Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
10/03/2008
 

Simone de Beauvoir, une femme actuelle de Dominique Gros - DvDphile

Simone de Beauvoir, une femme actuelle

Simone de Beauvoir

Le film de Dominique Gros évoque l’existence et la personnalité de Simone de Beauvoir (qui se disait vouée pour le bonheur) dans l’Histoire du XXème siècle. Après une jeunesse dans une famille noble mais désargentée et conformiste, l’amitié avec Zaza (tout cela est conté dans Mémoires d’une jeune fille rangée), il y a la rencontre avec Sartre lors de leurs études à la Sorbonne. Une époque, à la fin des années vingt, pendant laquelle, elle étudie la philosophie (Hume, Kant et Hegel qu’elle fera découvrir à Sartre). À la Bibliothèque nationale, elle fait la connaissance de René Maheu, qui décide de la surnommer « Castor » (Beauvoir = Beaver = Castor). Un surnom qu’elle assimile, n’hésitant pas à envoyer en 1939, à son ancien étudiant, Jacques Laurent-Bost, mobilisé  pendant la drôle de guerre, une photo d’elle portant au dos cette mention écrite : « Castor de guerre ». Sartre et de Beauvoir, c’est aussi le pacte de la transparence sur les amours parallèles qu’ils ont conclues et qui durera jusqu'à la disparition de Jean-Paul Sartre.
 
Une distinction entre l’amour nécessaire (leur couple) et les amours contingentes (les romances amoureuses fugaces). Deux spécialistes de leurs livres, Michel-Antoine Burnier et Michel Contat nous en parlent : la romance avec Jacques-Laurent Bost, à qui Le Deuxième sexeest dédié, se poursuivra en amitié, d’autres, en camaraderies. La passion vécue avec Nelson Algreen, le romancier américain, se terminera mal, et pas seulement à cause du début de la guerre de Corée qui voit les Etats-Unis et la gauche européenne s’affronter, mais de son pacte avec Sartre. Beauvoir elle-même écrit dans La Force de l’âge, le troisième volume de ses mémoires : « Il y a une question que nous avions étourdiment esquivée ; comment le tiers s’accorderait-il de notre arrangement ? Il arriva qu’il s’y plia sans peine (…) mais si le protagoniste souhaitait davantage, des conflits éclataient. »
 
Ce ne fut pas le cas de sa romance avec Claude Lanzman (écrivain, cinéaste, réalisateur de Shoah), jeune homme fasciné par l’existentialisme défendu par Sartre et de Beauvoir. L’actuel directeur de Les Temps modernes, la revue fondée par Sartre à la fin de la seconde guerre mondiale, nous explique son vouvoiement au lieu d’un tutoiement avec le Castor. Il nous explique leur voyage en Algérie peu avant la guerre, et les années 1958-1962 qui furent particulièrement difficiles. Les signataires du manifeste des 121 (les insoumis aux troupes françaises d’Algérie) et les défenseurs du FNL algérien, donc particulièrement Sartre-de Beauvoir, seront visés par les attentats de l’OAS.
 
Un conflit suit un autre, les Etats-Unis combattent au Vietnam. JPS et SDB participent au tribunal créé par le philosophe anglais Bertrand Russell qui entend dénoncer une guerre injustifiée et les bombardements américains à Hanoï. En 1971, SDB se lance avec le MLF (le mouvement de libération des femmes) dans une lutte pour défendre la liberté de l’avortement. C’est aussi la rencontre avec Sylvie Le Bon-de Beauvoir, sa fille adoptive, devenue héritière de ses écrits et choisie pour sa complicité intellectuelle, ajoutons, pas seulement pour la philosophie existentialiste, mais aussi pour son goût des voyages dans le monde entier. Ecrire, vivre et voir le monde ont été les passions de Simone de Beauvoir. 
« Le fait est que je suis une femme écrivain, dit-elle, une femme écrivain ce n’est pas une femme d’intérieur qui écrit, mais quelqu’un dont toute l’existence est commandée par l’écriture. Cette existence en vaut bien une autre. »

Bonus
1. Pourquoi je suis féministe
Interview menée par Jean-Louis Servan-Schreiber sur Le deuxième sexe. Elle nous parle, avec clarté, du féminisme (elle s’est engagée dans les années 70 aux côtés des féministes radicales du MLF). À écouter donc, mais à ne pas regarder tant les images sont d’une telle platitude qu’on risque de s’endormir. On imagine que le réalisateur de télé a dû être intimidé par la personnalité du Castor.
2. Premier plan
Une émission réalisée par radio Canada et filmée en noir et blanc datant de 1959. Simone de Beauvoir y parle de l’existentialisme (propos sur la morale authentique et la philosophie) ainsi que sur l’amour libre.
Rappelons qu’Alexandre Astruc, avec Sartre par lui-même (1975), avait réalisé un excellent film sur le duo Sartre-de Beauvoir et leurs amis.
Simone de Beauvoir, une femme actuelle par Dominique Gros, édité par Arte Video, diffusé par Twin Peaks.
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