Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Salvador Allende de Patricio Guzman

A la recherche d'une mémoire perdue

Révolution et démocratie. Est-il possible d'incarner l'idéal révolutionnaire et de respecter les principes démocratiques en même temps ? Salvador Allende a essayé, mais son projet politique fut interrompu par le coup d'état du 11 septembre 1973, qui instaura la dictature du général Pinochet. Pour éviter l'amnésie collective sur ce premier 11 septembre et pour rappeler qu'Allende est beaucoup plus qu'un nom de famille synonyme de best-seller, Patricio Guzmán a reconstitué le parcours de ce politicien atypique, de son enfance jusqu'à son suicide dans la casa Moneda.
Salvador Allende a été présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, lorsque l'attention de la Croisette était focalisée sur le film lauréat de Michael Moore. Salvator Allende n'est pas le Fahrenheit 9/11 chilien, mais est-ce qu'on peut trouver des points communs entre eux?
Les deux documentaires sont des oeuvres engagées qui nous proposent des regards personnels sur les événements politiques de chaque pays. Mais leur ressemblance s'arrête-là. Tandis que Moore plonge son film dans un humour corrosif avant de basculer dans un style reality show, la caméra de Guzmán garde, du début à la fin, un ton désenchanté. Si Moore ne déguise pas son narcissisme, Guzmán préfère la sobriété. Le réalisateur chilien ne se prend pas pour la star de son propre film. Il laisse la place à l'Histoire et aux images d'archives, enchaînées avec des témoignages des anciens compagnons de route du président chilien. Salvador Allende n'est pas un film sur une théorie de la conspiration (malgré plusieurs références à la participation de la C.I.A. au coup d'état); c'est plutôt la mémoire d'un peuple qui parle enfin : «Un pays sans documentaire, c'est comme une famille sans photo. Une mémoire vide. »
Si Fahrenheit 9/11 est un film enragé qui veut détruire la carrière d'un homme, Salvador Allende est un hommage à la carrière inachevée d'un idéaliste. «Ce qui me blesse le plus c'est que beaucoup de personnes de gauche de cette époque, et qui sont toujours de gauche, continuent à ne pas reconnaître Allende comme il le mérite parce qu'ils n'osent pas, parce que le moment d'oser n'est pas encore venu, parce qu'ils vivent dans une totale inertie politique. Mais est-ce que ça veut dire aussi qu'on est arrivé à écraser la mémoire d'un pays qui avait développé la démocratie pendant soixante ans ? Je crois que c'est une question de temps. Petit à petit la mémoire sera rendue, l'image d'Allende sera réhabilitée, la constitution de Pinochet prendra fin et une nouvelle jeunesse politisée rendra au Chili sa maturité politique d'autrefois. »
Patricio Guzmán, qui habite à Paris, a consacré plusieurs documentaires au contexte sociopolitique de son pays d'origine. Après Le cas Pinochet en 2000, Salvador Allende sort en salle le 29 septembre prochain, distribué par Cinélibre. Le film est une co-production entre la France, la Belgique (Les films de la Passerelle), l'Allemagne, l'Espagne et le Mexique.

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