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Rencontre avec Paul Englebert, Secrétaire général de l'Association professionnelle belge des compositeurs de musiques de films, la Belgian Screen Compositeurs Guild.

« Reconnaître le travail du compositeur de musiques de films en Belgique est important »

 

L'an dernier, la Belgique a vu la naissance de sa première Association de compositeurs de musiques de films, initiée entre autres par son actuel Secrétaire général, Paul Englebert. Bien connu des coulisses du cinéma belge, il a été l'un des pionniers du numérique, au début des années 2000.

L'occasion de prendre le pouls avec ce diplômé de l'INSAS qui, à 57 ans, coordonne par ailleurs le pôle film de la SONUMA, l'important pôle de numérisation des archives, enseigne à l'IAD et gère Général Score, une société de composition et de production de musiques de films.

Cinergie : Ce n'est donc qu'en septembre de l'année dernière que notre pays a vu la création d'une Association de compositeurs de musiques de films. Pourquoi aujourd'hui ?
Paul Englebert : Car si je travaille surtout dans l'image, via la SONUMA, la plupart de mes contacts se trouvent dans le son et la musique (NDLR: il a été batteur du groupe Klang, figure de proue de la New wave belge au début des années 80). Et dans ce paysage qui évolue, il y avait une envie générale de créer une coopérative de musiciens de films. C'était utile, tant ce secteur était peu structuré : les compositeurs travaillent seul dans leur cave, ne se connaissent et ne se parlent pas ! Nous avons d'abord imaginé cet organisme francophone, vu la frontière culturelle qui existe dans notre pays, mais la SABAM nous a d'emblée incité à le rendre national, en incluant compositeurs de musiques de documentaires et de jeux vidéos. L'idée étant envisageable, nous avons alors fondé la Belgian Screen Composers Guild, avec un président, Frédéric Vercheval (Mélody, Chez nous...), un vice-président, Michelino Bisceglia (Marina, Le Fidèle...), un président d'honneur, Dirk Brossé (Daens, La Vie Aquatique...), qui est aussi le plus grand chef-d'orchestre belge. Et moi, comme secrétaire-général…

C. : Avec déjà, une soixantaine de membres inscrits en moins d'un an, le besoin de cette fondation était visiblement bien présent...
P.E. : Oui. Presque tous les compositeurs belges s'y sont inscrits ! Ce qui est propice à la création de liens et à la communication. Avec Hughes Maréchal (Quand je serai dictateur, Le Marquis de Wavrin...), nous organisons des ateliers et des réunions pour évoquer les rapports entre compositeurs, producteurs et réalisateurs, la problématique des droits d'auteur, ou encore, de la relation entre les compositeurs et les monteurs, ces derniers venant à leur tour de lancer leur propre organe national : Montage.be. Nous envisageons encore des activités avec l'ASA (l'Association des Scénaristes) et l'ARRF (l'Association des Réalisateurs), tout auteur pouvant déjà avoir en tête les musiques d'un film dès l'écriture. Le succès de ces réunions nous a déjà permis de confirmer le manque qui existait jusque là...

C. : Quels sont vos chantiers actuels, voire futurs ?
P.E. : Nous en avons pas mal, évidemment. Veiller à une rémunération juste des compositeurs, à la production chez nous de musiques de films, et donc, d'enregistrements, mais aussi à la gestion parfois compliquée des droits de chansons, déjà existantes ou non. Il y a aussi un travail de défense du compositeur original, et pour cause : de plus en plus de films, même étrangers, enregistrent leur musique en Belgique, ce qui offre de l'emploi aux studios et aux musiciens. Reconnaître ce poste est donc essentiel. Nous avons, cette année, distribué un catalogue avec nos membres aux festivals de Cannes, Gand et Namur, qui a eu un beau retentissement.

C. : En parallèle, vous vous épanouissez au quotidien depuis bientôt trois ans à la SONUMA, la société de numérisation des archives...
P.E. : C'est le mot. D'autant que nous bénéficions en Belgique d'outils de pointe en Europe, avec une efficacité, une qualité et une rapidité qui nous permet d'archiver et de synchroniser cinq à sept heures par jour de documents, avec seulement six personnes ! Placer ses capacités techniques au service de la pérennisation du patrimoine est passionnant. Cela permet de se rendre compte de la richesse et de l'histoire de la télévision. On visionne parfois des choses que personne n'a plus vu depuis un demi-siècle ! Et je me replonge dans mon propre passé, puisque j'ai été monteur pour la RTBF au début des années 80, par exemple pour l'émission mythique de cinéma Le Carroussel aux Images de Selim Sasson et Paul Krellstein. Et ça m'arrange, car plus jeune, je n'avais pas bien mesuré l'importance de ce programme ! (NDLR : qui est toujours rediffusé par la RTBF, sur La Trois)

C. : Et cet organe d'archivage, encore jeune puisque créé en 2009, se modernise justement en ce moment, en lançant son nouveau site...
P.E. : Oui, car l'impact de la SONUMA est grandissant. De plus en plus de personnes nous témoignent du plaisir à redécouvrir ces archives. Rien que pour la RTBF, nous venons de numériser trois mille de ses huit mille heures stockées. Il nous reste encore du travail et on ne doit pas trop traîner, leur détérioration étant inéluctable. Mais au-delà de la seule chaîne publique, il y a beaucoup de choses incroyables encore inexploitées, comme tous les films d'écoles, ceux produits par des organes divers comme que la Fédération Wallonie-Bruxelles, des films tournés au Congo avant la guerre, etc...

C. : Dans le cinéma, le numérique s'est aujourd'hui généralisé. Vous en avez été l'un des apôtres chez nous.
P.E. : Mon parcours de monteur m'a conduit à travailler entre autres avec des gens comme Léo Ferré, Jaco Van Dormael, Benoît Lamy ou Etienne Chatiliez. J'ai connu les premiers magnétoscopes et surtout, en 1990, les toutes premières prises de vue en haute définition qui ont eu lieu chez nous. La HD a véritablement débarqué au début des années 2000, de plus en plus de films se fabriquant ici. Sous l'impulsion de Wallimage, et avec le caméraman Louis-Philippe Capelle, on a alors eu l'idée de lancer HoverlorD en 2004, une société de prises de vue et de post-production numérique. Jusque là, même si 90% des films se tournaient en pellicule, nous savions déjà que l'avenir était au numérique. Mais la prise de conscience générale n'a eu lieu qu'en 2009, quand est sorti Avatar. Aujourd'hui, 5% de films doivent encore se tourner en argentique. On a mis du temps pour faire comprendre que cette révolution serait bénéfique pour tous. Mais voilà, comme disait Marguerite Yourcenar, "C'est parfois avoir tort que d'avoir raison trop tôt"!


Site de la Belgian Screen Composers Guild : screencomposers.be

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