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Juillet 2017

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Rencontre avec Thierry Laermans, Secrétaire général de Fédération des Cinémas de Belgique (FCB)

« Si le cinéma belge francophone continue à se diversifier, ce sera porteur pour tout le monde ! »

Si la Fédération des Cinémas de Belgique (FCB) fait surtout parler d'elle dans les médias lors de ses bilans annuels, l'unique organe national représentant les exploitants et les salles de cinéma joue bien d'autres rôles pour ses membres, ainsi que dans la promotion du cinéma.
L'occasion d'en prendre le pouls auprès de son Secrétaire général, Thierry Laermans, actif à son poste depuis 2006, après cinq années d'assistanat. Ce Tongrois, parfait bilingue, évoque cet organisme qui s'est constitué en 1991.
Une Fédération née dans le prolongement d'une autre, née au début du siècle dernier et créée pour aider financièrement les nombreuses ...veuves des exploitants de cinéma de Belgique. À une époque où les lampes à feu provoquaient de nombreux incendies mortels...

Cinergie : Vous êtes donc aujourd'hui le seul employé de la Fédération des Cinémas de Belgique...
Thierry Laermans: Oui ! (Sourire). Tout arrive donc vers moi quand il s'agit de régler les problèmes de censure concernant les 500 écrans qui peuplent notre pays. Comme par exemple pour le film Black, qui a dû être interdit aux moins de 16 ans et qui reste un dernier cas marquant dans notre paysage. Mais vu l'évolution des choses, à une époque où beaucoup de tickets se vendent en ligne et où les contrôles de censure deviennent quasi impossibles, nous préconisons plutôt, dans la future législation, un système de recommandation où l'on donnera conseil aux parents et aux enfants. Tout reposera alors sur le client.

C. : Est-ce qu'à l'heure actuelle, tous les cinémas belges font partie de votre organisme ?
T.L: Une bonne partie en est membre, car il n'y a pas d'obligation légale de le faire. L'idéal, et c'est la raison pour laquelle j'ai aussi une mission de prospection, serait évidemment de regrouper tout le monde, afin d'être plus forts encore. Car nous offrons à nos membres une protection et beaucoup d'informations sur l'évolution du marché chez nous et dans le monde. Et puis, nous représentons la Belgique à l'Union Internationale des Cinémas (UNIC). L'Association regroupe en fait autant de francophones que de néerlandophones, de grands groupes comme des indépendants ou des salles d'art et essai. Cette exhaustivité nous permet donc d'avoir une belle vue d'ensemble sur ce qu'est l'exploitation en Belgique.

C. : Lors de votre dernière conférence de presse annuelle, à Flagey, vous avez annoncé la création future d'un outil de calcul des entrées. Quand verrait-il le jour ?
T.L. : En effet. Cet outil, nommé Cinédata, est opérationnel et fonctionne, mais il manque encore un nombre d’abonnés, chez les exploitants et les distributeurs. Le but serait de développer un système permettant à l'ensemble du secteur afin d'avoir des chiffres de salle plus précis et plus réguliers. L'objectif serait aussi d'avoir une meilleure analyse et compréhension du marché. Nous y arriverons, car le besoin est bien réel : notre pays est curieusement l'un des seuls à ne pas encore l'avoir. Ce sera donc bénéfique pour tous les opérateurs liés au septième art.

C. : Dans la publication de votre dernier classement annuel, les dix films belges les plus vus chez nous étaient tous flamands. Cela pourrait-il être différent, à l'avenir ?
T.L.: Oui, car on le sait, la Flandre, en parallèle à son cinéma d'auteur, mise aussi sur un cinéma plus populaire, plus accessible et plus grand public. Mais tout cela n'est arrivé qu'il y a une bonne quinzaine d'années via les séries, qui ont popularisé de nombreux acteurs. Ce public a par la suite accompagné ces acteurs au cinéma, avec le succès que l'on sait. Un exemple parmi d'autres est le film De Zaak Alzheimer, qui a utilisé un acteur de la série Thuis (800 000 fidèles) et un de la série Familie (1 000 000) : le succès est dans ce genre de cas quasi automatique en salle. Veerle Baetens, qui a porté le film The Broken Circle Breakdown jusqu'aux Oscars, provient elle aussi de plusieurs séries. Comme beaucoup d'autres !

C. : Ce phénomène, selon vous, pourrait-il aussi se produire côté francophone?
T.L. : Oui, c'est quelque chose que je ressens. Par réflexe culturel, l'influence française a longtemps été très présente, et elle l'est encore. Et si, côté flamand, on se retrouve donc face à un cinéma à deux voies, côté francophone, on reste encore assez fixé sur un cinéma d'art et essai, plus pointu. C'est logique que cela ait des répercussions sur les entrées. Mais à mon sens, si le cinéma francophone continue, et il a les atouts pour, à produire en parallèle des choses plus populaires pour son public, cela aiderait l'ensemble de son cinéma, y compris les films d'auteur ! Les productions populaires sont en fait nécessaires pour donner de l'oxygène à l'ensemble du secteur. Aller vers tous les publics et diversifier l'offre, c'est toujours porteur pour tout le monde. C'est ainsi dans tous les pays, même aux États-Unis. C'est donc capital d'ouvrir les esprits, et que les esprits s'ouvrent pour le futur. Mais on sent qu'il y a bien un mouvement, par ailleurs indispensable en ces temps de rationalisation économique. Même si tout cela peut prendre du temps, bien sûr.

C. : Au niveau des salles, la question du prix du ticket revient souvent. Votre avis ?
T.L. : C'est vrai et pourtant, contrairement à une idée reçue, le ticket en Belgique est loin d'être le plus élevé, puisqu'il est à un tout petit plus de 7 euros en moyenne. Il n'évolue qu'en fonction de l'indexation. Mais il ne faut pas se limiter à estimer le coût d'une place en regardant le prix d'un gros cinéma bruxellois avec un long film en 3D. C'est loin d'être le cas partout et puis, il faut aussi tenir compte des formules d'abonnements, de promo, pour les jeunes, les seniors, les séances scolaires, les abonnés etc... Si on observe les choses de manière globale et qu'on ne s'attarde pas juste sur quelques gros titres de médias à sensation en manque de clics, annonçant à tort que le ticket est « trop cher » au cinéma, on s'en tire très bien en Belgique. Sans compter que la Belgique figure dans le top européen au niveau des installations, de la technique et des tendances. Car la salle se doit évidemment d'offrir quelque chose en plus d'écrans à domicile, aussi valables soient-ils.

C. : Quid de la suite, pour vous et votre Fédération ?
T.L. : Même s'il n'est pas toujours simple de fédérer, nous servons aussi de catalyseur entre les différents acteurs du secteur. Mais nous travaillons avec des professionnels qui, même s'ils ont parfois des objectifs et des intérêts très différents, savent en général les mettre de côté pour le bien de tout leur secteur. Là encore, c'est profitable pour tout le monde !

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