Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/10/2009
 

Ricky de François Ozon

Depuis ses courts métrages (Regarde la mer, avec Marina de Van, en routarde moche et voleuse de bébé), François Ozon n'arrête pas de nous surprendre en traçant ses films autour de la différence humaine et de la névrose entretenue dans la cellule familiale. Un thème somme toute universel depuis quelques siècles dont il n'arrête pas de secouer le cocotier des incertitudes (davantage que des certitudes post-freudiennes). Ricky est une autre partie de ce puzzle avec lequel Ozon ne cesse de jouer, avec brio.

RickyAvec Ricky, la surprise n'est pas tant qu'Ozon engage Alexandra Lamy, dite « chouchou », dans le feuilleton télévisé Un gars, une fille, mais que le film démarre à du trois cents à l'heure par un plan où l'on voit Katie (Alexandra Lamy) dans un bureau face à une aide sociale invisible (en voix off), à qui elle demande des sous pour payer son loyer. Pour un appartement qu'elle partage avec deux enfants dont les pères successifs ont quitté le domicile, elle se dit prête à se séparer de l'un de ses enfants et à le confier à la DASS.
Sitôt après ce début fracassant dans un univers social surprenant chez Ozon, on se dit : mais où va-t-il, cette fois-ci, nous emmener ? Hé bien chez Katie, jeune ouvrière, vivant dans une HLM, se rendant en scooter à son boulot dans une usine. Elle vit avec Lisa, une fillette (Melusine Mayance) dont le père s'est enfui, refusant d'assumer son rôle (le mec un peu trop répandu du genre tire ton coup et tire-toi). Au boulot, Katie rencontre Paco (Sergi Lopez). De ce couple naît Ricky, bébé rigolard (Arthur Peyret), mais dont Katie découvre des ecchymoses sur le dos. Paco bat-il son fils, à une époque où la violence familiale déploie son manteau de bleus et de sang ? On ne vous en dit pas plus. Vous savez qu'Ozon est plus dans le conte (loin du glagla hollywoodien) que dans la réalité sociale, qu'il adore surprendre le spectateur, le rendre curieux, avide de découvrir de l'imprévu. Soyez donc surpris, tout en sachant – on peut tout de même vous le dire – que Katie, après avoir fait l'amour avec Paco dans le sous-sol de l'usine (en hors champ), revient à son poste et apprend que la chaîne s'est arrêtée en raison d'une alerte chimique.
Bien, mais l'essentiel n'est pas là. Il réside dans le formidable désir de vivre de Katie qui ne cesse de s'adapter, de bricoler de changer en fonction des événements qui surgissent dans un quotidien aride. Elle va permettre à son enfant de se libérer de l'emprise familiale, de voler de ses propres ailes et attendre, le ventre rond, un nouveau bébé. Youpi !

Ricky de François Ozon, édité par Cinéart, distribué par Twin Pics

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