sociaux.
Z. : C'est ça. On essaie d'être assez actifs sur les réseaux sociaux, pour interagir un maximum avec les jeunes, garder un contact. C'est enrichissant, pour nous comme pour eux. On peut confronter nos avis et c'est toujours intéressant. On permet aux jeunes de s'exprimer de manière assez libre puisqu'ils ne seront pas diffusés en télévision. Du coup, ils sont plus à l'aise devant la caméra.

C. : Quels sont les retours du public ?
Z. : Il y a de tout. Par exemple, à la suite d'un épisode sur la sexualité, certains estimaient que nous avions étés trop loin dans la fiction, d'autres trouvaient ça amusant. Les avis varient, c'est ce qui rend la série intéressante, car peu de séries ou de films offrent un débat ouvert à tous.

C. : A quel rythme vit la série ?
Z. : La série s'étale sur dix épisodes, un par semaine. La fiction est réalisée dans un premier temps, puis chaque semaine, on se rend dans une ville différente de Belgique pour interviewer les jeunes. Nous sommes déjà allés à Namur, à Liège, à Bruxelles. Les mentalités changent selon les horizons, c'est donc intéressant d'en avoir plusieurs. On essaie aussi de mélanger les différents intervenants d'une même ville, afin d'avoir le débat le plus interactif possible.

Avec l'animatrice - Detch

Cinergie : Au sein de la série, tu assures un rôle de présentatrice. Ton but est de faire parler les jeunes, faciliter l'échange.
Detch : Effectivement, j'ai un rôle d'animatrice, tout comme pour la RTBF depuis maintenant quatre ans, notamment pour l'émission The Voice Belgique. Chaque semaine, on essaie de stimuler la parole sur une thématique bien spécifique.

C. : Est-ce que les jeunes parlent facilement ?Detch, animatrice

D. : Oui, ils sont très réceptifs. Je suis agréablement surprise en fait, car mes expériences passées étaient plus délicates. Comme les thématiques font sens chez eux, je crois qu'ils ont envie de s'exprimer. Ils partagent beaucoup, parfois même des anecdotes un peu embarrassantes. Ce qui est le plus dur par moment, c'est de trouver le bon ton à adopter, car nous sommes des adultes s'adressant à des jeunes. Il faut trouver un compromis entre un contenu pertinent et un ton qui leur plaît.

C. : As-tu eu l'impression que les jeunes ont le souci de l'image ?
D. : Oui constamment. C'est un âge où l'on est très porté sur sa propre image. Par exemple, lorsqu'on aborde des groupes, il y a des moments amusants, mais il y a peut-être moins de fond, car ils sont face aux regards des autres. Dans ces cas-là, l'effet de groupe incite au mutisme ce qui amoindrit la qualité des débats. De temps en temps, c'est bien pour dynamiser, mais on essaie d'éviter pour ne pas rendre le débat stérile. En règle générale, quand les jeunes sont seuls, ils s'expriment facilement, certains ont même été plutôt virulents. Mais de toute manière, au montage, on évite de les desservir. On axe nos questions pour trouver un écho avec la partie fiction, mais on n'oriente pas les réponses. On est très attentif à ce qu'ils nous disent.

C.: Y a-t-il un sujet qui a suscité le débat plus que les autres ?
D. : Évidemment, la sexualité est un sujet qui a beaucoup fait réagir. On l'abordait de manière intelligente, pas juste pour ce qu'elle est mais aussi sur son influence, son hyper médiatisation. C'était très intéressant, même pour nous, car on a vraiment eu l'occasion de voir le changement d'approche d'une génération à l'autre. Un autre sujet qui a bien fonctionné, c'est la télé-réalité. On était au cœur de l'affaire Nabila, ce qui a fortement alimenté le débat. Beaucoup de jeunes étaient persuadés qu'il s'agissait d'un coup de pub pour promouvoir une nouvelle télé-réalité. C'est dire si la télé-réalité va loin !

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