Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Rêves de brume de Sophie Racine

Impressions de montagne 

Là où le cinéma d’animation devient de plus en plus digital, de plus en plus industriel, Sophie Racine, elle, est une artiste qui aime le dessin au feutre, la peinture acrylique, l’encre de chine et préfère le papier à la palette graphique. Là où un court-métrage d’animation ressemble de plus en plus à un festival d’images de synthèse sur un rythme trépidant, Sophie Racine, elle, prend son temps, pose sur son environnement un regard empreint de poésie graphique et flâne au rythme des battements de son cœur dans des paysages qu’elle crée du bout de son crayon et nimbe de taches de couleur. Là où d’autres accompagnent leurs images des beats de l’électro ou de la techno, Sophie Racine illustre les siennes de quelques notes de piano ou de violoncelle. Aujourd’hui, dans un concours de courts métrages d’animation Rêves de brume fait donc un peu figure d’OVNI. Mais un OVNI au charme irrésistible, qui tranche par sa lumineuse simplicité sa subtilité et l'authenticité de son rapport au réel. 

image ddu film Rêves de brumeRêves de brumes, c’est l’histoire de quelqu'un qui a besoin d’air. Le film démarre en ville, et en noir et blanc. Les nuages se reflètent sur les surfaces vitrées des grands immeubles. Perdu dans la foule, un homme cherche l’oxygène et regarde le ciel. Sans transition, nous voilà dans la montagne. Au milieu des voiles de brume, le même homme grimpe pour atteindre une simple cabane de berger nichée au creux d’un cirque rocheux. La brume se déchire, les nuages glissent sur les reliefs et l’homme fait du regard le tour d’un paysage de lacs, de pierre et de neige. Petit à petit, dans le noir et blanc utilisé jusque-là, des taches de couleur apparaissent. Les lacs sont bleus, des cerfs-volants multicolores flottent au vent dans le ciel gris. Un torrent de montagne s’écoule joyeux en couleurs vives. On admire, dans ses remous, le jeu de la lumière et du soleil. Le vent souffle sur l’herbe, un coin de ciel bleu apparaît fugacement puis, la brume reprend ses droits, plus ou moins épaisse. Au bord d’un lac, l'homme contemple le paysage qui, petit à petit, prend des couleurs. Près de la cabane, un violoncelliste joue quelques notes. Le soleil se couche, illuminant les sommets de teintes rouge sang. Le paysage est à présent totalement coloré. L’homme, régénéré, peut redescendre vers son destin. 

image du film Reves de brume Rêves de brume ressemble à un carnet de croquis dont on aurait animé les images. Des dessins superbes, d’un étonnant réalisme, qui parleront certainement au cœur des coureurs de montagnes. Sophie Racine est une observatrice subtile de son environnement et prend un plaisir visible à nous en restituer toutes les atmosphères. Comme ces volutes de brumes qui glissent sur le paysage qu’elles masquent et révèlent tour à tour. Une cascade d'images impressionnistes et une démarche introspective qui prend tout son sens lorsqu'on met Rêves de brume en relation avec les deux précédents films de la réalisatrice, alors étudiante à La Cambre, et notamment Balades, dont il est la continuité. Cette demoiselle qui va son chemin sans souci des modes et des tendances du jour est une dessinatrice accomplie, mais c’est aussi une cinéaste qui maîtrise l’art du mouvement et soigne amoureusement la fluidité de ses animations. Une maîtrise technique et artistique qui permet à ce travail de fin d'études de rivaliser sans complexe avec des productions nettement plus capées.

L’usage des techniques de dessin traditionnel sur papiers superposés et rétro-éclairés confère à l’ensemble une aura de simplicité presque Zen. Une sérénité épicée des quelques notes du violoncelle qui s’accordent parfaitement avec le ballet des volutes de bouillard. Et nous voilà, en cinq minutes, transportés dans un autre temps, un autre monde, au cœur d’un univers personnel et pourtant familier. On respire avec joie le vent de fraîcheur qui souffle sur ce Rêves de Brume

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