Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2003
Mots-clés : critique de cinéma,
 

The Emporor's Wife de Julien Vrebos

Un héritier tu donneras, ou remplacée tu seras

 Dans un grand château perché au sommet d'une colline, des invités de marque sur leurs trente et un attendent l'arrivée de leurs hôtes, l'Empereur et sa femme, pour l'ouverture du bal donné à l'occasion de leurs six années de mariage. Quelques étages plus bas, dans le froid et l'austérité des geôles, des rebelles à l'autorité impériale comptent les minutes avant de se voir trancher la tête. Les attentes de chacun ne seront pas vaines. Les premiers verront un couple majestueux et visiblement heureux en mariage entamer la première danse, et on proposera aux seconds de garder leur tête sur leurs épaules, à condition, bien sûr, qu'ils renoncent à prendre les armes contre le pouvoir en place. Ces premières scènes laissent envisager de belles promesses pour la suite du film. Pour l'intrigue premièrement, car la position de l'Impératrice est menacée par une loi secrète. Si elle ne donne pas un héritier au trône endéans les sept années, elle sera bannie et l'empereur devra prendre une nouvelle épouse. Cette nouvelle épouse, choisie pendant le bal, issue d'une bonne famille de province, est baignée dans la rébellion. Tout d'abord car sa région en est le fief, mais aussi par son amour pour un de ses chefs et enfin par son caractère sauvage et anticonformiste qui s'oppose aux traditions et au mode de vie du château. Le chambellan, homme de confiance de l'empereur et gardien des (innombrables et contraignantes) lois qui régissent l'empire, aura la tâche ardue de transformer cette jeune vierge sauvageonne en future première femme du palais.
Promesses ensuite quant à l'esthétique très léchée du film, tant pour la photographie que pour les décors de Wilbert van Dorp, qui travailla avec Peter Greenaway et les costumes somptueux réalisés par la styliste belge Kaat Tilley. Ajoutons à cela un maquillage blafard, et la scène d'ouverture du bal fait plus penser au bal des vampires, (du Festival du Film Fantastique, pas celui de Polanski), sans les vampires, qu'à l'esthétisme auxquels les films historiques nous ont habitués.
Le film mélange ainsi une intrigue un peu vieillotte (inspirée d'ailleurs de la vie de Soraya d'Iran), avec ses traditions ancestrales, ses eunuques et ses lois, à une composition visuelle à base d'ancien et de moderne, avec comme résultat une mixture atemporelle assez réussie.
Mais malgré un début prometteur, il est regrettable que cette oeuvre très européenne (une co-production entre Belgique, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Luxembourg, Espagne), se perde quelque peu dans des intrigues amoureuses qui jettent la rébellion aux oubliettes et dont la tension s'étiole peu à peu, malgré les effets de caméra du réalisateur belge Julien Vrebos et un montage rapide. Néanmoins, le film joue habilement sur les oppositions regarder / être regardé, les traditions et les lois et leurs transgressions, le conte de fée et la cruauté, le montré et le caché, l'ombre et la lumière, le chaud et le froid. En insistant malheureusement peut-être un peu trop sur le froid...

 

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