Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Juin 2017

Sonar - En salles le 7/06

Compostelle, le chemin de la vie - En salles le 21/06

Ex-Lauréats du concours des jeunes critiques

Le champ des visions - En salles le 14/06

L'atelier Graphoui présenté par Ellen et Kim

Le Ministre des poubelles - En salles le 7/06

et également

 

Sonar de Jean-Philippe Martin

Les Oreilles du coeur

Pour son premier long-métrage de fiction, Jean-Philippe Martin plonge dans l'univers du son et élabore une enquête amoureuse têtue où la recherche de la vérité évoluera au fil des rencontres et des confrontations.

Sonar

Ingénieur du son en déprime, Thomas, trentenaire, vit reclus dans le studio d'enregistrement de son patron, mais néanmoins ami. Suite à l'échec d'une liaison amoureuse, il a délaissé sa passion – réaliser des portraits sonores – et se contente de vivoter grâce à des boulots alimentaires et sans intérêt. Sa rencontre avec Amina sur une aire d'autoroute va le bousculer et l'obliger à prendre sa vie en main et à s'ouvrir au monde. Thomas accepte de la loger quelque temps et découvre que cette femme lumineuse et en colère cache une histoire douloureuse. Fasciné, Thomas se sent de plus en plus happé par ce mystérieux personnage et retrouve en elle une envie de création. Suite à une violente dispute, Amina disparaît. De plus en plus obsédé, Thomas décide de partir à sa recherche.

À la fois road-movie intérieur et physique, Sonar est avant tout l'ouverture progressive au monde et à la vie d'un homme égaré, enfermé dans son marasme et sa difficulté d'être. Judicieusement, le cinéaste traduit plastiquement cette évolution par une utilisation réussie de la profondeur de champ, de l'évolution du cadrage et de la lumière. Enfermé dans son studio d'enregistrement, Thomas l'est aussi par un cadre serré et une profondeur de champ réduite, l'entourant d'un flou systématique, rupture d'avec le monde. La fuite d'Amina l'oblige à sortir, à réécouter son environnement et à reprendre contact avec les autres. Malgré l'interprétation très effacée de Baptiste Sornin et certaines longueurs, le cinéaste parvient à rendre compte de cet élan. Caché derrière son casque et son micro, Thomas va réapprendre le monde par les sons et les rencontres successives pour retrouver Amina. Des cités de banlieue grisâtres au Maroc solarisé, ses déambulations le conduiront aussi à s'exposer et à n'être plus uniquement dans l'enregistrement. Ainsi, le cadre s'élargit pour s'ouvrir complètement lors de la séquence magnifique, chez les parents d'Amina, hors du temps et fondatrice dans la mue de Thomas.

Sonar

Cet apprentissage de l'extérieur et de la lumière est doublé subtilement par une réflexion sur comment les individus se construisent ou se réinventent pour échapper à une société, une culture, une norme qui les contraint et les emprisonne. Portée par sa volonté de liberté et d'entièreté, Amina est d'abord un personnage-objet, objet de fantasme pour Thomas, tant amoureux qu'artistique (il veut réaliser un portrait d'elle), objet de rumeurs assassines de la part de ceux et celles qui la connaissent de loin et objet de ressentiment de la part de sa famille. Le mensonge lui permettra de survivre et de devenir sujet de sa propre vie, superbe paradoxe. Enfin, sa confrontation ardente avec Thomas lui permettra d'exister comme son égale, chacun.e ayant trouvé dans l'autre un apaisement et une possibilité d'être soi sans mentir.

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