Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Mars 2003
01/03/2003
Mots-clés : sortie en DVD,
 

Stéfan Liberski - Chronique DVD avec interview

Devenu une figure incontournable de l'humour à la belge grâce successivement aux Snuls et à J'aime autant de t'ouvrir les yeux, alias JAADTOLY, Stéfan Liberski révèle ses talents de réalisateur et met à jour son sérieux à travers deux DVD, "Courts Films" et "Micro Films", excellent prélude à la sortie d'un long métrage actuellement en tournage

S'il est un format de films encore plus difficile à distribuer que le court métrage, c'est bien le moyen métrage. Trop court pour une séance, trop long pour être accolé à un long métrage. Le DVD apparaît dès lors comme un média idéal pour diffuser ces films, en en réunissant plusieurs par volume. Encore faut-il rencontrer l'intérêt d'un distributeur. Stefan Liberski a eu cette chance par la voix de Boomerang Pictures. Un intérêt qui prend l'allure d'un tir groupé. Quatre des moyens métrages (40 minutes en moyenne), réalisés à l'origine pour Canal + par Liberski, se retrouvent compilés dans "Courts Films" (une série sans doute appelée à se compléter.) Ils sortent parallèlement à "Micro Films" (55 minutes de courtes séquences vidéo atypiques et philosophiques, tournées par l'artiste pour l'exposition d'art contemporain "Belgian System" qui se tint à Tour et Taxis, à Bruxelles, en 2001), tandis que JAADTOLY (avec Frédéric Janin bien sûr) en est à son deuxième volume.
On retrouve dans trois des courts films l'acteur Bouli Lanners, qui sortira bientôt son premier long de réalisateur, Ultranova, et que l'on peut voir actuellement dans un petit rôle du Long dimanche de Fiançailles de Jean-Pierre Jeunet. "Tout d'abord nous sommes très amis. Je l'estime beaucoup et je trouve que c'est un acteur formidable. (...) J'ai l'impression qu'il est déjà un acteur fétiche pour moi car j'ai toujours envie de le mettre en scène. C'est un peu mon double à l'écran". A tel point que ces deux amis polyvalents sont en train de co-réaliser, entre deux projets, une série de courts métrages sur le thème "Gros mythes et petites valeurs d'aujourd'hui".
Le menu de courts films est un peu disparate et montre des écarts évidents de maîtrise. 5 petits comptes ne sort pas assez du carcan télévisuel pour convaincre, Bxl-Paris-Bxl et Journ.Vid. sont par contre de vraies réussites. Dans le premier, un acteur et un peintre, belges comme ne manquent jamais de le remarquer les Français du film, attendent en vain leur rendez-vous d'affaires à Paris, une chronique acide et drolatique. Dans le deuxième, un homme, interprété par Liberski lui-même, "témoin lambda du vingtième siècle", entreprend un très prétentieux (et donc très drôle) Journal Vidéo de sa vie, mais jusqu'où ira-t-il pour y filmer de quoi captiver le spectateur? "J'avais vu sur Arte le film d'un monteur qui avait fait un journal vidéo. Ce film, dans le sérieux pur, m'avait beaucoup intéressé et j'ai voulu faire quelque chose de ce genre, mais avec une certaine ambiguïté. Et bien sûr, comme il s'agit de quelqu'un qui se filme lui-même, ça ne pouvait être que moi, mais il a toujours été clair dans mon esprit qu'il s'agissait d'un personnage".
Dans son moyen métrage Road Réveillon - où un Belge (Bouli Lanners) et une Française (Clémentine Célarié) se perdent sur les routes de Wallonie en cherchant à rejoindre une fête de réveillon de l'an 2000 - et encore plus singulièrement dans les "Micro Films", Liberski fait passer l'humour au second plan, voire le supprime complètement, pour laisser s'exprimer une facette plus désabusée et concernée de son talent, jusqu'alors distillée en sous-texte. "Le burlesque pur, la tarte à la crème, le "Benny Hill", ça n'a jamais été mon univers et je n'aime pas cela. J'aime l'ambiguïté. Je pense qu'à une époque où on est sans cesse bombardé d'images, il faut dérouter les spectateurs. C'est plutôt bénéfique de quitter les catégories et de présenter des choses qui ne soient pas immédiatement repérables. Cela crée un moment de suspension entre le "tout fait" et le "pas encore compris".
Un pli qui sera de rigueur pour King Kong Paradise, le futur long métrage signé Liberski réalisateur, avec à nouveau Bouli Lanners, entre autres, devant la caméra. Quelques heures après notre entretien, il s'envolait d'ailleurs vers le Japon pour les premières prises de vues. Avant cette sortie, nous le retrouverons sur Be tv, le successeur de Canal + Belgique, aux côtés de Frédéric Janin, dans Twin Fliks, un concept éloigné de JAADTOLY où ils mettront encore d'avantage en avant des comédiens peu exposés (comme à l'époque de JAADTOLY, Laurence Bibot et... Bouli Lanners).

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