Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Juin 2001
01/06/2001
Mots-clés : publication,
 

Rosetta de Freddy Sartor

L'inflexible volonté de vivre d'une adolescente fragile
 Le film des frères Dardenne a déjà beaucoup suscité l'intérêt des analystes et des exégètes du cinéma. Son originalité formelle, sa richesse sémiologique appellent évidemment les commentaires. Plus rares sont les études complètes et pertinentes, qui non seulement examinent le film en tant qu'objet cinématographique mais le prolongent dans le temps et l'espace. C'est ce que fait aujourd'hui notre excellent confrère Freddy Sartor avec une brochure parue en néerlandais dans la série "Zin in Film". Il s'agit du 18ème volume de cette petite collection dont chaque parution est consacrée à un film hors normes, que ce soit sur le plan artistique ou par la conception du monde particulièrement élaborée qu'il véhicule. Forrest Gump, The Piano, Schindler's List, Breaking The Waves, Dancer in The Dark, Dead Man Walking, La Vita e Bella entre autres sont passés sous la loupe. Pour la Belgique: Daens et, déjà, La Promesse.
Freddy Sartor est l'une des chevilles ouvrières du mensuel flamand "Film & Televisie" auquel il accorde le bénéfice de contributions très fouillées. C'est aussi, depuis 1997, le rédacteur en chef du trimestriel (et très cinéphile) "CineMagie". Dès l'introduction, il situe le propos clairement. "Tu es jeune et tu sais ce que tu veux", explique-t-il, c'était le slogan de Veronica, radio et TV pirate hollandaise, porte parole dans les années 70 et 80 d'une jeunesse, fille de liberté, de prospérité et de contestation. Rosetta aussi est jeune et elle sait ce qu'elle veut, mais c'est tout autre chose. 20 ans de distance, et un monde, la séparent de cette jeunesse insouciante et consumériste. Rosetta est une guerrière de la marge, animée d'une volonté féroce de survie. Après avoir raconté le film en phrases courtes, incisives, collées aux images, il décortique un peu ce cliché. Rosetta, figure maternelle (eh oui!) , construite en miroir sur le négatif de l'image de sa propre mère, et dont il établit la typologie face aux autres personnages: Riquet, le roi de la gaufre, le patron du camping, et la mère, bien sûr. L'auteur analyse Rosetta d'un point de vue technique (la fusion caméra-personnage, caractéristique de la palme d'or 1999) et par rapport à la symbolique des images ( Il conclut par une envolée sur le thème "Rosetta, petit chaperon rouge et Alice au pays des merveilles". Re "eh oui!"). Il s'échappe cependant assez vite du cadre strict de l'analyse filmique. Il aborde la biographie des frère Dardenne. Il explore leur travail, met en évidence la parenté de Rosetta avec leurs films précédents: La promesse et Je pense à vous. Dans le même cadre, il fait le lien avec leur activité de producteur, via leur asbl "Dérives": les documentaires Gigi et Monica et La Devinière notamment. Il explore leur décor (Seraing) et situe l'œuvre des frères dans un courant d'expression cinématographique, par rapport à des correspondants contemporains proches: Tavernier, Loach (pourquoi pas d'autres, plus "exotiques", Kiarostami, Kanevski,...?), et des références historiques: Rosselini, De Sica, Bresson. Si vous ajoutez que le tout est bouclé en une petite cinquantaine de pages aérées, rédigées dans un néerlandais clair et accessible, sur l'air du "Ce qui se conçoit bien…" cher à Boileau, vous aurez une idée de l'intérêt de cet ouvrage pour tous ceux que Rosetta a passionné et qui sont convaincus que ce film peu ordinaire n'est pas le résultat d'un instant de grâce. Inscrit profondément dans un terroir, il est aussi la continuité d'une tradition qui lui a donné sa force et sa richesse.

Rosetta, de onverzettelijke levenswil van een broos tienermeisje, par Freddy Sartor, 48p,. Collection Zin in Film, éditions KFA Filmbeschouwing, Leuven 2001

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