Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2007

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11/12/2007
 

Retour de flamme, l’intégrale

Pour eux, le temps est une poésie mais aussi une épreuve. Depuis plus de vingt ans, l’équipe de Lobster Films, menée par Serge Bromberg et Eric Lange, recherche, identifie, restaure, conserve et met en avant des fragments inédits de cinéma, depuis son invention en 1895 jusqu’à la fin des années 60. Ces films anciens tournés sur pellicule nitrate inflammable ont une durée de vie qui varie entre 80 et 90 ans d’existence, ce qui explique l’urgence à les sauver d’une décomposition inéluctable. Pour certaines copies, l’éphémère a déjà joué : les bobines sont rouillées donc inutilisables. Pour d’autres, même endommagées (images partiellement manquantes, infiltrations de poussières et de rayures dans la pellicule, présence de magenta, …), le sauvetage peut, par contre, avoir lieu à temps.

le retour de flammeCes films anciens, en noir et blanc et en couleur, muets et parlants, d’époques, de durées et de genres différents (burlesque, documentaire, animation, actualité, publicité, western, théâtre, …) auraient pu demeurer confidentiels. Après tout, ne sont-ils pas perçus par beaucoup comme désuets, intellectuels, complexes et déficients visuellement et auditivement ? Pour contrer cet a priori, les membres de Lobster ont voulu entièrement redonner vie aux images en les faisant partager de deux façons. En 1992, les films (des courts métrages pour la plupart) ont commencé à être projetés en salle : Serge  Bromberg y présentait un programme et accompagnait les films muets au piano; les séances Retour de flamme étaient nées. Dix ans plus tard, en 2002, a germé l’idée de lancer une collection DVD (nommée également Retour de flamme) afin de permettre aux spectateurs initiés ou non de s’intéresser aux raretés perlées d’antan. Plusieurs séances à domicile ont ainsi été proposées en l’honneur d’un cinéma inventif, malicieux et follement exquis. En décembre, la collection s'orne de deux nouveautés : la sortie du sixième volume et d’un coffret reprenant tous les films présentés dans les éditions précédentes. Ce moment dans l’année marquera aussi les 15 ans du spectacle Retour de flamme. À l’occasion de la séance anniversaire qui aura lieu le 9/12 au Théâtre du Trianon, à Paris, Cinergie a sélectionné 15 films « lobsterisés », tous DVD confondus.

- Tulips shall grow (animation Technicolor, USA 1942) : Dans un décor enchanteur et coloré, Jan rejoint de ses sabots pressés sa dulcinée, Janette, jolie locataire d’un moulin à vent. Ces deux-là s’aiment et se le disent par tulipes et gâteaux interposés. Soudain, le paysage s’assombrit et les cheveux se dressent sur les têtes en bois : une armée menaçante débarque et rase toute trace du bonheur d’antan (moulins, gâteaux, tulipes). Ciel ! Janette a disparu...

Réalisateur d’origine hongroise ayant fui le nazisme, George Pal est l’inventeur des « Puppertoons » provenant de l’alliance entre « puppets » et « cartoons », ces marionnettes en bois animées filmées image par image en Technicolor. En 44, il reçut un Oscar d’honneur pour ce genre dont est issu le remarquable regard sur la guerre, Tulips shall grow.

mightychaseMighty like a moose (burlesque noir et blanc teinté, USA, 1926) : Ils sont mariés mais souffrent tous deux d'un défaut esthétique : lui, au niveau des dents et elle, du nez. Qu'à cela ne tienne : chacun de son côté se fait opérer en cachette. Méconnaissables, ils se croisent en sortant de la clinique. Patapouf : l'amour les a repérés. Mais que vont en penser les « vrais » conjoints ? Cette comédie relevée est issue de la créativité d’un tandem prolifique : Charley Chase et Leo Mc Carey. Oublié aujourd’hui, le premier, tour à tour acteur, réalisateur et producteur, a été très populaire en son temps.


- Un Monsieur qui a mangé du taureau (comique noir et blanc, France, 1935) : Après avoir dîné, un monsieur devient nerveux, enfile des cornes sur la tête et fonce sur tous ceux qu’il rencontre. La police demande des renforts à Madrid : des toréadors sont dépêchés pour venir à bout du Monsieur qui a mangé du taureau…Devant une caméra, il était discernable par ses rôles de dandy séducteur à la tronche impayable (fine moustache, oreilles décollées, yeux facétieux, bouche pitre) en assortiment à ses cheveux affolants de brillantine ! Leo Mc Carey, lui, est notamment connu pour avoir été l'inventeur du duo Laurel et Hardy et le maître queux d'une certaine Soupe au canard servie en 33 avec les survoltés Groucho, Harpo, Chico et Zeppo. Mighty like a moose fait partie des 45 collaborations entre Chase et Mc Carey.

Ce film irrésistible comporte plusieurs particularités fantasques : son histoire est absolument cocasse, ses images muettes ont été tournées en 1909 et un commentaire plus que fantaisiste a été ajouté en 1935. À quoi est due cette curieuse mixité ? Au moment des balbutiements du parlant, les tournages se révélant longs et compliqués, certains films muets ont été sonorisés. C’est le cas de ce film dans lequel le narrateur, un chansonnier connu dans les années 20 et 30 sous le pseudonyme de Bétove, livre une voix-off des plus extravagantes.

- Baisers volés (noir et blanc et noir et blanc teinté, 1920) : « Oh, vous me chatouillez ! », « Diantre, j’ai laissé tomber mes belles fleurs »,  « Vous êtes fou, John ! », « Oui, c’est d’accord », « Voyons, reprenez-vous mon ami. Que dira papa ? », « Accrochez –vous, je vais vous faire virevolter », … . Les sentiments muets au cinéma ? D’accord mais gare aux baisers…

La censure et le cinéma, une affaire intime. Devant ces baisers successifs échangés dans les années vingt et dans différents pays, la morale d’aujourd’hui n’aurait rien à dire. Mais pour les censeurs de l’époque, il semble que ces scènes avaient bien un caractère « impudique » contraire aux vraies valeurs morales. Elles ont dès lors disparu avant de refaire surface. En 1997, près de Bruxelles, elles ont été retrouvées montées sur une bobine longue de 196 mètres. Ces images ont enfin la possibilité de surgir sur un écran et leurs protagonistes peuvent désormais s’embrasser en toute tranquillité…

- Trois films de prévention du dessinateur O’Galop (dessins animés, noir et blanc, France, 1918) : Comme le dit la chanson, « un petit verre d’alcool, c’est bien peu de choses ». Mais pris trop régulièrement, il peut avoir des effets ravageurs : troubler la vue (hic, c’est bizarre : en sortant du bistrot, les rues se sont raccourcies, les réverbères ne tiennent pas à leur place, et les clés n’entrent plus dans les serrures), engendrer des enfants irrécupérables (« les enfants de l’alcool ») et mener à la prison ou à l’asile. Il y a une alternative à cette noirceur : l’eau et la pratique du sport en plein air rendent fort et victorieux, y compris sur le messager qui fait du porte-à-porte avec son brasero « Tuberculose »…

Petites causes, grands effets, Pour résister à la tuberculose et Le Circuit de l’alcool ont fait partie d’une campagne de santé publique française lancée au lendemain de la guerre. Pour sensibiliser la population à l’alcoolisme et à la tuberculose, Marius Rossillon alias O’Galop, l’inventeur du pneumatique Bibendum Michelin, a attrapé ses crayons et livré des inserts et des conclusions moralisatrices plutôt étonnantes.

cochonLe Cochon danseur (comique noir et blanc, France, 1907) : Avec son smoking et son haut-de-forme, il a tout l’air d’un monsieur sauf que dans la vie, il est plutôt un cochon. Une jeune femme attirante débarque, il lui offre un mouchoir, elle n’en veut pas et le lui jette au museau. Finalement, elle se ravise, lui retire son petit haut. Ils commencent à danser, main dans la patte.

- Danse serpentine dans la cage aux fauves (documentaire noir et blanc colorié au pinceau, France, 1900) : Pour un des numéros de la ménagerie Laurent, les lions se ruent sur les murs et les parois de leur cage. Pour renforcer la tension, le dompteur est parmi eux, tout comme, Mademoiselle Ondine, une danseuse qui, par ses mouvements, offre des ondulations à sa robe aux couleurs changeantes.Avant que le cinéma l’emporte sur le music-hall, celui-ci a formé au spectacle de nombreux comiques dont Chaplin, Keaton et les Marx Brothers. Sur d’autres planches et dans un contexte différent, ce Cochon danseur daté de 1907 offrit à un individu déguisé la possibilité de faire son numéro pendant deux minutes et en plan fixe, le montage et les angles de vue étant encore loin d’exister.

La danse serpentine a été inventée en 1892 par Louis Fuller aux Folies Bergères. À la mode, elle offrait un spectacle dans lequel les mouvements de bras se mêlaient à ceux des robes portées. Cette danse a donné lieu à différentes versions dont celle-ci, liée à un divertissement très populaire à  l’époque : les fêtes foraines. Le public voulait de la curiosité et du sensationnel dans les attractions que ce soit pour le cinématographe naissant, les monstres de foire ou les numéros de bêtes sauvages. Dans le présent documentaire, les animaux côtoient des humains dont une danseuse à la robe devenue magique grâce au coloriage au pinceau. Fantaisie garantie image par image derrière les barreaux.

- Les Femmes députées (comique noir et blanc teinté, France, 1912) : Mesdames Dubois et Dupont se présentent à l’élection des femmes députées. La campagne peut débuter : les colleurs d’affiches et les électeurs prennent parti, les tribunes s’improvisent dans la rue. Et que font les maris ? Ils s’occupent plus ou moins soigneusement de la vaisselle et sortent avec leurs enfants retrouver les collègues également délaissés par leur femme pour la cause politique.

En France, ce n’est qu’en 1944 que la femme a reçu le droit de vote et d’éligibilité. Ces libertés avaient commencé à être réclamées par les suffragettes françaises en 1896 et par leurs consœurs britanniques quelques années plus tôt, en 1860. Cette fiction de 1912 évoque le militantisme de ce mouvement mais aussi la difficulté, lors des débats houleux à la Chambre, à ne pas y laisser des plumes de chapeaux.butte

Les  Gosses de la butte (docu-fiction noir et blanc, France, 1916) : Ils ont reçu l’ordre du général Eugène de se préparer à un combat sans merci : tout à l’heure, ils entreront dans le chou de l’adversaire, la concierge du n°360 de la rue de Caulaincourt. Les chariots faisant office de canons et les munitions de toutes sortes sont réquisitionnées. Accompagnée de drapeaux et de chiens, la parade se met en marche à grands cris et arrivée à destination, passe à l’offensive. C’est sans compter la réaction buttée de l’ennemie. Vite, repli stratégique et évaluation des dégâts à l’infirmerie.

- Arthème avale sa clarinette (comique noir et blanc, France, 1912) : Arthème aime beaucoup sa clarinette jusqu’au jour où il l’avale ! On ne le dit jamais assez : il faut toujours se méfier des instruments de musique !  Ce film court mêlant documentaire et fiction présente un Montmartre bien différent de celui d’aujourd’hui. Parsemé de champs et de moulins à vent, il permet, en pleine guerre, à une bande de gosses entreprenants d’imiter les pères partis au front. À défaut d’Allemands, ce sont les concierges qui feront les frais de leurs ardeurs belliqueuses.

Deux spécificités relatives à ce film très court (près de 4 minutes) : il inclut des effets spéciaux étonnants (heureusement d’ailleurs sinon, ce pauvre Arthème aurait rudement mal à la gorge !) et il a fait l’objet d’une reconstitution image par image, les deux copies disponibles étant relativement endommagées.

The Cook (burlesque noir et blanc teinté, USA, 1918) : Un restaurateur emploie deux pitres dans son établissement : l’un à la cuisine (Fatty Arbuckle), l’autre en salle (Buster Keaton). Nul besoin de se soucier du contenu de la marmite ni de se demander où tomberont les commandes : ces deux-là sont des pros même lorsqu’ils dégustent des spaghettis longs et collants! 

L’intérêt de ce film, hormis ses facéties scénaristiques, tient évidemment à son casting et à sa date de réalisation. Pourquoi ? Quatre ans après The Cook, Arbuckle, gloire du burlesque dans les années 10-20, est accusé du viol et du meurtre d’une starlette. Même si il est acquitté à trois reprises, sa carrière est brisée. Qu’il est loin le moment où Keaton débutait en tant que second rôle à ses côtés…

- Amour et publicité (comédie noir et blanc, France, 1932) : Dans une vitrine d’un grand magasin, les mannequins ont été mis de côté. On leur préfère les visages et les corps plus expressifs des humains. Selon le règlement, on a le droit de dévoiler ses jambes, de chanter, de se marier devant Monsieur le Directeur, d’aller au bal et de recevoir un amant. Oui mais est-on heureux pour autant?  

Bien avant la toute puissance de la télé-réalité, il y a eu Amour et publicité qui combinait déjà surexposition, voyeurisme et marketing.  À noter que ce genre de comédie faisait office d’avant-programme dans les salles de cinéma.

- Excursion dans la lune (féerie en noir et blanc coloriée au pochoir, France, 1908) : Un beau jour, les hommes ont une toquade : « Et pourquoi on n’irait pas sur la lune? ». Dans ce but, ils construisent une fusée, rencontrent les habitants (les lunatiques ou les lunaires ?) et enlèvent la fille du seigneur local. L’excursion est réussie. On repart quand ?

retourSegundo de Chomon, pionnier du cinéma espagnol et réalisateur d’Excursion dans la lune, s’est clairement inspiré de son maître Méliès et de son Voyage dans la lune (1902). La balade se veut féerique (ah, les beaux effets spéciaux), muette et coloriée au pochoir. Petite différence toutefois par rapport à la version originelle : les yeux de l'astre demeurent intacts.


Cette comédie ludique est portée par le fantaisiste James Parrott, le frère très ressemblant de Charley Chase. James commença sa carrière au cinéma grâce à son aîné qui le fit entrer dans les studios Hal Roach en tant que scénariste et figurant dans les films de Stan Laurel et Harold Lloyd. En 1922, le célèbre producteur lui proposa de lancer sa propre série, « The Paul Parott Comedies » dont est extrait cet hilarant Post no bills.- Post no bills (burlesque noir et blanc, USA, 1923) : Cet associé est vraiment un incapable : il commence tard et finit tôt, vient au travail en camion de pompier et n’a rien de mieux à faire que draguer la caissière et donner des coups de pieds au derrière à la collectivité. Comment l’inciter au travail? En l’obligeant à coller des affiches dans la ville. Comment ça, il a une conception particulière de cette mission ?

- The Pest (burlesque noir et blanc, USA, 1923) : Vainement, il tente de vendre la vie de Napoléon. Seulement, les personnes qu’il rencontre sur son chemin ne sont pas vraiment conciliantes à l’égard de sa tactique d’approche et de son discours de commercial. Pourtant, il s’accroche, et lorsqu’il fait la connaissance d’une jeune femme charmante harcelée par son propriétaire, il prend les devants. Un combat, un ennemi, une occasion de paraître héroïque ? Ça, c’est bonapartiste à souhait.

Issu du music-hall, Stan Laurel a fait ses armes humoristiques en 1908 dans la troupe de Fred Karno aux côtés de Chaplin avant de s’essayer, dix ans plus tard, au cinéma. The Pest fait partie des « Stan Laurel Comedies », ces courts métrages burlesques produits par Guilbert Anderson. Déjà présents, la maladresse, l’incompréhension, l’innocence, l’absurde et le mime caractérisent de manière loufoque le personnage qui s'associera plus tard avec Oliver Hardy.

Coffret Retour de flamme : 6 DVD (Lobster Films). Diffusion en Belgique : Come and See.

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