Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : série télé, tournage
 

Sur le tournage de "Ennemi Public"

La révolution des séries belges (francophones) est en marche !

En février, La Trêve marquera en télé le coup d’envoi du Fonds pour les séries, imaginé par la RTBF et la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ennemi Public, qui sera diffusé dans la foulée, termine à son tour de mettre 10 épisodes de 52 minutes en boîte, au terme d’un tournage long de trois mois. Sur lequel Cinergie s’est rendu.
Si en un peu plus d’une décennie, la RTBF a co-produit et diffusé seulement quatre séries belges (Septième Ciel Belgique, Melting Pot Café, À tort ou à raison et Esprits de Famille), la chaîne publique a, on le sait, complètement revu et même boosté sa politique en la matière. En partenariat avec le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un nouveau et ambitieux Fonds pour les séries a ainsi été lancé avec, cette fois, la perspective de voir sur petit écran - au minimum – sept séries (de 10 épisodes de 52 minutes chacun), dès février prochain. Un énorme soulagement, pour tout le secteur.

 

 

Une nouvelle ère pour la fiction télé
Nombreux, les objectifs sont connus : faire fructifier la production belge francophone avec un rythme plus soutenu, mieux faire connaître nos talents auprès du (télé)spectateur belge en lui offrant au moins un épisode hebdomadaire en prime-time, et permettre à ces séries de devenir un nouveau tremplin pour le cinéma. En somme, il s’agit là du calquage du modèle flamand, mis en place il y a plusieurs décennies au nord du pays, avec un succès toujours présent aujourd’hui. Si, à ce stade, personne ne peut encore dire avec certitude que l’opération fonctionnera chez nous à l’identique, on peut au moins saluer qu’elle soit tentée. D’autant qu’elle est tout simplement historique, de ce côté-ci de la frontière. « Une vingtaine de scénaristes est, en ce moment, en train de plancher sur toutes ces séries, je n’ai jamais vu ça depuis que je fais ce métier ! », nous confiait récemment Laurent Denis, Président de leur corporation (l’ASA).
En préambule, l’avant-première de La Trêve, diffusée en novembre dans le cadre du 3e Festival Are You Series de Bruxelles devant cinq cents spectateurs conquis, nous a déjà permis de vérifier, à travers deux premiers épisodes aboutis, léchés et même passionnants, que la série belge francophone vient bel et bien d’entrer dans une toute nouvelle ère. Encourageant !

Libre inspiration de l’affaire Dutroux
Ennemi public Mais avant cet été encore, surgira aussi Ennemi Public, dont le feu vert pour une deuxième saison a déjà été donné… avant-même la diffusion du premier épisode. Tournée jusqu’à la fin de ce mois de décembre, ses décors ont notamment été plantés dans les Ardennes et le Namurois. Le pitch ? Un homme, Guy Béranger, après un long emprisonnement pour l’assassinat de plusieurs enfants, est recueilli dans un monastère, où il demande à devenir moine. Mais peu de temps après son arrivée, une enfant disparaît.
Au cours des dix épisodes, cette série va suivre différents personnages, confrontés de près ou de loin à cette affaire. Un sujet qui, on l’aura compris, est librement inspiré de l’affaire Dutroux, ce qui devrait résonner auprès du public belge. Le tandem des réalisateurs, composé de Matthieu Frances (Monsieur Étrimo) et Gary Seghers (remarqué grâce à Intus, un court-métrage avec Jérémie Rénier), nous en dit un peu plus : « Il s’agit là effectivement d’un sujet grand public, avec des questions qui touchent tout le monde et qu’on a donc envie de mettre dans tous les foyers, détaille le premier. « La communication est optimale entre nous deux. Gary s’occupe plus de la partie technique et de la mise en place des scènes, moi plutôt des comédiens. On sait et on sent qu’on participe à quelque chose de nouveau, mais côté francophone, c’est un moment qu’on attend depuis très longtemps. Car notre génération a envie de montrer qu’elle a aussi des choses à exprimer, à travers ce support.»
Processus de sélection inclus, Ennemi Public, co-produite par Playtime Films, Entre Chien et Loup et la RTBF, donc, est en préparation depuis plus de deux ans. « Le travail a été long et intensif, les réunions nombreuses, car nous étions quatre jeunes auteurs débutants. Clairement, les événements autour de Michèle Martin à Malonne nous ont inspirés. On s’est dit qu’il y avait là une base dramaturgique idéale, avec une flopée de personnages au potentiel intéressant. Et on s’est senti légitime de l’évoquer en mode fictionnel. Après, on a bien sûr créé quelque chose qui reste à des années lumières de la réalité.»

« On ressent un nouveau souffle » (Clément Manuel)
À l’écran, le grand public pourra se familiariser avec des comédiens comme – entre autres - Stéphanie Blanchoud (La Régate), qui interprète Chloé Muller, la policière chargée de veiller à la sécurité de l’ancien prisonnier, Jean-Jacques Rausin (Je me tue à le dire), Laura Sépul, Daniel Hanssens ou encore, Clément Manuel, déjà bien rôdé aux séries françaises (Ainsi soient-ils, Falco), et dont le personnage, Frère Lucas, est lui chargé de suivre le noviciat de Béranger : «J’ai sincèrement été scotché en découvrant l’ambition, l’audace, l’originalité et la solidité du scénario », explique ce dernier. « Ce rôle, pour lequel j’ai dû perdre une dizaine de kilos, est un vrai cadeau pour un comédien. J’avoue n’avoir jamais reçu un truc pareil de ma vie ! C’est sûr, ce qui est en train de se passer pour nous, acteurs en Belgique, est assez génial. On ressent sur le tournage ce nouveau souffle, auquel chacun adhère, malgré des conditions économiques encore un peu justes, car nous sommes encore à un stade laboratoire. Mais je pense que l’émulation provient d’un peu partout en Europe, où l’on a de moins en moins de complexes face aux séries américaines.»

11 projets en gestation au total
Sur le tournage de En effet, les études le prouvent, un peu partout, les audiences télévisées des fictions locales dépassent de plus en plus couramment les séries américaines, très longtemps hégémoniques. « Certes nous, en Belgique francophone, on part quasiment de zéro à ce niveau », expliquait il y a peu François Tron, le directeur de la RTBF, à nos confrères du Monde-, « néanmoins, pour favoriser l’émergence de cette nouvelle offre, nous pouvions nous appuyer sur la créativité d’un tissu de production francophone déjà existant et très développé : celui du cinéma belge.»
En vue de la rentrée 2016, ce même Fonds a d’ores et déjà annoncé la diffusion de Ouestern, une comédie policière cette fois, avant que n’arrivent Les Pionniers, qui nous plonge dans le quotidien d’un cabinet d’avocats, Invisibles, une série avec quelques relents fantastiques, Geek & Flic, qui baigne elle dans la cybercriminalité et Champions, qui explore le monde du ballon rond. Enfin, quatre nouveaux projets viennent récemment d’être validés pour être éventuellement développés, tandis qu’un accord vient d’être trouvé avec Proximus pour une diffusion des épisodes en VOD (Vidéo à la Demande). Et du côté des autres diffuseurs (RTL, BE TV…), il se chuchote qu’on s’affaire en coulisses, et que certains projets similaires sont en train de se mettre en place. C’est sûr, on peut parler de vraie révolution dans le secteur !

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