Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
17/05/2011
 

Sans toit ni loi d'Agnès Varda

Sans toit ni loiLion d'or au Festival de Venise en 1985, Sans Toit ni loi est un film sur une errance tous risques sans touristes d'une marginale. Le corps de Mona, une jeune fille morte de froid, est découvert. Pourquoi est-elle morte dans un fossé ? Pour répondre à la question, Agnès Varda nous livre une enquête éclatée en kaléidoscope des gens que cette vagabonde a croisés sur sa route. Flash Back sur Mona qui parcourt la région du Gard en vivant comme une « nomade », et en organisant sa propre loi. Une sauvageonne – sans cesse dans le purgatoire de la mauvaise humeur – qui vagabonde, sac au dos, d'un petit boulot à une gare de train pour se reposer parmi d'autres marginaux. Une errance dans la saleté d'une rebelle. Varda souligne que l'odeur des routards souillons et frigorifiés les met à l'écart d'une société valorisant la propreté. On the road, automne et hiver, dans le Sud de la France.

Mona est interprétée par une Sandrine Bonnaire qui porte un rôle inverse à celui de ses débuts, lors de ses 16 ans, lorsqu'elle était Suzanne dans À nos amours de Maurice Pialat. Mais Mona rencontre aussi d'autres femmes. Retenons Yolande Moreau (c'est son premier film) qui joue une bonne déclarant, pince sans rire, « il n'y a pas d'omelettes sans casser d'œufs ».Mais surtout, Macha Méril interprète de Madame Plantier, laquelle cherche à comprendre Mona tout en essayant de sauver les Platanes qui meurent dans la région. Sur cet axe entre l'une « plantologue », et l'autre marginale de la route, Serge Daney a écrit ceci : « Mona aimerait garder quelque chose : des enfants, des maisons vides. La Plantologue aimerait garder les platanes en vie (or un mal secret les ronge eux aussi) » in « Ciné-journal ».

Bonus

Des boni comme on les aime. Agnès Varda égrène 18 ans après, souvenirs, entretiens et commentaires sur le film. Le film a été tourné à Nîmes et ses environs après une longue enquête sur les vagabonds. Bien qu'il existe en depuis la nuit des temps, ce qui était nouveau, pour la réalisatrice a été la découverte de filles seules, dormant sous un porche à moins quatre degrés. Mona est une rebelle qui refuse de se comporter comme une victime. Elle rejette le monde, de la même façon qu'elle en est rejetée, libre seule et égoïste. « Mona est une fille », nous explique Agnès Varda, « qui dit merde à tout le monde et ne dit jamais merci » (le côté féminin de Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir)

Sur la musique, Agnès Varda, explique à la musicienne Joanna Brudzowicz, qu'elle cherchait une musique qui puisse accompagner le périple de Mona et non pas qui serve de musique de fond. D'où son choix pour ses concertos.

L'un des grands moments des boni : elle nous explique avoir décidé de faire 12 travellings présentant la marche de Mona seule et chaque fois de droite à gauche. Il y a, par rapport à la persistance rétinienne, un jeu entre la fin d'un travelling et le début du travelling suivant, 8 à 5 minutes plus tard (exemple : si l'un des plans se termine dans une cabine téléphonique, il redémarre 5 à 8 minutes plus tard avec un téléphone). Cette accroche est aussi musicale, comme une croche, elle permet d'entendre petit à petit la partition du concert musical de Joanna Brudzowicz, Waaaoooh !

Sans toit ni loi d'Agnès Varda édité par Cinéart et diffusé par Twin Pics.

 

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