Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
janvier 2009
08/01/2009
Mots-clés : portrait, rencontre, film belge,
 

Thierry Colby, portraitiste d'artistes

Sur le tournage d'Oscar et la dame rose, nous rencontrons un monsieur avec une très belle caméra à l'épaule (comme la nôtre, mais en HD). Il filme sans arrêt, tout aussi transi par le froid que nous et, visiblement, il ne fait pas partie de l'équipe. Croyant reconnaître un confrère, nous entamons la discussion et nous apprenons que Thierry Colby (c'est son nom), fait un portrait d'Eric-Emmanuel Schmitt. Cela fait un an qu'il le suit et ce jour-là, il est venu vivre et filmer l'auteur sur le tournage de son second long métrage. Questions.

Cinergie : Est-ce que le portrait d'EES est ton premier portrait?
Thierry Colby : Non. Avec Comme au cinéma, l'émission télé sur laquelle j'ai travaillé, je partais dans le monde entier, je rencontrais beaucoup de gens et je revenais à Paris avec plein d’images. Mais le réalisateur de l’émission me disait « ok, tu me fais une minute, deux maximum ». J’étais toujours frustré de ne pas pouvoir montrer toute la matière que j’avais. Il fallait que j’en diffuse le minimum. Quand l’émission s’est arrêtée, j’ai décidé de continuer à faire les mêmes reportages, mais de prendre le temps de les travailler en profondeur pour les montrer aux gens. Mon premier travail était sur Les Choristes. Il s’appelait « Les Choristes, histoire d’un succès ». J’avais suivi l’équipe du film dans toute son aventure internationale.

C. : C’est un travail qui doit demander beaucoup de temps…
T.C. : Des mois ! Mais j’aime le travail en longueur, j’aime suivre les gens sur une longue durée, les voir vivre. Je préfère regarder la vie d’un artiste plutôt que de parler de son œuvre. Pour le documentaire sur Eric-Emmanuel Schmitt, l’idée était de répondre à la question suivante : Qu’est-ce que la vie d’un écrivain populaire ? C’est ça qui m’intéresse. Je ne suis pas assez qualifié pour analyser son œuvre, beaucoup le font déjà, et bien mieux que moi. Ce que je veux, c’est savoir comment se passe la vie quotidienne de ce personnage public. On découvre ainsi sa vie de tous les jours : les signatures dans les salons du livre, les déplacements dans toute l’Europe, comment il trouve le temps pour écrire, pour préparer son film, … C’est tout cet univers que j’ai envie de montrer. Savoir comment il vit son immense succès, c’est ça qui est intéressant.

C. : As-tu limité ton travail dans le temps ?
T.C. : Un an. J'ai choisi de le suivre tout au long de cette année 2008, car c'est une année très chargée pour lui. Il mettait en scène au théâtre La tectonique des sentiments, il a fait la promotion d'Odette Toulemonde en Italie, il a continué le lancement du livre La part de l’autre en Allemagne. Ensuite, il y a eu la préparation d’Oscar et la dame rose, plus la sortie de son livre Ulysse from Bagdad. C’était une année très riche, c’est pour ça que 2008 m’intéressait, il y avait plusieurs activités dans plusieurs domaines médiatiques.

Tournage d'Oscar et la dame rose par Thierry Colby, portrait de Eric-Emmanuel Schmitt.

C. : Est-ce que c’est lui qui est venu te chercher ou toi qui lui a demandé de réaliser son portrait ?
T.C. : C’est moi qui lui ai proposé de le suivre, parce que j’ai énormément d’admiration pour lui, comme beaucoup de gens. Je ne suis pas un « fan », mais beaucoup de ses livres m’ont touché. J’ai eu la chance de le rencontrer à plusieurs reprises, pour des entretiens télé ou radio. J’ai toujours été fasciné par l’esprit d’Eric-Emmanuel, son sens de la répartie, sa capacité d’avoir une vision très juste et très rapide des choses. Je l’ai donc contacté, et il m’a répondu assez vite. Il m’a fait confiance et on a rapidement commencé à tourner.

C. : Il n’y a jamais eu de moments de tensions ou de crispations ? Il n’en a jamais eu ras-le-bol d’être suivi par une caméra ?
T.C. : Jamais. Depuis qu’on a tourné, il ne m’a jamais dit « Là, tu arrêtes de filmer » ou « J’ai pas envie maintenant » ni quoi que ce soit. Ça s’est toujours très bien passé. Quand on filme quelqu’un sans arrêt comme ça, il faut avoir un minimum de psychologie et d’esprit critique. C’est une relation de confiance et de respect qui s’instaure petit à petit. J’ai quand même pu le filmer dans des situations inattendues. En Italie, dans un festival de littérature dans lequel il était l’invité d’honneur, il me dit « J’ai envie d’aller acheter des jeans ». Je lui réponds que c’est très bien, que je vais y aller avec lui. Et finalement, ça donne une scène… à la Pretty Woman ! Il s’est vraiment prêté au jeu. Il m’a ouvert les portes de chez lui, j’ai pu le filmer en train d’écrire, … C’est un peu l’idée de base de ce documentaire : le voir comme personne ne l’a jamais vu. Je voulais des images inédites, exclusives, le filmer dans des situations inhabituelles. Un écrivain, en général, on ne le voit que sur des plateaux télé pour la promotion de ses bouquins, éventuellement dans un salon pour signer des autographes, mais c’est rare de le voir dans sa maison. Aujourd’hui, on s’intéresse plus aux chanteurs et aux acteurs. Ce qui est fascinant chez Eric-Emmanuel Schmitt, c’est de voir à quel point il touche les gens. Ce que j’ai pu constater dans les quelques salons du livre que j’ai fait avec lui, c’est qu’à chaque fois, il y a au minimum deux à trois heures de file pour se faire dédicacer un livre ! Il n’y a qu’à regarder les autres écrivains, ce n’est jamais comme ça. À part peut-être Amélie Nothomb qui déclenche la même passion et attire autant la foule. C’est vraiment incroyable, et c’est comme ça partout. Il a un charisme énorme. Quand il parle aux gens, il leur parle vraiment, et il écoute vraiment. Ça a l’air bête, mais je trouve ça fascinant.

C. : Ta rencontre avec Eric-Emmanuel est totalement différente de ton travail sur Les Choristes. Avais-tu déjà fait ce type de portrait auparavant ?
T.C. : Oui. L’année dernière, j’ai suivi Anne Roumanoff à l’occasion de ses 20 ans de carrière. Son équipe m’avait demandé si je voulais bien la suivre. J’ai fait une partie de la tournée avec elle, et là aussi j’ai essayé de rentrer un peu dans son intimité et de la voir sous un nouveau jour. Le documentaire a été diffusé en France et il fait partie des bonus du DVD de son spectacle. Je prépare aussi un prochain portrait, dans les mêmes conditions, sur le comédien Clovis Cornillac. 

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