Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Février 2012
Mots-clés : festival, rencontre
 

Anima, devant l'écran

Depuis plusieurs années, Stéphanie Coerten présente toutes les séances du Festival Anima. Comme lors des précédentes éditions, elle s'installera jour et nuit au Flagey dès le 17 février, rôdera dans les couloirs, partira en courant changer de robe, nous chantera la chansonnette au moindre problème technique et ce, jusqu'à la fin, le 26 février. De l'énergie, du peps, un grand sourire et surtout, surtout, une véritable passion pour le cinéma d'animation.

 

Cinergie : Peux-tu nous décrire brièvement ton parcours et ta formation ?
Stéphanie Coerten : Je suis née en Belgique et j’ai grandi à Bruxelles. Depuis aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours trouvé logique d’être sur une scène, d’une manière aussi évidente que pour les petits garçons, lorsqu’il y a un terrain et un ballon, ils jouent au foot. Pour moi, c’est pareil, s’il y avait une scène, il fallait que j'y monte. J’ai découvert assez tard que c’était un métier, et quand j’ai appris ça, il n’était plus question pour moi de faire autre chose.
À 18 ans, je suis entrée à la Kleine Academie, une école de théâtre privée et polyglotte. C’est une école différente, qui aborde le théâtre par le mouvement. Je pensais au départ que c’était une période de transition qui allait me permettre d’intégrer l’INSAS ou l’IAD, écoles qui me faisaient rêver à l’époque, mais après quelques mois à la Kleine, je me suis dit que c’était là que je devais être. Puis, est arrivé un élément qui m’a sauvé la vie par la suite, je ne m’étais pas vraiment rendu compte que j’étais... bilingue ! On apprend le Néerlandais à l’école sans vraiment le pratiquer, sans se rendre vraiment compte de son niveau et, à la Kleine, j’ai découvert que j’avais de grandes facilités. C’est la raison pour laquelle on est venu me chercher pour présenter un festival qui n’existe plus aujourd’hui, un festival consacré au documentaire animalier. Ça m’a plu tout de suite. C’était très agréable à faire et ça me permettait de voir un tas de films formidables et de rencontrer des gens extraordinaires. Plus tard, on m’a alors proposé de présenter le festival Anima.

Stéphanie Coerten, Animatrice à Anima

C. : Tu connaissais déjà le festival ?
S. C. : Si je le connaissais ? Je vais à Anima depuis mes 14 ans !
Le présentateur habituel avait décidé d’arrêter et on m'a proposé de le remplacer une semaine avant le festival. Pour moi, Noël est tombé au mois de février parce que c’était le plus beau cadeau qu’on pouvait me faire. Une semaine après le coup de fil, j’étais embarqué dans l’aventure. Ça fait 8 ans maintenant… neuf ans… enfin, je ne sais plus, quand on aime on ne compte pas !

C. : Dans quelques jours, tu seras donc ici, à Flagey… Comment te sens-tu, angoissée ou excitée ?
S. C. : Les deux ! Quand je présente le festival, je cumule un tas de métiers qui ne sont pas les miens ! Je deviens journaliste puisque je suis face à des réalisateurs que je dois interviewer sur scène. Je deviens interprète puisqu’il faut traduire les réponses simultanément… Parfois, je ne sais plus quelle langue je parle ! C’est toujours un peu stressant avant le festival. Je me demande toujours si je vais tenir le coup. Ce qui me facilite la tâche, c’est que je suis une folle dingue des films d’animation, donc je parviens assez facilement à trouver les questions. Je demande ce que moi, en tant que spectatrice, j’ai envie de savoir.

C. : Comment abordes-tu ce métier de présentatrice ?
S. C. : J’essaie de me dire, ce n’est pas moi qui compte, c’est le film. Je suis un peu là comme réhausseur. Je pousse dans la lumière. Ça, c’est la chose la plus importante. Pour moi, une présentation doit être courte et dynamique. Les gens ont surtout envie de voir le film.
Bon, quand il y a des problèmes techniques, évidemment, je n’ai pas peur de mouiller ma chemise et de faire l’andouille.

C. : Etre une femme jeune et jolie, ça aide ?
S. C. : Je ne sais pas… Je n’ai jamais essayé les autres options ! (Rires)
Plus sérieusement, je ne suis pas dupe, une femme en robe de soirée, ça ajoute une décoration, comme sur le sapin de noël. Il faut jouer le jeu.

C. : En presque dix ans de fréquentation au plus près du festival, on imagine que tu as rencontré des centaines d’animateurs !
S. C. : Ah ça oui. Je crois que j’ai vu Dieu une centaine de fois ! J’ai pu rencontrer des gens que j’adulais déjà, des gens dont j’ai découvert le travail etc. Parfois, je suis tellement impressionnée, que je reste comme deux ronds de flanc.

Photos Blutch C. : Qui t’a le plus impressionnée ?
S. C. : C’était en 2008 pour la présentation du film Peur(s) du noir. Je me suis retrouvée nez à nez avec Blutch ! Ça fait bien longtemps que je suis fan de ses bandes dessinées et face à lui, j’ai perdu mes jambes, ma voix… ce qui tombe plutôt bien parce que je trouve que son travail va au-delà des mots, va directement à l’émotion. Son travail me touche profondément.

C. : Et la plus belle découverte ?
S. C. : Je n’oublierai jamais le jour où j’ai découvert les studios Aardman. Je n’oublierai pas non plus le jour où j’ai vu pour la première fois les Pic Pic André de Patar et Aubier à peu près à la même période. Mais c’est très difficile de faire un choix parce que l’animation nous emmène dans des univers tellement différents !

C. : Et humainement ?
S. C. : Humainement ? C’est difficile à dire ! C’est clair qu’il y a des gens que je retrouve chaque année avec plaisir. Il y a eu tellement de coups de foudre. J’avoue qu’avoir eu l’occasion de jouer avec Wallace, Gromit et Lady Tottington en plasticine, ça a été un souvenir magnifique. D’avoir pu rapporter à la maison un petit Morph que je garde précieusement dans une petite boîte au frais, c’est… oui, c’est magique ! C’est encore mieux pour moi qu’une soirée avec Brad Pitt !

C. : On peut dire que tu es une mordue !
S. C. : Oui. Et c’est en plus mon rêve de comédienne. Je rêverais de jouer un personnage animé, pas juste donner ma voix, mais vraiment donner corps à un personnage comme l’âne dans Shrek qui est inspiré d'Eddy Murphy. Je n’ai pas besoin que ce soit une aussi grosse production, mais je rêve de donner vie à un personnage animé.
Je passe un appel à tous les animateurs du monde ! (Rires)

C. : Quel est ton regard après tout ce temps sur ce festival ?
S. C. : Je fréquente le festival Anima depuis que je suis petite. J’ai toujours été curieuse de découvrir les jeunes animateurs ou les productions des gros studios. Maintenant, je connai0s les coulisses et je me rends compte que les gens du festival sont de vrais passionnés qui veulent s’adresser à tout le monde, aux tous petits, aux ados, aux adultes, qu’ils soient connaisseurs ou totalement néophytes. Depuis qu’on a déménagé à Flagey, c’est encore mieux, parce que tout le monde se balade dans le même espace, tout le monde se croise.

C. : Est-ce que tu vois les films avant de les présenter ?
S. C. : J’essaie de le faire avant le festival parce que pendant, je n’ai pas le temps. Il y a quelques années, j’essayais d’assister aux séances et de me glisser de salle en salle pour voir au moins des moments, mais j’ai arrêté parce que mon cerveau sortait de mes oreilles avant la fin du festival.

photo arrugasC. : D’où la question intéressée. Que doit-on absolument voir lors de la prochaine édition ?
S. C. : J'ai déjà vu des choses formidables ! Chico et Rita que j'avais manqué l'an dernier et qui est un bijou, il y a aussi Rose et Violet, une petite histoire pour les enfants hors des morales traditionnelles, qui m'a beaucoup fait rire. Enfin Arrugas d'Ignacio Ferreras. Je ne connaissais pas la BD, et en lisant le résumé, je m'attendais à un film léger et drôle, une sorte de road-movie du 3ème âge. Quelle claque ! J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je n'en suis toujours pas remise. C'est une histoire douce et touchante (le mot est faible), pleine de tendresse, sur des vieux dans un home, touchés par la maladie d'Alzheimer.
Ce week-end, je compte bien « attaquer » Alois Nebel, Georges, the Hedgehog et Orla tête de Grenouille.

C. : Parle-nous un peu de ton autre vie, le théâtre.
S. C. : Le théâtre, c’est venu tout seul, et le cinéma pas. Il y a deux options, soit le cinéma est un endroit où je n’ai vraiment pas ma place et c’est pour ça qu’elle ne s’est jamais faite. Soit c’est un milieu qui est fermé et qui tourne toujours un peu avec les mêmes têtes. Mais je trouve que c’est un milieu où il est difficile d’entrer, alors que le théâtre me semble évident.
Je joue dans Sois belge et tais-toi. Ça fait six ans que je travaille pour cette revue. Finalement, je suis plutôt fidèle. Je joue principalement Joëlle Milquet, Caroline Gennez et la princesse Mathilde dans une tenue d’un rose improbable – ce que j’aime beaucoup !

commentaires propulsé par Disqus