Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/1997
Mots-clés : théorie du cinéma
 

Cinéma méditerranéen - Une cinématographie engagée

Quelques exemples intéressants
Comme beaucoup de pays du sud de la Méditerranée, l'Egypte est écartelée entre le désir de modernisme à l'occidentale d'une classe marchande aisée et un radicalisme islamique de plus en plus fanatique et violent. Avec Le Terroriste, Nader Gallal choisit clairement son camp en épousant les idéaux de tolérance, d'ouverture au monde et l'inconscience économique de la classe dominante. S'il dénonce quelque peu ses travers en la filmant très " sitcom ", cela reste indulgent tandis que la charge contre l'inculture intolérante et violente de l'autre camp est, elle, frontale. Adopter le ton de la comédie populaire constituait sans doute une manière d'adoucir le propos mais, là aussi, le réalisateur passe à côté de son sujet. La description burlesque des doutes, des hésitations de notre brave terroriste. Le fond en appelle à la raison, à la tolérance, à l'humanité mais la forme est vigoureusement polémique. Comment s'étonner dès lors que le film ait été mieux accueilli en occident qu'en Egypte même ? Se voulant un appel à l'apaisement, le film est surtout un témoin douloureux de la plaie profonde, du fossé d'incompréhension qui divise tous les pays arabes du bassin méditerranéen, trop près de l'occident, trop tiraillés par leurs racines.

Pretty, village de Stan Dragojevic En Yougoslavie, cela fait déjà cinq ans que les tensions ont éclaté avec une violence qui, encore aujourd'hui, nous laisse abasourdis. Les cinéastes yougoslaves, eux, ont dépassé le stade de la perplexité. Quand on est brûlé au fer rouge, on ne cherche pas à comprendre pourquoi le fer est chaud, on hurle. Vukovar et Tragédie burlesque nous renvoient, chacun à leur manière, cette profonde détresse. Avec Vukovar, Boro Draskovic entendait porter témoignage sur la tragédie vécue par cette petite ville en 1992. Respectant la chronologie des événements, entremêlant sa fiction d'images d'actualité, il raconte simplement la montée de la bêtise, de l'intolérance, du fanatisme, la résistance impuissante de l'immense majorité de ceux qui veulent vivre en paix devant la force de plus en plus brutale des milices. Puis, c'est le basculement dans la folie guerrière, les destructions, les pillages, les viols, les meurtres. Une insoutenable réalité rendue avec un réalisme hallucinant dont le réalisateur ne nous épargne pas grand-chose. Plus question de constat dès lors. Avec sa force d'émotion brute, avec ses excès aussi, Vukovar est un horrible cri de souffrance qu'on prend en pleine figure. Dans Tragédie burlesque, Goran Markovic utilise une autre forme d'expression très slave : la fable métaphorique. Partant du constat d'une société totalement désorganisée où plus rien de fonctionne, au point que les asiles doivent fermer leurs portes et libérer les aliénés dans la ville, Markovic élabore une transposition symbolique savoureuse d'un monde où les fous se distinguent à peine des personnes dites censées. Ici aussi, ce qui perce, c'est la douleur, l'incompréhension, l'impuissance. Ici aussi, Markovic s'implique dans son propos à tel point qu'il en perd le contrôle. Sa fable se gonfle à l'excès, ses ficelles apparaissent trop grosses, l'émotion, prenant le pas sur la démarche cinématographique, passe mal et le résultat final apparaît un peu brouillon. Chacun jugera si le contexte lui permet de dépasser ces excès.La corruption endémique, le règne de la combine, de l'arnaque institutionnalisée, les pays de la Méditerranée n'en ont pas le monopole mais certains d'entre eux connaissent ce problème depuis tellement longtemps qu'ils ont appris à vivre avec. D'autres tentent de réagir, un thème qui a intéressé Ricky Tognazzi dès son premier film. En trois long métrages, ce cinéaste survitaminé s'est imposé en Italie comme le réalisateur le plus en vue de sa génération. Avec Le Jour du chien, il brille une fois de plus par son sens de l'image et du mouvement. La mise en scène nerveuse, le montage saccadé tiennent le spectateur en haleine. Le résultat est brillant, certes, mais on ne peut s'empêcher de se demander si cette tendance moderne à privilégier le rythme, l'alternance tension-détente, comme élément dynamique ne se fait pas au détriment de la progression dramatique. Dans ce cas, l'histoire que l'on raconte deviendrait moins importante que la manière dont on la raconte, la forme prendrait le pas sur le fond.
Gitan, l'univers de Tony Gatlif est fait de la liberté brimée, de la nostalgie des grands espaces perdus, de la difficulté de vivre en harmonie avec les sédentaires qui rejettent, écrasent, normalisent tout qui ne manifeste pas l'envie de s'accrocher à la terre et à la propriété. Avec Mondo, adaptation ambitieuse de la très belle nouvelle de J.M.G. Le Clezio, le cinéaste nous adresse un nouveau plaidoyer en faveur de ces autres, ces hommes aux semelles de vent qui restent pour lui les dépositaires de notre liberté et notre bouffée d'oxygène dans une civilisation urbaine, bien trop réglementée et compartimentée. Tout le charme de la nouvelle et la réussite du cinéaste sont de nous le laisser découvrir dans les yeux d'un enfant, clairs eux aussi comme le vent. L'univers de Gatlif , empreint de poésie et de lyrisme visuel, convient bien à la fraîcheur de cette fable poétique. On reprochera toutefois au film un manque de rigueur, dans la direction d'acteurs et la mise en scène comme au montage. Il est dommage que le réalisateur n'ait pas consacré au polissage de son film un peu de l'énergie et de la foi qui l'animent lorsqu'il s'agit de faire passer son message.

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