Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
06/05/2009
 

Tabac et cinéma - Histoire d’un mythe d’Adrien Gombeau

Les mystères de la cigarette

Tabac CinémaAborder le cinéma à partir d’un geste banal, celui d’en griller une, et tenir la distance d’un livre cette proposition qu’une cigarette suffit à éveiller les mythes, relève, au premier abord, de la gageure de potache ou du pari de dilettante. Adrien Gombeau avec Tabac et cinéma - Histoire d’un mythe prouve le contraire. En six chapitres où fourmillent les commentaires les plus surprenants sur l’acte de fumer au cinéma, il va parcourir, de la naissance jusqu’à la mort, la vie de cette lente évaporation. Partant de l’idée que si les acteurs fument au cinéma, c’est d’abord pour créer une image, il va bien vite nourrir cette première proposition de toute une série de digressions où la fumée sera tour à tour séduisante, suspendue, aventureuse, rebelle, indomptable, mortelle, fascinante, imaginaire.

Ecrit dans une langue plaisante où l’humour s’allie à une érudition jamais en défaut, Tabac et cinéma déroule ses volutes vaporeuses avec charme et intelligence, imposant progressivement cette évidence que la cigarette occupe, dans l’univers cinématographique, une place particulière, celle où les mythes s’engendrent, où les fantômes prennent forme, où les certitudes s’évanouissent.

Surpris, nous constatons que les figures légendaires du cinéma, les acteurs comme les réalisateurs, les personnages comme les situations d’exception, s’accompagnent des accessoires du fumeur : cigarette, pipe, cigare, chique à tabac, porte-cigarette, blague à tabac, etc. De la pipe de Monsieur Hulot au cigare de Groucho, de celui d’Orson Welles à la cigarette d’Alfred Hitchcock, de celle d’Humphrey Bogart au porte-cigarette d’Audrey Hepburn, de celui de James Bond au cigarillo de Clint Eastwood, un ensemble d’attitudes, de jeux, d’intentions, de signes se mettent en place, s’inscrivant avec précision et nécessité dans la logique du récit, faisant corps avec lui, lui devenant comme indispensable. La cigarette est de tous les plans, de toutes les classes, de tous les scénarios. Elle peut être singulière ou quelconque, complice ou solitaire, féminine ou masculine, dramatique ou comique, primitive ou extra-terrestre. Elle est particulière et pourtant universelle.

Adrien Gombeaud, avec beaucoup de malice, force notre admiration car sous sa plume, Tabac et cinéma se conjugue avec une telle évidence qu’on en arrive à se demander comment un film pourrait voir le jour en faisant l’économie des charmes du tabac, en faisant le déni de ce que proposent les mystères de la cigarette. Aussi doit-on s’interroger sur l’avenir du cinéma quand on sait les efforts de certains d’éradiquer la cigarette de toute représentation visuelle, ces censeurs à la petite morale qui ignorent que la fumée est la matière la plus photogénique, mais aussi la plus libre et la plus indomptable qui soit.

Tabac et cinéma - Histoire d’un mythe d’Adrien Gombeau

commentaires propulsé par Disqus