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07/11/2011
 

Suzana Amaral, cinéaste brésilienne invitée à BOZAR

L'Europe a découvert le cinéma brésilien dans les années 60 avec les films du cinéma novo. Un âge d'or que Glauber Rocha, s'inspirant d'un film de Murnau, va appeler « Cela s'appelle l'aurore ».
Mais en Amérique latine et au Brésil en particulier, les premières projections de films ont lieu en 1896 et, dans les années 20, une industrie cinématographique s'est développée. Des petits studios se créent à Rio, et les grands studios de Vera Cruz à Sao Paulo.
Pendant Europalia Brasil, la Cinematek offre plusieurs générations de réalisateurs dans un cycle intitulé Cinéma do Brasil, ainsi que des séances spéciales avec Walter Salles (à Flagey).
A Hora de Estrella (1986) et Hotel Atlantico (2009) de Suzana Amaral, seront montrés dans la salle du Palais des Beaux-Arts, le 7 novembre 2011.
Nous publions sur notre site des extraits d'un entretien que Suzana Amaral a accordé à Eduardo Lucena pour la revue 2001. Il a été traduit en français par Suzana Rosberg, monteuse et réalisatrice que les lecteurs de Cinergie.be connaissent bien et que nous remercions.

Vous avez lutté pendant quatre ans pour trouver le financement de Hotel Atlantico. Pourquoi est-ce toujours si difficile de financer un long métrage au Brésil ?
Ça dépend toujours du projet et du public auquel il s'adresse. En général, les financiers ne s'intéressent pas à des projets atypiques, qui sont en dehors du versant global/TV. Et le marché s'y intéresse encore moins.

Qu'est-ce qui a attiré votre attention sur le livre de João Gilberto Noll, dont est tiré le film Hotel Atlantico ?
L'étrangeté. La narration de Noll a l'audace presque irresponsable de ne pas répondre, d'une manière cohérente, aux attentes des gens. C'est également un texte très visuel, ce qui mène, tout naturellement, à mon métier.

suzana amaral, hotel atlantico

Parlez-nous un peu de votre méthode de relecture d'une œuvre littéraire. Vous dites, d'habitude, que vous n'adaptez pas, mais que vous pratiquez une transmutation.
Je souhaite être fidèle à l'esprit du livre, mais, en même temps, je veux le transformer en quelque chose de neuf, avec des enchaînements alternatifs. J'essaie de créer une nouvelle œuvre, à partir de l'original, sans perdre la complicité entre les deux. Le sous texte de l'œuvre se trouve dans mon texte. Pour paraphraser Clarice Lispector : ce ne sont pas les mots qui importent, l'important est ce qui se trouve sous les mots. Je m'expose beaucoup à chaque film, à travers mes personnages, qui deviennent une extension de moi-même.

Est-ce que les acteurs sont des parties intégrantes de votre processus créateur ?
Sans aucun doute. Je ne leur donne pas le scénario. Je demande d'abord qu'ils lisent le livre. Je provoque l'acteur, pour qu'il s'immerge dans le personnage, et dans la circonstance. Pendant la préparation, je préfère ne pas répéter les scènes. Cela permet d'éviter l'usure et la banalisation des situations qui vont être filmées ultérieurement. Nous arriverons sur le plateau sans idées préconçues. Ainsi, les comédiens arrivent immergés dans les circonstances réelles de l'histoire et dans l'émotion des personnages. Par l'improvisation, ils vont pouvoir incarner des personnages. Nous parlons beaucoup (pendant des semaines, des mois) à propos de chaque acteur : c'est un processus dynamique, naturel, absorbant, passionnant. Les acteurs coopèrent et y collaborent beaucoup. Ils ne sont plus chacun d'entre eux, ils deviennent "l'autre". 

En 2009, vous avez reçu un hommage lors du Festival de Toronto, lorsque votre film Hotel Atlantico a été choisi pour participer à la sélection officielle du Masters Programme, à côté de réalisateurs comme Amos Gitai et Alain Resnais. On a comparé le film au cinéma de David Lynch.
Peut-être à cause de la rupture avec la narration classique. Hotel Atlantico est devenu un film étrange, osé. Le film a reçu beaucoup d'éloges à Toronto et dans d'autres festivals à l'étranger. Il a été décodé et compris, justement, à cause de son audace. Cela a été un grand honneur pour moi d'obtenir une première mondiale au Festival de Toronto. (...)
Dans Hotel Atlantico, j'ai évité les compromis avec la narration traditionnelle. J'ai voulu rompre les frontières du récit, sans me soucier de la cohérence. Bref, j'ai fait ce que je voulais.hotel atlantico de susana amaral

Votre prochain long-métrage va être Perto do Coração Selvagem [basé sur le livre homonyme de Clarice Lispector]?
En fait, j'ai un autre projet devant moi – simultanément avec quelque chose qui est proche de ma vie. Je veux faire un film plus commercial, moins choquant (rires).
Mais on va devoir attendre : il faut beaucoup de patience pour faire un film au Brésil.

Qu'est-ce qui vous motive à continuer à créer ?
Je veux toujours faire un prochain film : je suis assez inépuisable. Je continue sur les rails.

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