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The Broken Circle Breakdown de Félix Van Groeningen

De la musique après toute chose
 

Adapté d'une pièce de théâtre dont le succès en Flandre fut colossal, The Broken Circle Breakdown annonce la couleur dès son titre. Classique de la country music qui rythme la progression dramatique du film, « Will The Circle Be Unbroken » raconte un deuil et l’espoir de se retrouver, peut-être, ailleurs. Mais voilà qu’ici, le cercle en question sera non seulement cassé, mais réduit en morceaux jusqu'à la destruction totale. Le quatrième long métrage de Félix Von Groeningen est un mélodrame poignant et étonnant, qui mêle à la fatalité de la mort et de la séparation, la joie de la musique et la douceur d'un jeune réalisateur qui signe ici son film le plus ambitieux.

the_broken_circle_breakdown de Félix Van GroeningenRécit compliqué qui se tricote perpétuellement d'allers et retours dans le temps, The Broken Circle Breakdown feuillette l'histoire d'un couple qu'une belle passion amoureuse va consumer. Didier joue de la country music avec ses amis. Entouré de champs, de poules et de chevaux, il vit dans une caravane plantée dans son espèce de ranch dont il faudra bien retaper le bâtiment principal. Un vrai cowboy que les mythes de l'Amérique largement ouverte à l’horizon nourrissent de ses libertés. Elise, elle, tatoue à tout va, son corps parsemé de dessins, et celui des autres. Leur rencontre est un joli coup de foudre, une belle passion amoureuse libre et sauvage, pleine de corps, de courses et de musique, bien sûr. Et puis un enfant arrive, qui grandit, qui tombe malade, qu'il faut soigner. Le cancer et c'est un autre monde, celui des hôpitaux, des espoirs, des rémissions, des rechutes... Et le tragique s'envenime. Cette chronologie bouleversée imprime peu à peu au film le rythme de la fatalité.

The Broken Circle Breakdown semble parfois y perdre sa solidité narrative, comme s'il flottait toujours un peu à côté de lui-même d'être ainsi toujours en équilibre sur cette temporalité morcelée. Pourtant, portée par l'omniprésence de la musique, cette évanescence en vient peu à peu à lui conférer justement une sorte d'irréalité, presque de légèreté, qui permet au film d'atteindre la consistance des contes sans basculer totalement dans le réalisme tire-larme et obscène. À cette construction chronologique, Groeningen ajoute une caméra grand angle, fluide et flottante, qui va piano la plupart du temps, souvent en travelling ou panoramique, et qui balaie les visages, les mouvements, les instants, sans les emprisonner trop fixement dans son cadre. Ample et aérien, le film en tire une certaine pudeur et sa douceur, que la musique vient continuellement renforcer... Cinq instruments à cordes, explique Didier, les sons les plus cristallins... La country comme les figures narratives et symboliques de l'oiseau, de l'étoile et de la lumière qui cousent le film de leurs multiples motifs, le portent toujours plus haut, au plus près de toutes les questions métaphysiques qui le traversent.

Alternant esthétique contrastée et montage plus découpé dans les scènes d'amours, de joies et d'énergies qui décrivent le bonheur d'Elise et de Didier avec une caméra et un montage plus sobre dans les moments plus dramatiques et réalistes, le film va et vient entre deux univers, celui de l'amour, de la joie, du chant, et celui des couloirs d'hôpitaux, des enfants qui se meurent et des passions tragiques. Et si, comme le croit Elise, la vie finit toujours par faire payer aux gens trop heureux leurs tributs, renvoyant le bonheur aux oubliettes d’un espace qu’on aura cru rêver, reste encore l'enchantement des histoires qu'on raconte ou qu'on se raconte, que ce soit celles des étoiles dans le ciel, de la réincarnation des oiseaux ou de n’importe quel dieu. Et reste, reste surtout la musique qui, prenant à chaque fois le relais sur la parole, entraîne le film au-dessus de lui-même, et finit par l'enchanter jusque dans la mort. 

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