Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juillet-août 2008

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04/07/2008
Mots-clés : critique de cinéma,
 

This Sporting Life (Le Prix d'un Homme), de Lindsay Anderson

Angry young man

This Sporting LifeFrank Machin, mineur du nord de l’Angleterre est une brute agressive et peu éduquée. Il vit dans une minuscule chambre de bonne, locataire de Margaret Hammond, une jolie veuve mère de deux jeunes enfants et incapable de faire son deuil. Frank tombe amoureux d’elle. Son agressivité, son côté bagarreur et sa soif de réussite allant de pair, sa vie change irrémédiablement le jour où il est repéré par le dirigeant d’une prestigieuse équipe de rugby. Frank devient alors, en très peu de temps, un joueur reconnu et adulé dans tout le pays. Pourtant, Frank refuse de quitter Margaret et son appartement miteux. Maladroit, il commence à la couvrir de cadeaux et, peu à peu, arrive à la sortir de sa réserve. Les deux solitaires entament alors une histoire d’amour tragique.Fleuron de la Nouvelle Vague britannique du début des années 60 (composée par les fameux « angry young men », autrement dit des cinéastes aussi différents que Karel Reisz, Tony Richardson, Ken Russell, Nicolas Roeg ou encore Joseph Losey), This Sporting Life peut être considéré comme le premier chef-d’œuvre d'un cinéaste finalement assez méconnu, Lindsay Anderson, réalisateur iconoclaste à l’homosexualité revendiquée, né en 1923 et qui posa, tout au long de sa carrière (jusqu’à son décès en 1994), un regard critique, sévère et sans concessions sur la condition humaine. Ses deux films les plus cultes, If… (1968) et O Lucky Man ! (1973) révèleront avant Kubrick, le talent de Malcolm McDowell.Découvrant  le pouvoir de l’argent et du succès, Frank pense en effet tenir sa revanche sur la vie et tente de rendre Margaret heureuse. Mais cette dernière se révèle totalement incapable de surmonter ses démons. Leur relation prend une tournure de plus en plus désagréable et violente. Quant à Frank, il se rend bien vite compte qu’il n’est qu’un pantin aux yeux des dirigeants de son équipe. Blessé lors d’un match, il perd ses dents de devant. Allongé sur la table d’opération du dentiste, il fait le bilan de sa vie.

Tourné en noir et blanc avec un budget réduit, jouant sur une narration non-linéaire et un sujet choquant, This Sporting Life nous entraîne dans chaque étape de la vie de Frank Machin dont la violence physique cache le mal-être et le grand cœur. Le rôle est incarné à la perfection par l’un des acteurs les plus sous-estimés du siècle dernier, le génial Richard Harris (1930-2002), chaînon manquant entre le Marlon Brando d’Un Tramway nommé Désir et le Sylvester Stallone de Rocky. Explosant de rage ou en pleurs, violent et tendre à la fois, Machin est un monstre de Frankenstein incompris, atteint d’une rage de vivre incontrôlable, incapable de s’extirper d’un système qui l’a transformé en marionnette et en idole des foules, rôle héroïque qu'il n'arrivera pas à endosser. Ce rôle poignant et très physique vaudra à Richard Harris le Prix d’interprétation masculine à Cannes en 1963, ainsi qu’une nomination à l’Oscar du Meilleur Acteur. On reverra plus tard cet acteur aussi turbulent à la vie qu’à l’écran dans de nombreux chefs-d’œuvre (Un Homme nommé cheval, Robin & Marian, The Field, Impitoyable, Gladiator) et il gagnera, sur la fin de sa carrière, l’adoration des enfants du monde entier en endossant les habits de Dumbledore dans les deux premiers épisodes de Harry Potter.

Saluons également la performance étonnante de Rachel Roberts (O Lucky Man !, Picnic At Hanging Rock) en veuve inconsolable et désabusée, qui lui vaudra à elle aussi une nomination aux Oscars.

Jetant un regard noir et sans espoir sur le milieu ouvrier (pauvreté, logements vétustes, manque d’éducation), Lindsay Anderson nous brosse le portrait de deux personnages en détresse affective et socialement frustrés. Il aborde également les relations hommes-femmes dans un contexte d’incommunicabilité, ainsi que la peur des hommes d’accéder au bonheur.

Sa caméra reste au plus près des visages et des corps, comme l’atteste l’ouverture du film : un match de rugby filmé et monté comme une véritable charge de cavalerie. Lindsay Anderson nous offre des images « choc » inoubliables de dureté, mais n’hésite pas à tomber subitement dans l’imagerie fantastique, symbolique et poétique, à l’instar de cette immense araignée qui apparaît sur le mur de l’hôpital après le décès de l’un des personnages principaux.

Film emblématique de toute un pan du cinéma britannique, This Sporting Life ressortira en copie neuve le 9 juillet à l’Arenberg à l’occasion du Festival Ecran Total, et sera programmé à partir du 1er août dans le cadre du cycle « A Very British Summer ». Il sera repris par la suite dans d’autres salles.

This Sporting Life (le Prix d'un homme), 1963, de Lindsay Anderson, avec Richard Harris et Rachel Roberts – 134’

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