Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 2017
 

Sur le tournage de la série "e-Legal"

“Pour les séries belges, le plus important, c'est d'élargir la sphère !”  (Alain Brunard, réalisateur) 

Séries belges : suite et pas fin. Alors que La Trêve et Ennemi Public planchent en ce moment sur leur deuxième saison, une troisième fiction du genre, intitulée e-Legal et baignant dans le monde de la cybercriminalité, a bouclé un tournage long de 70 jours, en vue de la réalisation de dix épisodes de 52 minutes. Ceux-ci seront livrés à la RTBF au printemps prochain. L'occasion d'un petit bilan, après notre passage sur le plateau.

Excepté, peut-être, ceux qui auraient quitté le pays au cours de ces derniers mois, chacun aura remarqué qu'une sorte de mini-révolution s'est produite au sein des séries belges francophones avec, en point d'orgue, les réussites conjuguées de La Trêve et d'Ennemi Public. Deux succès qui se sont surtout traduits par d'excellentes audiences, des récompenses internationales (de prestige) et surtout, de nombreuses reventes à l'étranger. Ces projets connaîtront par ailleurs chacun une seconde saison. Mais autour d'eux, le Fonds spécifique mis en place par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la RTBF poursuit son travail - de longue haleine -, dont le tout dernier fruit est la mise en boîte de la série e-Legal. Cette dernière a été concoctée par la même équipe qui, dans un autre contexte, a en son temps œuvré sur la série judiciaire À tort ou à raison (vue sur la RTBF et France Télévision, avec Bernard Yerlès et Alexandra Vandernoot), entre 2009 et 2013.

Un épisode = une affaire
Tournée quasi-intégralement en région bruxelloise durant les derniers mois de l'année 2016, e-Legal aura comme particularité de suivre le quotidien d'un cabinet d'avocats spécialisés dans la cybercriminalité. "En fait,", explique le réalisateur Alain Brunard, “il s'agit d'un cabinet pointu et spécialisé, dirigé par une femme, Valentine (Olivia Harkay, issue du théâtre). Celle-ci est épaulée par sa demi-sœur Fran (Raphaëlle Bruneau, qui s'est illustrée dix ans dans le genre en France, via la série PJ), une hackeuse de haut vol qu'elle a pu engager en la débarrassant de quelques soucis judiciaires. Et puis, à leurs côtés, il y a Théo Jacobs (Adrien Letartre, un autre habitué des planches) un jeune avocat de talent aux dents longues. On retrouve en fait là trois générations de personnages, de 25, 35 et 45 ans. Si ici, les épisodes sont indépendants les uns des autres, la sphère privée des intervenants est évoquée en filigrane, avec trois destinées qui évoluent au fur et à mesure des épisodes. Ceux-ci sont inspirés d'histoires réelles, et font écho à des affaires de société.Les thématiques, plutôt modernes, évoqueront des faits allant de malversations virtuelles à du harcèlement scolaire, en passant par le djihadisme, voire encore, la vente de drogue de synthèse.

De l'importance des décors
Lors de notre passage à Forest, aux deux tiers du tournage, dans les décors du cabinet "De Facto", Alain Brunard, comme à son habitude serein, nous confiait avoir trouvé un bon rythme de croisière. Dix minutes utiles à tourner au quotidien, c'est quelque chose d'assez considérable, convenons-en. Mais l'avantage pour nous, c'est que l'équipe se connaît bien. Les automatismes sont là. Puis, avec les comédiens principaux et même certains guests, nous avons eu l'occasion de faire un travail important en amont, dès l'été dernier. Cela nous offre sur le tournage une belle liberté de création. Car quand les comédiens sont bons et généreux dans l'effort, cela permet davantage de souplesse en vue du résultat final.”

Autre élément auquel a tenu particulièrement le réalisateur : les décors. “Avec les moyens relativement restreints qui sont les nôtres, les repérages ont été un point capital. Mais nous avons eu la chance de trouver notre bonheur, à tous les niveaux. Et quand les décors s'imbriquent bien à l'histoire racontée, c'est un sacré bonus !”

Crédibilité et réalisme
Quant à ce nouvel élan pris par les séries belges, venues bousculer notre paysage, avec comme ambition affichée, de rapprocher un peu plus petit et grand écran, Brunard le commente, non sans un certain enthousiasme sincère :C'est forcément excitant. Si La Trêve et Ennemi Public, en plus de leur qualité respective, ont été internationalement reconnues, c'est précisément parce qu'on a laissé à leurs instigateurs les coudées libres et qu'ils ont pu s'exprimer comme de réels créateurs de long-métrages. Quand on voit le résultat, ça a du corps, de la personnalité et du sens. C'est intelligent.”
Suite à ces deux succès, lui et son équipe ressentiraient-il une quelconque pression ? “Sincèrement, non. Il y en a une bien sûr, une attente de la part de la chaîne, la RTBF, mais elle est tout à fait légitime, dans la mesure où la barre a été placée assez haut d'emblée. Mais ça, c'est assez enivrant, car cela nous oblige à maintenir une certaine qualité. Je pense que le plus important, dans l'ensemble, c'est que ces différentes séries belges ne se ressemblent pas, qu'on puisse élargir la sphère et qu'un maximum de choses puisse s'exprimer. Vous verrez, et tant mieux d'ailleurs, qu'e-Legal n'aura pas grand-chose à voir avec La Trêve, notamment en ce qui concerne le mode narratif et le rythme. Nous essayons de nous approcher d'un cinéma-vérité, un peu comme certaines séries anglaises, avec pas mal de scènes tournées caméra à l'épaule dans des décors naturels. J'espère en tout cas qu'on réussira à proposer quelque chose d'aussi crédible que réaliste aux spectateurs.”

Avec 99 comédiens du cru
Coproduite par Rosanne Van Haesebrouck (de To do Today, qui avait donc chapeauté À tort ou à raison), cette série e-Legal, imaginée par un habituel duo de scénaristes formé par Sophie Kovess-Brun et Erwan Augoyard, a par ailleurs été coécrite par Juliette Keller, Sarah Schenkel et Julien Gras-Payen. Plusieurs consultants ont été sollicités, comme une avocate ou le commandant de la Federal Computer Crime Unit, et la série permettra de (re)découvrir 99 comédiens belges, parmi lesquels Thierry De Coster, Steve Driesen, Michaël Erpelding, Bernard Eylenbosch, Louise Manteau, Olivier Massart, Fabio Zenoni (...).

Enfin, en ce qui concerne ce Fonds FWB-RTBF dédié aux séries, à l'aube, déjà, du tournage d'une quatrième série (Unité 42, avec Patrick Ridremont), il a fixé sa prochaine date de dépôt de projets au 23 février prochain. Avec une nouveauté cette année : celui-ci sera ouvert, à titre expérimental, au format 26 X 26 minutes, notamment en vue de favoriser un genre délicat mais assez attendu : la comédie.

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