Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Tournage - Je te survivrai de Sylvestre Sbille

Jonathan Zaccaï, rôle principal de Je te survivrai, le premier long métrage de Sylvestre Sbille. Une comédie noire, qui a logiquement suscité la curiosité de Cinergie.


scène du tournagePauvre Sylvestre Sbille ! À peine quelques jours avant de débuter la plus belle aventure de sa carrière, le réalisateur a été confronté au pire : le forfait – sur blessure domestique ! – de son interprète principal, Renaud Rutten. Branle-bas de combat (alors) pour lui et ses producteurs, puisque pour des raisons logistiques, financières et surtout météorologiques, le film ne pouvait se tourner en hiver. Un plan B a donc dû être trouvé.

Survient alors un incroyable coup de chance : Sbille réussit à (re)mettre la main sur son tout premier choix : un certain Jonathan Zaccaï (Elève Libre), qui, pour des raisons de planning, n’avait pu accepter le rôle dans un premier temps. Et pour cause, à ce moment-ci, il aurait notamment dû se retrouver avec Matthias Schoenaerts (Rundskop) sur le plateau de Waste Land du Flamand Pieter Van Hees, un projet finalement postposé. « En plus, sourit Zaccaï, j’y remplaçais Bouli Lanners. Mais voilà, ce n’est un secret pour personne, j’ai été appelé dix jours avant de tourner ici, ce qui m’a fait entrer dans ce film sans préparation spécifique. Je suis désolé pour Renaud Rutten, mais j’ai dit banco directement, car quand on m’a proposé une première fois le scénario, il y a un an et demi, j’avais déjà été très séduit par le concept. En fait, c’est  une sorte Misery de Stephen King version comédie noire à la Belge. L’originalité du ton et le côté claustrophobe donnent un mélange très excitant. »

Sbille, puits d’imagination

scène du tournageZaccaï incarne Jo, un promoteur immobilier à qui tout réussit professionnellement. Scandaleusement riche, il aime le luxe, les belles maisons et les belles voitures. Mégalo, il a un jour l’idée de construire un terrain de golf au sein de son immense propriété. Mais petit hic : son projet cale, car il se heurte à l’existence d’une petite et modeste propriété dans laquelle vit Blanche, une pauvre vieille dame qui semble immortelle et qui surtout, refuse de vendre sa maison. Entre eux, le conflit est permanent. Forcément.

Humainement infect voire pervers, Jo descend un jour au fond de son puits pour couper l’arrivée d’eau de sa gênante voisine, et ainsi la pousser à quitter les lieux. Manque de bol : il se retrouve coincé au fond du trou. Et devinez qui est son seul témoin ? Blanche bien sûr, sa pire ennemie ! S’ensuit alors un huis clos, un duel mêlant manipulation et chantage affectif.

« Dans mon jardin, commente le réalisateur devant l’impressionnant puits reconstitué dans le Studio 6 de la RTBF, j’ai moi-même un puits. Un jour, je me suis demandé ce qui pourrait un jour se passer si j’allais dedans et que ma famille était en vacances. C’est simplement comme ça qu’a démarré l’idée du film. En imaginant cette situation aussi simple que forte : quelqu’un, bloqué au fond de son puits, et qui n’a comme interlocuteur que quelqu’un qu’il méprise, et vice-versa ! Par ailleurs, Blanche et la plupart de mes personnages existent dans mon village. »

La comédie, un terrain miné ?

Diplômé de l’INSAS en montage sur les conseils de Philippe Blasband (Un honnête commerçant), Sylvestre Sbille, 41 ans, a connu un parcours assez classique jusqu’ici. Réalisateur de télévision, de documentaires et de courts métrages, il tâte par ailleurs du journalisme dans les colonnes culturelles de L’Echo depuis janvier dernier. Notamment remarqué dans les Festivals pour Le Grand Jeu en 2010 (avec Charlie Dupont, Olivier Massart, Aylin Yay…), un petit bijou de drôlerie, Sbille reste sur un terrain qu’il affectionne : la comédie. « En Belgique, le genre existe assez peu, mais les choses, je pense, sont en train de changer. Pour moi, c’est important car chacun sait qu’on peut parfois mieux parler de choses graves ou de destins brisés sous cette forme, et que les choses peuvent parfois mieux être ressenties. Par le biais du comique, on peut aussi avoir une connivence avec le personnage, parfois davantage que si on s’apitoie sur son sort. Pour moi, un des plaisirs du cinéma, c’est aussi de pouvoir se sentir proche de quelqu’un, de s’identifier à lui. Ce truchement permet de passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Puis, j’aime faire rire et on sait que beaucoup de grands classiques sont des comédies. »  

Un solide casting "Made in Belgium"

scène du filmPour un premier film, qui s’est également tourné à Lasne dans un décor « très irlandais » (dixit Zaccaï), Sbille peut s’estimer chanceux. Outre Zaccaï, il se targue d’accueillir dans les seconds rôles des comédiens comme David Murgia (La tête la première), Laurent Capelluto (Un conte de Noël) et Tania Garbarski (Quartier Lointain). Blanche est, quant à elle, incarnée par Ben Riga, moins connue à l’écran malgré son charisme évident, puisqu’elle a surtout fait ses preuves sur les planches. Benoît Bertuzzo, exceptionnelle révélation du Grand Jeu et comédien à suivre, est sans surprise repris par Sbille. « Je l’ai connu comme régisseur général sur Les Convoyeurs attendent, où j’étais son assistant stagiaire. C’est un grand ami de Benoît Mariage, connu comme réalisateur ou technicien, mais qui a un potentiel fou de comédien. » On épinglera par ailleurs les débuts au cinéma de Myriam Leroy, bien connue de la radio, dans un rôle d’infirmière.

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