Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
07/03/2011
 

Sans queue ni tête de Jeanne Labrune

Nous pourrions jouer sur les mots, user et abuser de jeux d'esprit, palindromes et autres calembours qui font les délices des adeptes d'un certain Jacques Lacan. Le titre, déjà, Sans queue ni tête s'y prête aisément. Oui Sans queue ni tête, le film de Jeanne Labrune avec Isabelle Huppert et Bouli Lanners, met en parallèle prostitution et psychanalyse. La chose est dite, une fois pour toute, et une fois dite qu'en dire de plus ? C'est un peu la faiblesse de ce long métrage dans lequel les scènes se succèdent sans jamais trouver à faire corps. Néanmoins trop sévèrement éreinté par la critique, le film qui sort aujourd'hui en DVD propose des bonus qui permettent de le découvrir autrement.

Autour de Sans queue ni tête

Sans queue ni tête d'Isabelle Huppert

« Autour du film », voilà comment sont présentés, sur cette édition, ce que l'on appelle communément les « bonus ». « Autour du film » est à vrai dire plus chic, plus... suggestif, sans aucun doute.
Les scènes coupées sont visibles, au choix, avec ou sans les commentaires de la réalisatrice...

Première scène coupée : une descente d'escalier remarquable, au ralenti, un talon aiguille, une paire de jambes apparaît, une deuxième... La scène, dans les rouges sombres, est aussi abstraite que le fameux tableau de Marcel Duchamp, Nu descendant l'escalier. Les deux demoiselles, ici, sont en revanche habillées. Complices, elles s'enfoncent dans le monde de la nuit...

Ce qu'en dit la réalisatrice : prévue pour être le générique de début, et évoquant une longue descente aux enfers, la scène n'a pu être gardée. Trop onirique, elle ne pouvait coller à la scène suivante qui se déroule chez un antiquaire.

Deuxième scène : Fan de Kubrick, et en tout cas de Eyes wide shut, Jeanne Labrune ? Dans cette deuxième scène, aux allures de thriller claustrophobique, le psychanalyste Xavier Demestre (Bouli Lanners) est conduit après une mystérieuse invitation, errance, mot de passe, et autre pseudo servant de sésame, sur un lieu de plaisir. Comme dans Eyes wide shut, les désirs les plus convenus et clichés sont mis en scène sans raffinement. Il ne s'agit alors plus d'érotisme au sens justement cliché du terme, mais bien de montrer que ce dont il s'agit c'est bien de mettre en scène : mettre en scène en images, mettre en scène en musique. La sexualité n’est ici qu’affaire de signes et de représentations et prouve combien ce qui est poursuivi dans le désir, ce n'est pas un objet qu'on peut atteindre, mais au contraire un objet qu'on ne peut pas atteindre. L'objet du désir est, en somme, toujours perdu.

La scène se termine sur une rencontre étonnante entre le psychanalyste et Pornokrates en chair et en os, la célèbre femme au cochon, glorifiée par le peintre namurois Félicien Rops.

pornocrates

Ce qu'en dit la réalisatrice : Jeanne Labrune commente la scène en insistant sur des choix de mise en scène qui accentuent la tension, le suspens. Les commentaires sont, ici, un peu redondants. Elle évoque elle-même le parallèle évident avec la fameuse scène du château de Eyes wide shut. La réalisatrice parle de « lointaine et involontaire (?!) référence » à ce film. Serions-nous ici en présence de la fameuse cryptomnésie1 freudienne ? Un concept pratique derrière lequel Freud se réfugiait lorsqu'on l'accusait de plagiat !

La troisième scène montre, très brièvement, le psychanalyste et son psychanalyste référent (les psychanalystes aussi ont un psychanalyste (!)). Ce rôle est interprété par la réalisatrice elle-même, affublée de lunettes et d'une canne d'aveugle.
Un petit « vraiment ? » prononcé, une reprise sur un terme, total de l'intervention, 100 euros ! Jeanne Labrune ne cache décidément pas sa haine....

Ce qu'en dit la réalisatrice : Jugée trop lourde, la scène un peu « tarte à la crème » a finalement disparu du montage, ainsi que deux autres interventions avec les mêmes personnages, dans le même lieu (un parc). Toutes les interventions de ce personnage secondaire ont finalement été supprimées.

Le DVD propose aussi de revoir l'entièreté du film commenté par Jeanne Labrune accompagnée de sa chef monteuse... Certains accros ou apprentis cinéastes apprécieront, d'autres se poseront la question suivante: le film n’est-il pas le produit parfait d'une expression profonde et véritable et n'est-ce pas à lui de dire ce qu’il y avait à dire ?
Les auto-critiques de Jeanne Labrune offrent, néanmoins, une jolie leçon d'humilité.

  1. La cryptomnésie est un biais mémoriel par lequel une personne a le souvenir erroné d'avoir généré une pensée (une idée, une chanson, une plaisanterie), alors que cette pensée a été en réalité produite par quelqu'un d'autre.

Sans queue ni tête de Jeanne Labrune édité par France télévision, diffusé par Twin Pics

Video : 1.85:1 16/9
Audio : DD5.1 – DD2.0 (Français)
Sous-titre : Français
Bonus : - Scènes coupées commentées par Jeanne Labrune
- Commentaire audio de Jeanne Labrune
- Bande-annonce

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