Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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novembre 2007
14/11/2007
 

The Direktor de Lars von Trier

the direktorPour ceux qui se souviennent de Breaking the waves ou de Dogville,The Direktor, une comédie pleine de malice que seul The Kingdom pouvait laisser présager, est une surprise de taille. Une petite société danoise d’informatique dirigée en secret par RAVN (un barbu émotif) est en passe d’être vendue à un acheteur islandais (un sacripant irascible, bourru et arrogant). Ayant peur, vis-à-vis de ses employés, d’assumer un licenciement de la société, Ravn décide de faire signer le contrat par un homme qui n’existe pas. Il demande à un ami de jouer le rôle du chef des chefs que personne n’a jamais vu auprès des employés et de signer le contrat qui les vire sans indemnités. L’acteur, le faux "direktor" (l’étonnant Jen Abinus) interprète ce chef d’entreprise inexistant, impassible et déroutant devant des salariés de plus en plus dépourvus face à des situations de plus en plus absurdes.

Le direktor n’hésite pas à faire tourner la boule à tout le monde, à se revendiquer d’un certain Gambini ( allusion de Lars à Ibsen) que tout le monde ignore sauf l’arrogant Islandais. Qu’est-ce que le cinéma ? Qu’en est-il de la production ? Quelle est la place de l’improvisation ? (C’est toute l’aventure du faux direktor).

Comme toujours, Lars von Trier joint le fond à la forme en expérimentant l’Automavision... Pardon, keskseksa ? Un cadrage sur ordinateur assez moche (les plans se règlent automatiquement au montage, filant des séries d’images où les visages sont en bas du cadre ou coupés en deux dans un bord cadre ahurissant). Mais bon, Lars von Trier, le farfelu des théories dogmatiques devait nous en sortir une autre. Résultat : l'automavision s’avère être un système déviant les paramètres recherchés à la prise de vue, implosant des scènes aléatoires à partir de plans imaginés par un chef opérateur dont les yeux doivent s’armer de lunettes de plongée sous-marine. Siouplait, qu’en dit le maître danois ?

« Automavision est un procédé cinématographique de prise de vue (et de son) développé dans l’intention de réduire l’influence humaine sur l’œuvre en convoquant l’arbitraire, pour obtenir une surface dépourvue d’idéologie, et détachée des habitudes pratiques et esthétiques ». Mouais, on comprend la philosophie, mais on ne comprend pas grand-chose à l’intérêt du procédé technico-esthétique, sinon que cela ressemble au discours rigolo de l’Islandais vitupérant contre les Danois dans le film.

Tout cela n’empêche pas The Direktor d’être une comédie intelligente. Ce qui est plutôt rare de nos jours (signée Lars von Trier c’est carrément exceptionnel).

Le malicieux bonus du DVD nous montre un Lars von Trier expliquant qu’inventer un boss fantôme lui est venu en tant que co-producteur de films : l’art d’essayer de se rendre sympathique à l’équipe. Que des loulous du cinéma aient été entubés, on en reste pantois. Tout cela expliqué avec humour par un Lars qui ne cesse de se frotter les mains, toujours aussi fidèle à son personnage déroutant. Evidemment, tout sur Automavision est expliqué de a à z – hic, mon verre de vodka please, hic – avec cette vigueur rationnelle propre au maître Lars.

The Direktor, Lars von Trier, M 6 vidéo, distribution Twin Pics

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