Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2001
Mots-clés : rencontre,
 

Thierry De Coster

À la septième sonnerie, le répondeur se met en route : " Je ne suis pas là mais laissez-moi un message après le bip ou appelez le numéro suivant " (GSM). Nous essayons, le GSM est branché sur la boîte vocale. Nous laissons un message. Le monde ne va pas en s'améliorant, ferdoum ! Vite, une kriek. Hips. Pas flagada, nous réessayons. À la cinquième sonnerie Thierry De Coster décroche quelque part dans la périphérie bruxelloise. Allo ? A l'eau ! On est coupé, degotte ferdoum ! Nous réussissons in extremis à obtenir un rendez-vous avec lui qu'il changera d'heure, trois jours plus tard.
Le Livre de la Jungle de Walt Disney est le premier film qui a impressionné la rétine de Thierry et impressionné son cerveau. " À l'époque, pour les petits, nous confie-t-il, il y avait soit les films du samedi soir à la télé qui étaient souvent des westerns ou, en salles, les dessins animés. Ce qui m'a plu c'est le travail sur l'humanisation des animaux qui était tout à fait extraordinaire de même que la musique qui était sautillante. " Les années passent, le cinéma défile comme le temps sans que Thierry éprouve une passion pour ses images d'un monde fictionnel. Il commence par faire des études d'ingénieur agronome à l'UCL. " Assez rapidement j'ai compris que ce n'était pas pour moi. J'ai travaillé dans un centre pour handicapés et avec l'argent gagné je suis parti au Mexique pendant trois ans. "
Lorsqu'il rentre, il se demande : que vais-je faire ? Aimant voyager, dégustant les reportages consacrés à la découverte du monde et de ses curiosités, il veut devenir documentariste et s'inscrit donc à l'IAD en 1984. Là-bas, il découvre d'autres plaisirs liés à la fiction, la direction d'acteur, le scénario. " J'y ai rencontré Van Lierde qui m'a fait découvrir plein de choses que je ne soupçonnais pas. C'est le personnage qui m'a le plus marqué à l'IAD. Contrairement aux idées de départ, la fiction m'a davantage intéressé que le documentaire. J'ai eu plus de plaisir à imaginer des histoires et à trouver le moyen de les raconter. J'étais dans une classe difficile. Daïcha, mon film de fin d'études s'est bien passé. Une histoire de sorcellerie dans un petit village. Il y avait un bon esprit d'équipe. C'est un court qui a surpris tout le monde, y compris la direction. Il faut te dire que j'étais dans la classe d'Emmanuel Jespers et Emmanuel Prévinaire. L'un se prenait pour Coppola et l'autre pour Fellini. J'étais donc considéré comme le petit con. "
La direction d'acteur, on s'en doute, est l'une des grande préoccupations de Thierry, qui comme chacun sait est visible sur les écrans en compagnie de Serge Larivière pour nous parler, avec un accent brusselaire, de la Kriek Bellevue. " J'avais d'ailleurs, en tant qu'adolescent, suivi une série de stages et de formations d'acteur. J'ai toujours eu ce plaisir-là. Le travail de comédien m'a toujours habité. Faisons un flash-back : Mon père a toujours fait en compagnie de son frère des tournées de clowns et j'ai joué dans un de ses sketches à l'âge de trois ans. J'étais dissimulé dans une machine à rajeunir et je n'oublierai jamais le moment où lorsque je sortais de la boite le public applaudissait à tout rompre. Cela m'a marqué. D'autant que mon père qui avait un boulot sérieux dans les assurances n'arrêtait pas de raconter des histoires qui faisaient rire tout le monde. J'ai hérité de ça et, au fil du temps, j'en ai fait quelque chose de professionnel. Pendant mes études, je n'ai cessé d'enchaîner les petits rôles. Pour l'un d'eux, j'ai accepté de maigrir de quinze kilos en un mois et demi, frappé par le travail accompli par Robert De Niro dans Raging Bull de Scorsese. J'ai bu quatre litres d'eau par jour et j'ai mangé des ananas et des légumes. Je suivais avec passion le boulot de De Niro/Scorsese. Cela étant, ma deuxième admiration va à Frank Capra à ses films avec James Stewart. Le côté english touch me fascinait ".
Entre 1984 et 1987, il travaille au JT de la RTBF, réalise une série de films documentaires au Cameroun - " C'était Tintin au Congo, pour moi " - à la demande du Ministère de la Culture " C'était fabuleux. J'avais vingt-cinq ans, je gagnais très bien ma vie. Je suis tombé amoureux de l'Afrique. C'est probablement la plus belle charnière de ma vie que le Cameroun. " Puis ce sont des publicités pour Dream Factory. Après avoir réalisé quantité de spots en tout genre, Thierry, en a ras-la-calebasse. Nous sommes en 1988. Il rencontre Hubert Toint qui était en train de ramer sur Bleu Marine de Jean-Claude Riga " qui a été une galère au sens propre comme au figuré. Il m'a demandé de devenir directeur de production dans les pires conditions qui soient : c'est-à-dire pas d'argent et une situation de conflit avec le réalisateur. Un beau défi. J'ai dit à Jos Tontlinger, qui travaillait avec Hubert : c'est parfait, c'est pour moi ! (rires). J'ai enfilé mon casque à pointe et j'ai décidé que c'était le meilleur moyen pour moi de prouver que j'avais ma place dans le monde du cinéma. J'ai bouclé le film. " Grâce aux contacts que Thierry avait conservé dans la pub, la réalisation d'une série de spots permet à Hubert de financer Marie. Ce fut pour Thierry l'occasion de suivre de A à Z le travail de production d'un long métrage de fiction, depuis l'écriture jusqu'a la sortie en salles. " Je me suis occupé des bandes annonces et parallèlement Hubert m'a demandé de m'occuper du secteur documentaire et de prendre la direction commerciale de Saga. Ça m'a permis de faire les marchés notamment avec Rue de l'Abondance de Marie-Hélène Massin. "
C'est à ce moment-là qu'il rencontre Anne Levy-Morelle qui avait le projet du Rêve de Gabriel. Une première ébauche qui ne trouve pas de producteur. " J'ai lu le projet et je l'ai trouvé génial. On s'est dit, Anne et moi, qu'on allait faire un grand film de cinéma à partir d'un documentaire. J'ai passé cinq semaines en Patagonie, l'équipe plus encore, à vivre les choses sur place avec ce vent qui vous décoiffe au sens propre comme au sens figuré. On revient transformé et ça donne une énergie supplémentaire.
Si le film a si bien marché en salles, c'est parce qu'on l'a suivi, que nous avons géré nous-même le travail de promotion du film. Chaque élément a été pensé. Par exemple, le terme documentaire ne devait apparaître nulle part, ni sur l'affiche ni dans le dossier de presse. C'est un film et donc on s'est adressé aux journalistes de cinéma. Ç'a été très porteur. On a évité la promo genre réclame (les gens ont un cerveau !) pour parler du fond. J'ai découvert que les réalisateurs et les producteurs ne font pas le travail jusqu'à la sortie en salles de leur film. Il y a souvent, lorsque celui-ci est terminé une rupture tant financière qu'artistique et c'est un drame. Or, c'est quelque chose qui ne se délègue pas. D'autant que pour la majorité des distributeurs en Belgique, leurs films venant de l'étranger, ils ont déjà un packaging promotionnel préexistant et des modes de fonctionnement qui sont devenus mécaniques et récurrents.
Les cinq mille entrées ont été franchies extrêmement rapidement à la surprise générale. Aujourd'hui, c'est curieux, j'ai avec la Pointe du coeur le même scepticisme qui m'entoure. parmi les gens du métier. Et, pourtant - malgré la difficulté du sujet : la souffrance et la mort -, je reste convaincu qu'on fera un bon score en salles. Il y a des gens directement concernés. À l'Hôpital Saint-Pierre, la direction a adoré le film et ils offrent le billet de cinéma pour l'Arenberg-Galeries (le film sortira en février) à tout le personnel, sans compter le milieu médical, la ville de Bruxelles qui était impliquée et les spectateurs qui ont été fascinés par Le Rêve de Gabriel, et du coup il y a des avant-premières payantes qui sont en train de se dessiner à travers les Rotary, à travers des cercles d'intellectuels. C'est un support de réflexion puissant qui nous permet d'aller chercher des cercles de spectateurs qui n'ont rien à voir avec n'importe quel autre film. C'est la raison pour laquelle j'ai la prétention de dire que je ferais au moins mes cinq mille spectateurs. Si l'on dépasse les vingt mille, on sort le champagne, on verra. "
Entre-temps, ayant créé Sokan en juillet 1997, il se découvre un désir de fiction de plus en plus grand tout en continuant à produire du documentaire (bien qu'on y gagne très mal sa vie tout en travaillant beaucoup). Il réalise en 2000 Degotte Ferdoum (un film dont nous vous avons parlé dans le numéro 55).
Hop, le bouchon saute ? Non point, les meuks, comme dirait Agrippine, je ne suis pas shootée faridon. Non, Hop ! est un long métrage terminé récemment par Dominique Standaert et produit par Thierry. " Le scénario est remarquable et il a prouvé que c'était un vrai directeur d'acteurs. La particularité du film est son financement belgo-belge avec Michel Houdemont, un producteur flamand, Dominique pour Bruxelles et moi pour la Wallonie où j'ai amené à la fois Wallimages mais également Promimages (pour l'aide aux nouvelles technologies). Le film a été tourné en noir et blanc avec la nouvelle HD-Cam de Sony, ce qui est une première en Belgique (au niveau du kinescopage on a un rendu tout à fait exceptionnel). Rémon Fromont a eu beaucoup de plaisir à l'utiliser. Il s'agit d'un père congolais et de son fils sans papiers, avec en toile de fond beaucoup de décors de l'époque coloniale. "
Nous aurons bientôt l'occasion de vous en reparler. Faisons un chiasme : revenons au théâtre puisque Thierry a un projet en écriture " avec Serge Larivière et moi dans les rôles principaux. C'est écrit par Olivier Appart, scénariste réalisateur à BlaBbla. On est devenu très amis Serge et moi. C'est un peu un duo qui fonctionne comme l'Auguste et le clown blanc ! Et puis je joue dans Souffleurs aux gradins, un spectacle pour huit comédiens qui a été représenté plus de deux cents fois en six ans. On fait des tournées dans le sud de la France, chaque année. Et ça continue... Je vais donc partager ma vie entre l'interprétation et la production. " Good Luck !

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