Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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avril 2009
08/04/2009
 

Séraphine de Martin Provost

Séraphine, le film de Martin Provost, a remporté, avec brio, 7 statuettes lors des Césars 2009 : meilleur film, meilleure actrice, meilleur scénario, meilleure musique, meilleure photo, meilleurs costumes, et meilleurs décors. On aurait pu y ajouter le meilleur son (par notre compatriote Philippe Vandendriessche)

1912, Wilhem Uhde, un collectionneur allemand qui a découvert les peintures de Picasso, du Douanier Rousseau, passe ses vacances à Senlis, non loin de Paris, avec sa sœur. C’est là qu’il découvre que Séraphine, sa femme de ménage, peint dans le plus secret. Sans cesse à la recherche de nouveaux talents, intrigué, il remarque qu'elle travaille sur du bois plutôt que sur des toiles, sur des pommes qui ne ressemblent pas à de vraies pommes que Séraphine fabrique elle-même, dans un rouge flamboyant, unique. Uhde, séduit par la passion de cette autodidacte, encourage cette femme particulièrement mutique, à peindre dans des couleurs luxuriantes (des fleurs, des grappes de raisin sur des arbres) en se servant de pinceaux. La modeste Séraphine, aux airs lunaires et débraillés, ne cesse de peindre, croyant en avoir reçu l'ordre de son ange gardien protégé par la Vierge Marie pour qui elle allume de nombreuses bougies sous son icône. Uhde et Séraphine sont deux déclassés, mal vus par la société de l'époque, lui comme Allemand (avant, pendant et après la guerre de 14-18) et homosexuel, l'autre déconsidérée par les notables de Senlis, qui la tolèrent à peine. Tous deux sont liés par cette passion commune qu’est la peinture.

Si la première guerre mondiale les sépare, chacun y survit. Séraphine continue à peindre et Wilhem à collectionner les toiles. Lorsque le mécène allemand revient à Senlis, Séraphine, perdue dans ses rêves et peignant toujours plus et mieux séraphine de martin provost(elle est passée du bois aux toiles) lui dit simplement : « Ah, Monsieur, vous êtes de retour ! ». La durée n'existe pas pour Séraphine, le temps est univoque.
Née en 1864, bonne à Paris pendant son adolescence, Séraphine Louis a vraiment existé. En 1912, le collectionneur allemand, Wilhem Uhde, découvre une nature morte peinte par Séraphine. Il l'incite à persévérer dans cette voie. Sa folie douce l'emmènera dans un asile d'aliéné. Elle y terminera sa vie internée. Comme Mozart, Séraphine de Senlis, sera enterrée dans une fosse commune, en 1942.

Martin Provost a construit son biopic avec beaucoup de sobriété. Une chronique dans l'épure, sans pathos ni sensibleries, baignée dans les couleurs vertes de la campagne de Senlis et grises des murs des maisons (début du XXème siècle) de la ville qui éclatent de temps à autre, grâce aux teintes extrêmement vives des toiles de Séraphine. Une Séraphine incarnée par une extraordinaire Yolande Moreau, oeil bleu et sourire tordu, habitée par un personnage dont elle porte les stigmates.

On a été abasourdi par Dutronc dans le Van Gogh de Pialat, par Piccoli dans La Belle Noiseuse de Rivette, désormais on peut y ajouter Yolande Moreau dans Séraphine. On se souviendra longtemps de cette superbe scène où Séraphine se réveille un matin sur la toile qu'elle a achevée la nuit et qui la découvre avec stupeur et étonnement.

Bonus:
Une interview avec Yolande Moreau, suivie d'un entretien avec Martin Provost, le réalisateur, qui nous explique que l'idée lui a été suggérée par une amie à France Culture. « Avant d'écrire le scénario, j'ai pensé tout de suite à Yolande », précise-t-il. Il cherchait non pas un personnage interprétant un rôle, mais un personnage ayant un caractère, quelqu'un avec qui il pourrait travailler les variations, en un mot qui ne joue pas, mais qui incarne Séraphine. Yolande est dans le vrai, elle n'a pas de fausses notes. Séraphine est construit comme une histoire d'amour consommée par Wilhem Uhde et Séraphine dans la peinture. « C'est un film où l'on ne donne pas d'explication de texte, jamais, mais on sort du film en apprenant beaucoup de choses. »

Yolande Moreau nous parle des repérages à Senlis, du couvent qu'elle repère avec le réalisateur où elle va habiter, de son apprentissage des chants religieux en latin. Sa rencontre avec Martin Provost lui semble capitale car ils ont immédiatement trouvé des terrains d'entente.

Séraphine de Martin Provost, édité par Cinéart, diffusé par Twin Pics.

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