Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
mars 2007

Vidéo

Entrevue

Critique

Sortie DVD

Arrêt sur image

Dossier

Evénements

Film dessiné

Publication

Tournage

08/03/2007
 

Still Life de Jia Zhang Ke

Still life, le cinquième film de Jia Zhang-Ke ayant obtenu le lion d’or à la Mostra de Venise en 2006, révèle l’un des plus importants cinéastes chinois (avec Hou Hsiao-Hsien et Wong Kar Wai) à notre époque. Il s’agit d’une consécration pour l’animateur incessant de la nouvelle génération du cinéma chinois qui s’est affirmée en utilisant le nouveau support numérique. En Chine, filmer est un périple que les jeunes réalisateurs affrontent d’un projet à l’autre. L’autorisation de filmer n’étant point accordée par le bureau du cinéma, la plupart des jeunes réalisateurs filment illégalement. D’où leur statut d’officieux ou d’underground  vu qu'ils se refusent à représenter une sixième génération.
Ce fut le cas de Jia Zhang-Ke pour ses trois premiers films : Xiao Wu, artisan pickpocket (prix de l’âge d’or), Platform, Plaisirs inconnus. Tous ont été interdits de diffusion dans les salles officielles.
Résultat prévisible : les trois films sont disponibles en Chine grâce aux projections dans les cafés mais surtout à l’aide de DVD pirates (1€) qui les rendent très populaires. D’autant que le souci du réalisateur consiste à dépeindre les oubliés de la croissance et les victimes du modèle chinois. Un étonnant tableau de la communication de la mondialisation et de son espace de formatage.
Cinéart édite dans sa série « cinéfiles », un coffret de DVD comprenant les quatre premiers films de Jia Zhang-Ke (The World le quatrième film ayant été validé par les autorités chinoises) ainsi qu’un bonus consacré au réalisateur qui en dévoile le parcours et la cinéphilie sauvage. Une façon intelligente de découvrir la fertilité de la cinématographie asiatique depuis 15 ans.
La cinquième galette de l’édition est consacrée aux deux bonus interrogeant l’un des cinéastes les plus importants de notre époque.
Premier bonus : Made in China, les 50 minutes de Julien Selleron (jeune cinéaste français ayant rencontré Yu Lik Way, le chef opérateur de Jia, lors de leurs études à l’INSAS) sont passionnantes. Invité par Jia Zhang-Ke et Yu Lik Way en Chine, Julien Selleron va y réaliser un portrait du chef de file des cinéastes indépendants chinois.
Mal vu des autorités et traité avec arrogance par ses collègues pour qui le cinéma est de la pub (une autre forme de propagande où seul le contenu change), Jia développe, goguenard, un humour constant. Il faut vous dire que dans Made in China, Julien Selleron, montre que les chinois n’adorent pas que jouer au Mang-Jong mais qu'ils tendent aussi aux provocations feutrées.
Les bureaux de Jia Zhang-Ke (rendez-vous habituel des cinéastes indépendants) sont situés à cent mètres de l’académie du cinéma chinois. On peut imaginer qu’ils font leur Taï Chi, tous les matins ensemble.
Dans son bureau, Jia grimpe sur un escabeau et sort de sa DVDthèque ses films préférés : La notte, d’Antonioni (il adore une séquence au début où des jeunes gens font un feu d’artifice sous le regard désabusé de Jeanne Moreau). Ensuite, il nous montre Mouchette et L’Argent de Robert Bresson, l’un de ses réalisateurs de chevet et, enfin Les Garçons de Feng-Kaï d’Hou Hsiao Hsien. Un film consacré à l’adolescence des jeunes de Taïwan.
« Après avoir vu ce film, dit-il, j’ai eu envie de raconter l’histoire des jeunes de Shan Xi, ma région natale. Ce film m’a beaucoup impressionné parce qu’avant lui, il n’existait pas de film évoquant des sentiments simples et personnels. En voyant les Garçons de Feng-Kaï, je me suis rendu compte que notre expérience de vie- de la vie de gens comme moi- avait une valeur narrative précieuse. »
On comprend mieux pourquoi il tourne Xiao Wu, artisan pickpocket dans l’urgence, la nécessité de fixer sur pellicule des images d’une Chine en train de disparaître. A la fin du film, le public devient partie prenante de la fiction. On voit autour de Xiao Wu et du policier, des mingons (travailleurs de la campagne venus vendre leur force de travail à la ville). Ceux-ci sont taciturnes et silencieux, surpris de voir un voleur mis au pilori alors que tant d’autres défilent en Mercedes.
Deuxième bonus : un entretien de Louis Danvers avec Jia Zhang-Ke sur ses quatre films qui donnent la voix aux ouvriers, aux hôtesses de Karaoké, aux migrants et autres jeunes en errance. On démarre par le choix imprévisible d’un cinéaste qui a démarré des études aux Beaux-Arts.
« C’est par pur hasard que je me suis intéressé au cinéma. Dans le cadre de mes cours, j’ai eu l’occasion de voir Terre jaune de Chen Kaige et j’ai su que ce mode d’expressions me convenait. Dans les années 80, beaucoup de troubles sociaux avaient lieu. Je n’avais qu’un seul rêve : raconter ces événements. Si je ne me suis pas tourné vers l’art ou la mystique, c’est pour cette raison. Seul un moyen d’expression comme le cinéma pouvait décrire ce que j’ai vécu. »

Xiao Wu
« En 1987, l’économie de marché commençait à se construire et j’ai senti qu’il fallait absolument que je filme cette évolution. Xiao Wu est une sorte de documentaire. Je me suis intéressé à ce qui se cachait derrière cette évolution économique et à la situation que vivait le peuple chinois. L’impact en était aussi important que la révolution culturelle. Je me suis dit que j’allais jouer un héros qui se sauvait pour fuir ses responsabilités et qui ne trouvait pas un mot pour se trouver une bonne conscience. J’ai donc choisi un voleur. »

Platform
« C’est le premier script que j’ai écrit. Comme le tournage nécessitait un trop grand investissement, il était impossible de le réaliser en 1987. Beaucoup de choses ont changé dans les années 80. C’est mon premier pas dans le cinéma. Tout ce qui se passe aujourd’hui a démarré dans les années 80 avec la politique d’ouverture de la Chine.»

Plaisirs inconnus
« J’ai voulu réaliser un film sur la jeunesse chinoise. Les problèmes que rencontrent les jeunes sont universels. Ils ont leurs attentes et rencontrent des problèmes imprévisibles. Certaines choses sont admises par la société, d’autres non. Quand j’ai tourné Plaisirs inconnus, l’économie chinoise tournait à plein régime ou comme disent les chinois « elle volait ». Les jeunes ont certes accès au cybercafé, à Internet mais leur vie est difficile. C’est une situation inconfortable.»

Jia Zhang-Ke collection, 4 films : The world (extra-features), Plaisirs inconnus, Platform, Xiao Wu, éditions cinéart, collection cinéfiles/horizon.

commentaires propulsé par Disqus