Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
14/09/2010
 

Somewhere between here and now d’Olivier Boonjing

Ce petit film indépendant, modeste et intrigant, avait débarqué de nulle part l’an passé au Festival du Film Européen de Bruxelles où il surprenait et recevait le prix du public. Porté par un joli bouche-à-oreille, il continuait son chemin en festival à Namur, puis un peu plus loin encore, à Bangkok. Cette édition en DVD par Imagine Film Distribution dans la collection Actes Belges permet de le redécouvrir.

Somewhere beteween here and nowOutre les multiples sous-titrages du film, l’édition DVD de Somewhere between here and now propose quelques interviews, sous forme de questions tantôt potaches, tantôt profondes, adressées au réalisateur, au producteur et aux deux comédiens du film, Lucie Debay et Arieh Worthalter. Les premières phrases d’Olivier Boonjing, le réalisateur, remercient son équipe, toutes les petites mains d’un film qu’on oublie si souvent, avant de confesser, plus loin, son admiration pour les métiers de l’artisanat.
Même son de cloche plus tard, chez le producteur, Olan Bowland, qui raconte son désir de travailler en famille, avec des proches, dans une aventure cinématographique et humaine. On le comprend vite, Somewhere est un film d’amis, l’aventure de toute une équipe, un ouvrage remis sur le métier à plusieurs reprises pendant de longs mois.
Avec légèreté, à travers les pérégrinations de deux jeunes gens dans Bruxelles, l’un en partance, l’autre en arrivée, Somewhere between here and now est un film d’errance urbaine qui aborde tranquillement, un peu en apesanteur dans la nuit et les lieux qu’il traverse, ces questions de l’errance, du territoire et de la ville, du connu et de l’inconnu. Outre sa façon de soulever les questions avec douceur, sa belle photographie qui caresse Bruxelles par morceaux, ses personnages croqués au gré des rencontres, entre humour et nostalgie, ce premier long métrage charme par une sorte de simplicité gracieuse, qui assume ses références, ses fragilités et ses désirs, et qui doit beaucoup, sans aucun doute, à la patience et à la mise en partage à l’origine de sa genèse.
Olivier Boonjing et Olan Bowland, l’un branché photo et infographie, le second diplômé de l’INRACI, travaillent ensemble depuis qu’ils se connaissent. Ils ont déjà signé Another State of Mind, le premier court métrage d’Olivier et Martha, film diffusé sur Internet où il a connu le succès. Ils travaillent désormais pour la structure qu’ils ont créée et réalisent des films de commandes, des publicités, des clips. Leur façon de faire du cinéma est artisanale. Souples, ils évoluent au gré des technologies, de leurs moyens financiers et techniques, jonglent beaucoup avec Internet, travaillent en équipe, avec des amis. Somewhere, ils l’ont autoproduit pour 12 000 euros. Pas question pour eux d’attendre des financements. Il vaut mieux s’adapter et faire avec les moyens du bord. Tournage entrecoupé de longues pauses, écriture des dialogues reprises plusieurs fois avec les comédiens, repérages en fonctions des moyens financiers, tournages à la sauvette… Ne pas être pressé, être inventif, ne pas lâcher son désir, s’ouvrir au possible, et mettre en commun les énergies, tels pourraient être les maîtres mots de leurs manières inventives et tranquilles de faire du cinéma. Sur Somewhere, Olivier se retrouve à plusieurs postes (non seulement la réalisation et l’écriture, mais aussi la production, le son, le montage, l’étalonnage). Olan, quant à lui, a pris en charge la production, mais aussi le montage. Tous deux signent la photographie avec Jean-François Metz. Ils sont rejoints par un quatrième comparse, Quentin Aksajef, au son et au montage image et un cinquième au son, Thomas Darscotte, qui monte aussi la bande-son. Un véritable travail d’équipe où tout le monde met un peu partout la main à la pâte.
Et c’est sans doute dans cette mise en commun des énergies et des désirs, dans cette longue patience et cette ouverture aux possibles, que Somewhere… puise une part de son rythme tranquille, de ses manières modestes, et de sa grâce.

commentaires propulsé par Disqus