Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
06/02/2009
 

The Big Night de Joseph Losey

the big night Les cinéphiles ne sont pas prêts d’oublier Joseph Losey, un cinéaste que l’effet permanent d’actualité semble propulser aux oubliettes. Nous nous souvenons des plans vertigineux de The Servant (1963, scénario d’Harold Pinter, images de Douglas Slocombe) et de Monsieur Klein (1976, images Gerry Fisher), sans oublier son chef-d’œuvre The go-between (Palme d’Or du Festival de Cannes en 1971). Les éditions Doriane éditent en DVD, The big night (1951), le dernier film américain de Joseph Losey avant que la chasse aux sorcières ne le mette sur la liste noire d’Hollywood et l’exile en EuropeThe big night s’inspire d’un roman de Stanley Ellin (La peur au ventre, série noire). C'est le troisième film réalisé par Losey en cette année 1951, particulièrement fertile, après The Prowler (Le rôdeur) et M. (remake de M. le maudit de Fritz Lang dans lequel Peter Lorre y joue le même rôle).

The big night est-il l’histoire de la vengeance d’un adolescent incapable de surmonter la brutalité dont son père – rossé sauvagement devant ses yeux – est victime ? Pas seulement. D’ailleurs la raison de la furie d’Al Judge, le journaliste sportif, sur Andy La Main est aussi obscure que le secret de l’enquête de Philip Marlowe dans The big sleep (Howard Hawks a répété, plusieurs fois qu’il ne le connaissait pas). Ce n’est donc pas ce qui intéresse Losey, mais bien plutôt le conflit générationnel père-fils. On peut dire ceci : une éducation physique et sentimentale du monde à travers l’humiliation de l’un sous les yeux de l’autre et l’intensité des réactions que l’événement provoque, chez le fils, en est le principal sujet. Mais aussi l’apprentissage de la vie, de l’univers des hommes (de leur violence) et la découverte de celui des femmes chez un adolescent de 16 ans.Le film démarre d’ailleurs sur la première aliénation du jeune George La Main. Timide, ce dernier passe de la sexualité fantasmée à la réalité lorsque ses copains de classe l’obligent, sur le trottoir de l’école, à embrasser une fille dégourdie qui, pour plaire à ses copains, se moque de lui. Comment surnager dans la découverte de la sexualité et de la violence ? George s’empare de la veste de son père dans la poche duquel il glisse le revolver d’Andy et décide de régler ses comptes en passant une « grande nuit » à la recherche d’Al Judge. Une nuit du chasseur dans les ruelles de la ville, (archétype que l’on retrouve chez une autre victime du maccarthysme, Jules Dassin dans Les forbans de la nuit). The big night fait partie des films noirs américains des années 40-50 où les relations troubles et énigmatiques des personnages dans des décors insolites souvent éclairés par des chefs opérateurs issus du cinéma expressionniste allemand (les studios de l’UFA, à Berlin), sont plus importants que la clé de l’intrigue (pourquoi a-t-on tabassé Andy La Main, à vrai dire, on s’en fout).

Le film a « des rapports évidents avec la recherche de la pureté ou d’une espèce de vision puritaine de la vie comme danger permanent. Cela a aussi à voir avec le bien et le mal », confie Joseph Losey à Michel Ciment, dans Le Livre de Losey (1979, éditions Stock).

Ciment : « Ce film qui est très personnel, suit une ligne qui nous conduit à Monsieur Klein : un homme fait une espèce de voyage et découvre plus ou moins à la fin qui il est. Ici, cela est concentré en une nuit ».

Losey : « On trouve indiscutablement les mêmes éléments tout au long de cette ligne, parce que je suis moi-même resté plus ou moins la même personne ».

Pas de bonus, mais on peut ajouter deux précisions :

  1. Le film, après le départ de Losey d’Hollywood, a été monté différemment de l’ordre initial ou du désordre promu par le réalisateur. Une construction linéaire alors que Losey souhaitait que le film commence par la fin et ne revienne au début qu’à travers des flash-back.

  2. Robert Aldrich, ex-assistant des premiers films de Losey, est l’un des spectateurs du match de boxe que commente Al Judge, le journaliste sportif.


    The big night, Joseph Losey, éditions Doriane, diffusion Twin Pics.
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