Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
28/08/2015
Mots-clés : cinéma flamand
 

Rencontre avec Wim Vendekeybus pour la sortie de "Galloping Mind"

Après huit années d'attente, Wim Vandekeybus est parvenu à rassembler les moyens nécessaires pour la réalisation de son dernier long-métrage, Galloping Mind. Le célèbre danseur, chorégraphe, photographe et cinéaste flamand est loin d'être novice en matière de cinéma, lui qui mêle sans complexe images et danse dans ses spectacles et qui a déjà réalisé une série de courts-métrages et deux longs-métrages In Spite of Wishing and Wanting en 2002 et Blush en 2005, un film tiré de son spectacle homonyme. 

Cette fois, il nous conduit dans les Balkans, pour mettre en scène une histoire familiale mêlant trahison et triangle amoureux avec Natali Broods et Jerry Killick. Dans Galloping Mind, le réalisateur raconte l'histoire de jumeaux séparés à la naissance : la fille grandit dans une famille de classe moyenne, tandis que son frère évolue au sein d'un gang de rue. Douze ans plus tard, leurs routes se croisent et ils découvrent leur destinée commune. S'ensuit une aventure palpitante à la découverte de leurs racines et à la recherche de leur indépendance. Mais le passé refait surface...

Wim Vanderkeybus n'a jamais hésité à utiliser le cinéma dans ses spectacles de danse contemporaine. Le film permet, selon lui, de s'immiscer dans la tête de ses danseurs, de s'approcher intimement du rêve. Mais, pour palier la présence abusive de la vidéo sur les scènes contemporaines, le chorégraphe préfère désormais se concentrer sur un médium en particulier.

Après huit longues années en attente d'un financement, le projet peut enfin se concrétiser grâce notamment à l'aide du producteur de Rundskop, Bart Van Langendonck de Savage Film, et à un financement participatif. Indépendamment des problèmes économiques, le film dans son essence présente des difficultés particulières : l'eau omniprésente, mais surtout les enfants. Pour mener à bien son projet, Wim Vandekeybus a dû monter une école pour enfants pour qu'ils apprennent à jouer, pendant huit mois, en Hongrie. Il a fallu les entraîner physiquement, trouver des enfants qui pouvaient monter à cheval sans selle, etc. Autre difficulté liée à la réalisation : jouer dans un pays étranger où le cinéaste était entouré par une équipe de travail inconnue qui devait lui faire confiance, et vice versa. Déterminé, Wim Vandekeybus n'a pas baissé les bras : il a constitué un casting et n'est pas déçu d'avoir attendu.

 Wim Vendekeybus pour la sortie de Ancrer son film dans une région en particulier n'a pas été évident. Hésitant entre le Chili et l'Afrique du Sud, c'est dans les Balkans que Wim Vandekeybus pose finalement ses valises. La Roumanie lui a offert la mer à Constanţa et des paysages sauvages, difficiles à situer; en Hongrie, il a trouvé des enfants qui faisaient du cheval sans selle et une équipe de tournage talentueuse; en Slovaquie, il a rencontré une sorte de cow-boys. Bref, petit à petit, il a constitué ses décors et son casting pour raconter ce conte mêlant à la fois histoire sociale et familiale où la recherche des racines est primordial.

Pour le réalisateur, "savoir d'où on vient est très important. Au Japon, on dit que les fissures donnent de la valeur à la vie et aux gens. C'est une philosophie intéressante pour pouvoir construire. Il faut commencer avec quelque chose qui est cassé, un conflit, et autour, tu peux en admirer la valeur. Ici, il s'agit de destin. "

Dans Galloping Mind, la liberté n'est ni l'apanage des adultes, ni celui des enfants, enfermés par les adultes. Il s'agit de retrouver cette liberté perdue. Pour ce faire, le réalisateur a choisi des enfants sans parents, des enfants libres à qui il a appris à vivre des émotions, à incarner des personnages tout en étant crédibles. Mais cette crédibilité ne doit pas empêcher le rêve : "il faut pousser les images dans quelque chose d'inconscient, de violent, de nostalgique".

Travailler avec des enfants comporte un certain nombre de contraintes, mais c'est une richesse particulière. Pour qu'un enfant joue bien, il faut, selon le cinéaste, le traiter comme un adulte. Les enfants ont dû s’entraîner physiquement, faire des improvisations, se regarder pendant trente minutes les yeux dans les yeux sans rien faire. C'est le genre d'exercices que le chorégraphe peut faire avec ses danseurs. Selon lui, c'est d'ailleurs parfois plus facile de travailler avec des enfants car ils n'analysent pas tout comme les adultes.

Scénariste de son film, Wim Vandekeybus n'a pas vraiment fait appel à d'autres films ni à d'autres histoires. Il souligne : "C'était une histoire que je sentais, j'ai acquis une sagesse grâce à mes anciennes productions. J'ai encore simplifié le scénario, il y a une semaine. Je pourrais envisager de travailler sur un scénario qui n'est pas le mien. Le cinéma doit surprendre, doit questionner. Les films parfaits sont ennuyeux. Parfois, c'est superficiel et on ne ressent pas l'énergie, l'unicité de celui qui fait le film. Avec les enfants, j'ai tenté de trouver quelque chose de rare, d'unique."

Pour interpréter le personnage féminin principal, Wim Vandekeybus a fait appel à Natali Broods. Grande première pour cette actrice flamande sortie du Conservatoire d'Anvers. Après un début de tournage un peu rock'n'roll, Natali Broods a vite pris ses repères avec ce cinéaste plein d'énergie qui n'hésite pas à changer d'avis au fur et à mesure du tournage. Belle expérience cinématographique pour cette comédienne qui oscille entre cinéma, télévision et théâtre. Pour elle, "l'énergie est différente, le cinéma c'est plus intime, le théâtre, c'est plus extraverti. Pour moi, c'est idéal de faire les deux". Actuellement, elle tourne en France avec sa compagnie De Koe avec la pièce Le Relèvement de l'Occident. Théâtre du côté flamand qui, comme son cinéma, se distingue du théâtre et du cinéma francophone, deux manières de faire bien distinctes ce qui peut, selon elle, expliquer le succès du théâtre flamand à l'étranger.

Natali Broods, comédienne Après avoir lu le scénario, la jeune femme était ravie d'incarner son personnage puisqu'elle vient d'être maman de jumeaux, pré requis non négligeable pour jouer dans Galloping Mind. De plus, tourner en Hongrie était une chance car c'est un pays qu'elle connaît bien, même si, elle pense que Budapest est beaucoup plus luxueuse aujourd'hui qu'à l'époque : elle y a passé un an après ses études secondaires. Selon elle, le film ne se veut pas un reflet exact de la réalité hongroise. "Je pense que l'objectif n'était pas de filmer une situation réelle. Il y a peut-être des enfants qui vivent comme dans le film, c'est-à-dire qu'ils sont livrés à eux-mêmes, mais ce n'était pas le but. On voit une Budapest un peu désolée. Les adultes aussi se sentent seuls. Quand je vois le film, je ressens surtout le sentiment de solitude."

Wim Vandekeybus ne va pas s'arrêter en si bon chemin. Il a déjà deux idées de longs-métrages en tête et aimerait qu'un troisième pointe le bout de son nez. Il ne serait pas contraire de travailler sur un scénario qui ne serait pas de lui. Il aimerait juste que les projets se réalisent dans un délai plus bref que Galloping Mind. En attendant la suite, on se réjouit de découvrir l'univers de ce chorégraphe notoire dès le 9 septembre 2015 sur nos écrans. 

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