Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/1999
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Rose d'Alain Berliner

Après s'être penché sur le genre fantastique ou policier, le trimestriel Court Toujours s'intéresse aujourd'hui aux courts métrages des réalisateurs belges passés au long.
L'occasion pour beaucoup de découvrir les premiers. souvent très réussis des Coninx, Berliner, Bucquoy, Van Dormael, Lehman, Akerman, Le Moine et Hänsel.

Si Rose d'Alain Berliner échappe aux menaces qui pèsent si facilement sur le court métrage, c'est que précisément son film n'est déjà plus tout à fait un court. Mais ce n'est pas tant la durée (24 minutes) que l'étonnante densité de ses deux personnages qui fait ressembler Rose à un long. À commencer par Albert Brun (joué par Daniel Hanssens plus qu'épatant et dont le cinéma devrait très vite s'emparer), un sombre professeur de chant qui s'est épris d'une rose plantée dans son jardin. La fleur s'ouvre amoureusement à lui mais referme aussitôt ses pétales dès qu'un danger se manifeste. Le danger s'appelle Rose, une nouvelle locataire (Clémentine Célarié, dans son meilleur rôle) pas vraiment éprise de botanique, qui débarque avec son jeune fils dans la maison qu'occupe Albert. Il y a chez Berliner des emprunts clairs au conte (jusqu'à la fin, ouvertement optimiste), au merveilleux (le caractère animiste de la rose), qui ne frôlent pourtant jamais la mièvrerie ni la naïveté que l'on pouvait redouter. Les rapports entre Rose et Albert, forcément épineux et constamment mouvants, sont à la fois crédibles, drôles et d'une justesse inouïe. Un véritable tour de force! Ainsi l'incrédulité de Rose devant le double phénomène (Albert et sa fleur) répond dans un premier temps à celle du spectateur. Mais très vite, la fleur devient l'objet d'un marchandage avant d'être objet de substitution. Fluide mais complexe dans son mécanisme de fonctionnement, Rose, faux long ou vrai court métrage est une perle rare à découvrir.

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