Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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novembre 2006
10/11/2006
 

Santos Palace de Hélène Cattet et Bruno Forzani

Extarit de Santos Palace de Hélène Cattet et Bruno Forzani

Santos Palace raconte quelques moments de vie dans un petit café et snack à Bruxelles. C'est un film dans lequel il ne se passe rien, et pourtant, il s'y passe beaucoup de choses. Cette présentation paradoxale du film, faite par les deux réalisateurs juste avant la projection est, sans doute, la description la plus juste que l'on puisse en faire. Une serveuse est derrière le bar, un homme avec une valise est assis à une table au fond. La serveuse prépare puis lui apporte un café, qu'il boit. Le voyageur n'a pas l'air très net. Il donne l'impression d'avoir quelque chose derrière la tête, mais rien de concret ne permet d'établir qu'il en veuille à la serveuse, à la caisse ou à l'établissement. Pas de paroles échangées, pas de gestes menaçants. La serveuse, cependant, n'a pas l'air trop à l'aise. Tension. Une de ses collègues arrive, puis disparaît derrière une porte, la laissant à nouveau seule avec le client. Soulagement, puis à nouveau tension. L'homme paie et s'en va. Soulagement encore. Mais revient quelques minutes plus tard. Et ainsi de suite. Sur l'écran, effectivement, rien d'autre ne se passe qu'un échange serveuse/client des plus banal. Mais tout se joue dans l'implicite : les regards échangés ou fuyants, les gestes, les attitudes des corps…. En silence. Toute la démarche 

Extarit de Santos Palace de Hélène Cattet et Bruno Forzani

cinématographique consiste ici à mettre cet implicite en valeur : montage syncopé, plans serrés, lumières qui sculptent les visages. Des plans plus larges (ouvertures vers la rue, le jardin), des lumières plus douces marquent les moments de relâchement. C'est tout ce travail sur les (fausses) apparences, l'angoisse qu'on génère à partir de presque rien et la maîtrise avec laquelle les réalisateurs manipulent les émotions qui, malgré son absence d'histoire et son côté un peu trop démonstratif, fait de Santos Palace une belle réussite. Ou tout du moins une brillante carte de visite.

 

 

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