Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
06/10/2006
Mots-clés : sortie en DVD,
 

Retour de Flamme n°5

 

Hormis se procurer leurs chemises au même endroit, qu’est-ce que ce cow-boy rageur a à voir avec ce cuistot concentré ?! Pourquoi un être au nez démesuré se frotte à une lune qui mange les fusées ?! La passion pour la musique conduit-elle à un dérèglement comportemental ? Voyez ce chat et ce clarinettiste… Quelqu’un aurait-il croisé un lapin ? Un petit gars obstiné le cherche. Buster, tu as une idée ?! Youpi : une jeune femme apparaît. Accourez, les gars : elle utilise « Cadoricin » !
Ce mois-ci, la collection « Retour de Flamme » initiée par Serge Bromberg et Eric Lange s’enrichit d’un cinquième volume composé de raretés perlées délirantes. Ces images ont une particularité commune : menacées par le temps et l’oubli, elles ont pu être découvertes, sauvées et promues par l’équipe de Lobster, active dans la restauration visuelle et sonore des films anciens (voir interview de Serge Bromberg paru dans notre webzine précédent).
Dans cette compilation exceptionnelle intitulée « La fabuleuse enfance du cinéma », le retour en arrière, programmé entre 1900 et 1950, a invité son copain, le charme, à toutes les séances. La portée d’une telle association ? Un spectacle inventif, malicieux et follement exquis de plus de trois heures.
- Arthème avale sa clarinette (France, 1912) : Arthème aime beaucoup sa clarinette jusqu’au jour où il l’avale ! On ne le dit jamais assez : il faut toujours se méfier des instruments de musique !  
Deux spécificités relatives à ce film très court (près de 4 minutes) : il inclut des effets spéciaux étonnants (heureusement d’ailleurs sinon, ce pauvre Arthème aurait rudement mal à la gorge !) et il a fait l’objet d’une reconstitution image par image, les deux copies disponibles étant relativement endommagées.
The Cook (USA, 1918) : Un restaurateur emploie deux pitres dans son établissement : l’un à la cuisine (Fatty Arbuckle), l’autre en salle (Buster Keaton). Nul besoin de se soucier du contenu de la marmite ni de se demander où tomberont les commandes : ces deux-là sont des pros même lorsqu’ils dégustent des  spaghettis longs et collants! 
L’intérêt de ce film, hormis ses facéties scénaristiques, tient évidemment à son casting et à sa date de réalisation. Pourquoi ? Quatre ans après The Cook, Arbuckle, gloire du burlesque dans les années 10-20, est accusé du viol et du meurtre d’une starlette. Même si il est acquitté à trois reprises, sa carrière est brisée. Qu’il est loin le moment où Keaton débutait en tant que second rôle à ses côtés…
- Amour et publicité (France, 1932) : dans une vitrine d’un grand magasin, les mannequins ont été mis de côté. On leur préfère des visages et corps plus expressifs. Selon le règlement, on a le droit de dévoiler ses jambes, de chanter, de se marier devant Monsieur le Directeur, d’aller au bal et de recevoir un amant. Oui mais est-on heureux pour autant?  
Bien avant la toute puissance de la télé-réalité, il y a eu Amour et publicité qui combinait déjà surexposition, voyeurisme et marketing. A noter que ce genre de comédie faisait office d’avant-programme dans les salles de cinéma.
- Excursion dans la lune (France, 1908) : Un beau jour, les hommes ont une toquade : « Et pourquoi on n’irait pas sur la lune? ». Dans ce but, ils construisent une fusée, rencontrent les habitants (les lunatiques ou les lunaires ?) et enlèvent la fille du seigneur local. L’excursion est réussie. On repart quand ?! 
Segundo de Chomon, pionnier du cinéma espagnol et réalisateur d’Excursion dans la lune, s’est clairement inspiré de son maître Méliès et de son Voyage dans la lune (1902). La balade se veut féerique (ah, les beaux effets spéciaux), muette et coloriée au pochoir. Petite différence toutefois par rapport à la version originelle : les yeux de l'astre demeurent intacts.
- La Samaritaine (France, 1930) : La vérité est désormais connue : on connaît enfin le sort réservé à une commande passée à la Samaritaine ! Ca va beaucoup mieux tout à coup ! 
Petit film publicitaire vantant l’efficacité du grand magasin homonyme, La Samaritaine a surtout l'intérêt de représenter la vie de famille et les conditions de travail à l’écran. En 1930, le remplissage du bulletin de commande affole tellement les enfants qu’ils en oublient d’enlever leur énorme serviette après le repas ! Et bien avant l’apparition de l’ordinateur, on vérifie à plusieurs reprises le contenu et les destinations des paquets (parapluie pour madame, chemises pour monsieur, caleçons et chaussures pour moutards!).
- Publi-ciné (France, 1935-1950) : Voici six publicités ringardes au possible mais carrément délurées. L’excellence revient à la brillantine « Cadoricin » qui rend les gens vraiment très heureux. La preuve avec un jeune couple fraîchement uni. La veille, elle demandait encore à son chéri : « Quand allons-nous nous marier ? ». Et lui, fort délicat, de répondre : « Quand tu auras de beaux cheveux éclatants et soyeux ! » La solution ? « Cadoricin » bien sûr !
- By Indian post (USA, 1919) : Jode, le cow-boy a le béguin pour Peg, la fille de son patron. Il demande à un ami d’écrire une lettre d’amour à sa place. Seulement, celle-ci est volée par un Indien. Jode n’est pas content du tout. 
La carrière de John Ford a duré plus d'un demi-siècle. By Indian post, un de ses premiers westerns, impose déjà une vision moderne du cow-boy et mêle action, humour et romance. Le film, considéré comme perdu, a été amputé d’une partie. La suite, dans le bonus.
- Cyrano de Bergerac (France, 1900) : Attention, rareté : le film le plus ancien de la sélection date de 106 ans. Coquelin aîné, à l’origine du rôle de Cyrano va se battre en duel mais avant, si vous le permettez, il a une tirade à prononcer.  
On a tendance à croire que le muet prend fin avec Le Chanteur de Jazz (1927). Pourtant, de nombreuses expériences ont été tentées (voir l’article sur Les Premiers pas du cinéma) dont celle du Phono-Cinéma-Théâtre pendant l’Exposition Universelle de Paris. L’histoire étonnante de ce film vous est narrée par Serge Bromberg lui-même (toujours dans l’interview du mois passé).
- Ain’t she sweet (USA, 1933): Une chanson célèbre est interprétée par une star de l'époque et ses petits amis espiègles. Ain’t she sweet est une production des studios Fleischer qui sont également à l’origine de Popeye, de Betty Boop et de Superman. L'animation est rigolote, Lilian Roth est facétieuse à souhait et le karaoké s'annonce déjà via la « boucing ball » (une petite boule rebondit allègrement sur les syllabes des chansons à l'écran).

 

Retour de Flamme 05, éditions Lobster, diffusion en Belgique Come and See.

 

commentaires propulsé par Disqus