Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/2008
 

Small Gods : entretien avec Titus de Voogdt

Dans Small Gods, Titus de Voogdt interprète David, ce personnage énigmatique qui enlève Elena, croit avoir été mis K.O par Dieu lui-même dans un match de boxe, et qui traîne son immense compassion autour d’inconnus dont il perçoit les souffrances. Silhouette nerveuse et aérienne, le jeune homme, qui n’a pas la trentaine, fait sa quatrième apparition dans un premier long métrage flamand. On l’a découvert dans le premier long métrage de Felix Von Groeningen, Steve + Sky avant de le voir, la même année, chez Tom Barman dans Anyway the Wind Blows. Depuis, il a fait quelques apparitions à la télévision et, récemment dans Ben X de Nic Balthazar. Sympathique, ouvert, un peu électrique, Titus de Voogdt, au physique anguleux et aux grands yeux ouverts, est sans doute l’un des talents les plus prometteurs du jeune cinéma flamand.

titus de VoogdtCinergie : On t’a découvert dans Steve + Sky et Anyway the Wind Blows. Te voici de nouveau dans un premier long métrage très radical. Est-ce que tu as l’impression d’être une sorte d’icône de ce renouveau du cinéma flamand ?
Titus de Voogdt : Pas du tout. Il y a beaucoup de jeunes acteurs flamands, tu sais. On me dit aussi « Tu fais les bons choix, des films intéressants ». Mais je suis dans ces films par hasard, ce sont des rencontres, des coïncidences et non des choix que je fais consciemment. Je crois que dans la vie, les gens qui ont besoin des uns des autres se trouvent. Je connais Felix (Von Groeningen) depuis longtemps. Nous sommes allés dans la même école, nous avons fait partie de la même bande d’amis. J’ai travaillé avec Tom (Barman) parce qu’il cherchait quelqu’un pour jouer avec Jonas Boel, qui est l’un de mes amis.
Pour Small Gods, Dimitri m’a un jour téléphoné. Il m’a dit « Tu ne me connais pas, je ne te connais pas, mais je t’ai vu dans ce film. Je vais faire un film. Je n’ai pas de producteurs, pas d’argent ». J’ai dit « Ok, rencontrons-nous ». Et puis nous sommes devenus amis. Voilà. Je ne suis pas un acteur de cinéma. Je me considère plus comme un comédien, pour le théâtre. Je fais partie de la Compagnie Cecilia d’Arne Sierens depuis quelques années maintenant.

C. : Tu as fait une école de théâtre ?
T. de V. : Pas du tout (rires). En fait, j’ai commencé à jouer à l’école quand j’étais très jeune, vers l’âge de onze ans. À seize ans, j’ai passé une audition pour une pièce d’Arne Sierens et Alain Platel, Bernadetje, et je me suis retrouvé embarqué sur une tournée de trois ans. Je prenais l’avion et le bateau le week-end, la semaine j’allais en cours, j’en manquais beaucoup (rires). Quand j’ai fini mes études, cela ne m’intéressait pas trop de faire des études de théâtre. Tu sais, j’ai grandi dans une ferme, je suis très manuel. J’ai voulu découvrir autre chose et j’ai fait de la sculpture. Maintenant, je suis menuisier. Je fais des planchers, des chaises, des portes… J’ai une camionnette et un atelier chez moi. C’est mon hobby, ma passion, mais mon métier, c’est le théâtre.

C. : Comment as-tu construit ton personnage dans Small Gods ?
T. de V. : Dans Steve + Sky et Anyway…, les réalisateurs m’ont laissé très libre. Je faisais un peu ce que je sentais et ils adaptaient le personnage. Mais Dimitri est quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’il veut. Il a voulu mon personnage très sec. Donc, j’en ai fait le moins possible. C’est en même temps, un personnage assez difficile parce qu’il parle très peu, qu'on sent intelligent, mais qu’on sent aussi dangereux. Il est très nerveux, agressif, assez violent. Et Dimitri ne voulait rien expliquer. De temps en temps, j’avais des questions. Et il me disait que ce n’était pas nécessaire, qu’il n’y avait rien à expliquer. Quand je lui faisais des propositions : « Est-ce que je ne devrais pas faire ceci ou cela ici ? », il me disait toujours : « Non, sois simple, naturel. Sois neutre ». Mon personnage est un peu une synergie de nous trois, Dimitri, Nicolas et moi. Nicolas, le directeur de la photographie, prenait les images, choisissait les angles, un mouvement ici, un regard là… Dimitri m’a aussi montré La Ballade Sauvage de Terence Malick où les comédiens sont très silencieux, assez imperturbables. Mais il s’agissait surtout de sentir l’atmosphère. Ce film est un peu comme une peinture, une sculpture, une impression, quelque chose que tu peux contempler. Et Small Gods aussi, je crois. C’est ce que j’aime beaucoup. C’était aussi un travail très différent de celui que je fais au théâtre, où nous jouons des choses ultra-réalistes, presque caricaturales, l’inverse de ce film.  
small gods
C. : David est un peu un ange, non ?
T.de.V. : Un ange ? Ah oui… J’aime bien cette idée (rires) ! C’est un grand mystère. Il est un peu fou. Mais tous les personnages de ce film sont un peu fous. Il y a différentes sortes de folies, bien sûr. Des folies cliniques et meurtrières. Mais il y a des fous qui ont raison, non ? C’est trop facile de dire de quelqu’un qu’il est fou. Dans ce désert, il n’y a plus de Dieu. Alors David essaie d’endosser ce costume de Dieu. Il est à la fois là pour aider les autres, il est rempli de compassion, et en même temps, il est dangereux. Un peu comme Dieu, non ? En tout cas, David est différent, comme tous les personnages du film.
Mais le film ne montre pas la réalité telle qu’on la connaît. C’est pour cela aussi que  j’aime ce film, parce que d’habitude, dans les films flamands, les personnages n’ont rien de fou ! Rien… Tout est tellement normal ! Ce film n’est pas typiquement flamand. On ne sait pas où on est, on pourrait être n’importe où, tout est un peu extraordinaire. Comme dans un monde à côté du nôtre ou peut-être une autre voie de notre monde. Mais tout le monde y est tout seul, et chacun essaie de s’en sortir comme il peut. On a besoin de petits miracles pour survivre. Small Gods, sans être du tout un film chrétien ou religieux, parle de choses extraordinaires, spirituelles. Mais, tu sais, ce que j’aime dans ce film, c’est qu’il est assez riche, assez dense et assez abstrait pour que chacun puisse venir y chercher ce qu’il veut, qu’il s’y reconnaisse. Il y a assez d’espace dans Small Gods pour que chacun puisse faire son film, le rêver.   
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