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08/11/2011
Mots-clés : festival,
 

Robert Malengreau, directeur du FIFI

38 éditions déjà ! Une rare longévité pour un festival consacré au cinéma. C'est l'exploit que réalise, cette année encore, le Festival International du Film Indépendant de Bruxelles. Robert Malengreau, son directeur depuis le début, en 1974, est un passionné de la première heure. Il nous explique comment, au fil des ans, le festival a pu s'adapter aux nouveaux formats ainsi qu'aux nouveaux publics.

Cinergie : D'où est venue l'idée de ce Festival ?

Robert Malengreau : Il existe une multitude de films magnifiques qui ne seront jamais projetés ailleurs. Ce qu'on essaye de faire, c'est de montrer des perles. La révélation, ce fut l'arrivée du Super 8. À la base, il était destiné aux familles, mais plein de gens s'en sont emparés pour faire de vrais films. La pellicule ne coûtait rien du tout, et le développement était rapide. C'était génial, tout le monde a commencé à faire des films, pas seulement en Belgique, mais dans beaucoup de pays. À l'époque, Dimitri Davidenko et Jérôme Diamant-Berger, petit-fils d'une célébrité de l'histoire du cinéma, ont lancé le Festival du film Super 8 à Paris. Je les ai rencontrés, nous sommes devenus amis, et j'ai dit : "Moi, je fais la même chose à Bruxelles". Ça se passait en décembre 1973. Et en septembre 1974 on créait le Festival.
Ce petit format a créé tout un mouvement et a permis à plein de gens de faire des films sans grand budget. Lors du Festival, nous les mettions en compétition. Je me souviens que lors de la première édition, nous avions loué le Passage 44 et il y avait un monde fou, les gens se battaient pour entrer. Ça, c'est un souvenir que je n'oublierai jamais. Cette formule a duré 3, 4 ans. Puis, sont arrivés la VHS, la vidéo, etc. Et ensuite toutes les nouvelles technologies actuelles.

C. : Vous vous êtes donc adapté à ces nouvelles technologies.
R. M. : En effet, d'ailleurs le Festival a changé plusieurs fois de nom au cours de son histoire. Il s'est même appelé "Mondial de la Vidéo".

C. : Cette adaptation peut-elle également s'appliquer aux technologies les plus récentes, comme les téléphones portables par exemple ?
R. M. : Non, je ne le pense pas. J'entends des gens dire : "Vous savez, on peut faire des petits films avec un téléphone". Mais pas du tout, un film exige un minimum de rigueur : penser à ce que l'on va tourner, réfléchir à la lumière, au montage. Cela demande une équipe. Ce n'est que fumisterie, ceux qui soutiennent que l'on peut faire des petits films comme ça. Il n'y a aucun professionnel qui fait des films avec un téléphone.

C. : Quelle est la proportion d'amateurs face aux professionnels ?
R. M. : Il y a plein de professionnels qui se sont également emparés de la caméra Super 8. Dans le monde entier d'ailleurs. Nanni Moretti, à 19 ans, est venu au Festival présenter son premier film en Super 8. Pedro Almodovar est également venu plusieurs fois. Derek Jarman, le grand cinéaste anglais, est venu également plusieurs fois présenter des Super 8. C'était un très grand ami du Festival à ses débuts. Et puis, il est mort du SIDA. C'était un immense cinéaste, celui qui a fait des films sur les cinéastes, sur les peintres comme Le Caravage.

C. : Vous avez cité, entre autres, Nanni Moretti. Y a-t-il beaucoup de jeunes cinéastes qui débutent chez vous et connaissent ensuite une renommée internationale ? Est-ce que vous pensez que le Festival est un tremplin pour les talents inconnus ?
R. M . : J'espère ! On a beaucoup de retour. Et on a beaucoup de cinéastes, dans le monde entier qui veulent être présents dans notre Festival. Je ne dois pas tellement me battre pour obtenir des films. Au contraire, j'en ai trop ! Chaque année, on reçoit des centaines de films. On a une réputation longue de 38 ans.

C. : Le Festival a-t-il évolué depuis ses débuts ?
R. M. : Tout à fait. Nous avons dû nous adapter à toutes les nouvelles technologies. Le Super 8, la VHS et maintenant, la grande transformation ce sont les petites caméras de grande qualité qui permettent d'avoir de très belles images et de faire des choses étonnantes. Aujourd'hui, aux Philippines, par exemple, beaucoup de jeunes cinéastes tournent avec des petits budgets et ils utilisent ces mêmes caméras. Cela donne des films extraordinaires.

C. : Et pour vous, en termes de qualité, cela équivaut à un cinéma plus professionnel ?
R. M. : Pas le 35mm qui reste la pellicule de référence et qui permet l'image la plus subtile, mais les petites caméras à haute définition permettent d'obtenir des films de grande qualité et surtout à de jeunes auteurs de révéler leur talent. C'est ça le plus important. C'est de permettre à des gens d'imposer leur talent.

C. : Une question un peu plus pratique. Pourquoi avoir choisi le Centre Culturel Jacques Franck à Saint-Gilles?
R.M. : J'ai cherché une salle qui offrirait plusieurs avantages. Par exemple, un bar pour pouvoir discuter avec les intervenants après une projection. Une grande salle pour les projections importantes et une petite salle pour les films à la notoriété moindre, mais pas moins intéressants. L'ensemble a quelque chose que les salles de cinéma n'ont pas. Le cinéma est plus fermé, plus obscur. Et cela fait 31 ans que l'on est ici, depuis 1980.
À un moment donné, on a été piqué par une folie de décentralisation et on l'avait organisé dans plusieurs villes de province. Mais c'était trop lourd à porter, logistiquement parlant. D'ailleurs, pour les projections pendant le Festival, on utilise plusieurs sortes de matériel. Le 35mm, le 16mm, la vidéo, le digital etc. Chaque déménagement est très lourd. Un des techniciens du Festival me disait que bientôt, une personne qui possède une cassette vidéo à Tunis pourra envoyer le film par Internet et nous pourrions le projeter ici, sans envoyer le document physique. On est en pleine mutation des supports !

C. : En ce qui concerne les spectateurs, combien sont-ils ?
R. M. : Pour cette année, je n'ose pas répondre, il faut prendre en compte l'influence du DVD etc. Mais l'année passée, nous avons accueilli plus de 15.000 personnes sur 6 jours, ce qui n’est pas mal !

C. : Les films passés dans le festival ont-ils plus de chances d'être distribués ?
R. M. : Je regrette que les distributeurs ne s'intéressent pas spécialement aux films que nous projetons. Ils distribuent parfois les films présents, mais c'est assez rare.

C. : Quel est le public qui assiste au Festival ?
R. M. : C'est un public très international. Nous correspondons à l'évolution de la société belge qui devient extrêmement multiculturelle. Je pense que ce mot est assez clair. Il y a ici, à Bruxelles, une population turque, marocaine, tunisienne, beaucoup de gens des pays du Maghreb arabe qui viennent pour voir 'leurs' films. Ils ne veulent pas voir Tintin, ils veulent voir des films comme 18 Jours qui racontent la révolution égyptienne !

 

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