Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
07/03/2011
 

Tamara Drewe de Stephen Frears

 

Tamara DreweDans le petit village d'Ewedown, au cœur d’une Angleterre de cottages bien entretenus, trônent des écrivains en résidence, parmi de belles vaches placides. Dans ce Dorset si bien décrit dans les romans de Thomas Hardy, les bobos de la culture (les « liberals » dit-on en Angleterre, ceux qui lisent The Guardian) vivent en harmonie avec les paysans du coin et leurs animaux. Une sorte de pastorale jusqu'à ce que… jusqu’à ce que Tamara, une jeune journaliste londonienne (pour The Independent, tabloïd du centre gauche) particulièrement effrontée, ne vienne secouer tous ces princes du faux cul. Avec la complicité et surtout l'aide indirecte (c'est la bonne idée du film) de deux redoutables adolescentes désoeuvrées qui s'emmerdent parmi les cartes postales stéréotypées. Ces trois filles nous envoient dans les cordes, accompagnées d'une rock star imbue de sa personne. À côté d’eux, les écrivains, avec leurs illusions sur l'écrit publié et vendu en librairie pour le grand public, ont l'air de nains de jardins dans le cirque du spectacle, de zombies voire de fantômes désuets. À force d'envoyer des fusées, ce quatuor d'enfer (trois filles et un mec) particulièrement tonique va secouer une société dont le quotidien est de sommeiller au ras des pâquerettes.

Toute cette panoplie des travers de personnages ridicules, a été inspirée à Stephen Frears par un roman graphique de Posy Simmonds (1). What’s news please, Rosemary Elisabeth ? Posy Simmonds, dessinatrice anglaise, est passée avec brio de la bd à ce nouveau genre littéraire qu'est le roman graphique, c'est-à-dire des textes entre les cases et les strips, (aux Etats-Unis, Wil Eisner ou Art Spiegelman ont rendu célèbre ce nouveau style). Pour Tamara Drewe, son roman graphique, Posy Simmonds s'est inspirée de Loin de la foule déchaînée, un roman de Thomas Hardy tout comme pour l'un de ses livres précédents, Gemma Bovery, (une variation extrêmement drôle de Madame Bovary du père Flaubert).

Bonus

On se souvient de l'épisode de Cinéma Cinémas consacré à Stephen Frears interrogé à Londres lors du montage des Liaisons dangereuses (1988). Après le gros budget du film, Anne Andreu, lui demande s'il pourra encore réaliser des films à petit budget comme ses premiers films ? – « Why not ? » , répond Frears. – « Sans frustration ? », insiste-t-elle - « Oui, Oui, on peut se passer d'un hôtel à quatre étoiles ». En effet, Tamara Drewe est, financièrement parlant, un petit hôtel deux étoiles bien plus sympathique que les grands hôtels.

L'entretien en bonus de ce DVD a lieu dans un grand hôtel bruxellois, mais donne l'impression d'avoir été tourné dans le Dorset (le jardin derrière l'hôtel comme décor). Montage de différents angles de prise de vues signé Antoine Lanckmans et Arnaud Crespeigne que les lecteurs de Cinergie connaissent bien, of course. Frears nous explique aussi que grâce à Renoir (Tony) et Pagnol (Regain), il sait ce qu'est un drame pastoral et, surtout, il revient aux sous dépensés pour le cinéma. « Plus on a d'argent, plus gros sera l'échec, ce qui compte, est d'avoir la bonne somme ».

  1. Dans les années 80, Posy Simmonds dans The Guardian faisait mourir de rire, (uniquement en bd, à l'époque), les lecteurs « liberals ». Dans l'une d’elle, on voyait une famille bobo qui écoutait Jesper le nouveau mec de leur fille Belinda.

Extrait : Jesper :  « Elle ne vit pas dans l'égalité … mais dans la passion. Elle ne vit pas une confortable camaraderie entre égaux … mais le machisme et la violence... vous êtes des tièdes ! Inutile de dire que Belinda ne pipait mot. Après leur départ, de la mère au père indigné : « Nous sommes des libéraux cotonneux ? (...) nous serons mangés par les mites ! »

  1. Cinéma Cinémas, 4DVD, épisode 10ème édition de L'INA.

Tamara Drewe, de Stephen Frears, édité par Cinéart, diffusé par Twin Pics.


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