Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
avril 2010
07/04/2010
 

Saga Yvan Govar IV - Belfilm

Suite et fin de la saga Yvan Govar édité par Come and See. Grâce à l’association Belfilm, gérée par l’historien Paul Geens, le réalisateur belge retrouve ses lettres de noblesse trop longtemps effacées de l’histoire du cinéma. Avec Deux heures à tuer, son dernier film, Yvan Govar nous plonge au centre d’un huis clos désopilant dans lequel la vérité n’est jamais là où on l’attend.

Deux heures à tuerLa petite ville d’Auvernaux, douce et tranquille, vit des moments pénibles. Trois viols avec assassinat viennent d’être perpétrés au nez et à la barbe de tous. Le maniaque, qui n’a rien du prince charmant, signe ses crimes d’une seule et même manière : il ôte un des deux escarpins à sa victime.
Dans ce contexte de paranoïa, où tout le monde suspecte tout le monde, quelques personnages vont se retrouver par hasard dans la salle d’attente d’une gare. Le train pour Paris ne part que dans deux heures. Deux longues heures « à tuer » en compagnie d’inconnus qui ont, tous, semble t-il, quelque chose à cacher.
Mais qui est ce type qui ne cesse de parler et pose des questions comme s’il était de la police ? Pourquoi cette jeune fille blonde, venue là sans bagages, pleure t-elle et semble si angoissée ? Comment se fait-il que ce couple d’aristocrates soit arrivé à ce point là à se haïr ? Et que fait cet homme isolé et silencieux qui ne cesse de tourner en rond sur le quai ? Outre les cinq voyageurs, vont et viennent le chef de gare et son employé, Nénette (Michel Simon) et sa gueule de travers.
Découvrira-t-on ce soir, si un de ces quidam, se trouve être le meurtrier fétichiste ? Ou découvrira-t-on bien autre chose encore ?
Car ce qui semble bien être une enquête dans le genre classique du whodunit (qui l’a fait) n’est en fait qu’un formidable alibi pour visiter les arrières cuisines d’une petite bourgeoisie de province dévorée par sa médiocrité, sa mesquinerie et son avidité. Et si un train peut en cacher un autre, un crime lui aussi le peut. Avec la même cruauté qu’un Chabrol, Yvan Govar joue à l’entomologiste s’amusant avec ces drôles de petites bestioles que sont les êtres humains.
Pendant que le personnage principal, insupportable bavard et chercheur de merde (Pierre Brasseur) essaie d’établir un lien avec chacun d’eux, et accule les autres à se défendre ou attaquer, des vérités successives se dévoilent et nient les postulats de départ. La réalité a bien des facettes et les apparences sont souvent trompeuses. Le personnage de l’aristocrate débranchant son sonotone pour s’exclure du monde symbolise à lui seul cette société où tous se surveillent, mais où pourtant personne ne voit ni n’entend personne, enfermé dans une sorte d’autisme, une logique égoïste qui veille à son propre intérêt et conduit aux mensonges et à la trahison.
Au fond, sans grands effets de manche, et souvent d’une drôlerie cathartique, Deux heures à tuer est une comédie noire sur la gangrène sociale, l’asphyxie morale et la corrosion implacable des passions individuelles. Alternant scènes dramatiques et situations comiques, ce huis clos étouffant se transforme, par une mise en scène d’une précision chirurgicale et une interprétation sans faille, en une plongée palpitante dans une société viciée.

Bonus
Michel Simon sous le plâtre
de Paul et Jean Pichonnier – 1939 – 13’
Monsieur Michel Simon himself, tiré à quatre épingles, est invité par le statuaire Pierre de Soete pour une opération de moulage sur nature qui a lieu dans son atelier. Entre les statues, se promènent les célébrités de l’époque regardant avec intérêt les œuvres exposées. Michel Simon se délecte des femmes nues et n’hésite pas à flatter, d’une main légère, les courbes gracieuses d’un joli fessier. On ne s’en étonnera pas, l’acteur fut de son temps le plus célèbre collectionneur d'érotiques français.
Mais le reportage joliment daté de Jean et Paul Pichonnier se veut avant tout éducatif. Sous prétexte de nous amuser en compagnie d’une gueule bien connue, les réalisateurs nous livrent, sans provoquer jamais l’ennui, les secrets de l’art du moulage. Michel Simon se prête au jeu avec une délicieuse bonne humeur, même si, il l’affirme lui même en souriant, il n’a pas «
le profil assez pur… si l’on en croit la rumeur publique ». Le voilà pourtant sous le plâtre et prêt à être immortalisé. 

 

commentaires propulsé par Disqus