Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/2000
 

Thomas de Thier

Après avoir vu les films de Thomas de Thier, on s'attend lorsqu'on rencontre leur réalisateur à se trouver devant l'Holden Caufield de L'Attrape-coeur. Mais c'est à un personnage de la famille Glass du même Jérôme David Salinger (plutôt Zooey que Seymour) que l'on a devant soi (la perte de l'enfance, l'impossibilité de faire le deuil de l'univers du jeu, la confrontation entre l'imaginaire et le réel est le fil rouge de ses films).

Thomas de ThierEnfant , il grandit à la campagne. Le jardin est une jungle dans lequel il découvre la vie des animaux. Ceux-ci le fascine. Il éprouve le désir de les filmer, de capter cette liberté de voyager, de migrer, sèche l'école pour les observer dans les campagnes, entreprend des voyages ornithologiques. Après une série de ratages scolaires qui le réjouissent (un mois à L'ULB, 1 an à L'IAD d'où il se fait virer parce que le directeur estime qu'il n'est pas fait pour le cinéma), Thomas décide d'apprendre le cinéma en regardant les films, comme les jeunes gens de la Nouvelle Vague. Il use ses jeans dans les fauteuils du Musée du cinéma et dans les salles où il découvre Godard, Hitchcock, Terence Malick etc.). Henri Sonet l'encourage à réaliser avec Karine de Villers Je suis votre voisin. Essai réussi, ils décrochent le Fipa d'Or du court métrage à Cannes et du meilleur film au Festival de Bruxelles 1991. Un an plus tard, il réalise Je t'aime comme un fou, un court métrage de fiction en un seul plan séquence. En 1994, il choisit autour d'Agnès Berthon, des comédiens non-professionnels pour conter, dans Caisse Express, la journée d'une caissière et de sa fille Aurélie. A la recherche de l'oiseau blanc, un documentaire de création qu'il réalise en 1995, le mène en Nouvelle Guinée d'où il envoie des cartes postales filmées - un dispositif narratif récurrent chez Thomas : après tout, Je suis votre voisin est une série de cartes postales d'une rue de Bruxelles avec ses habitants - adressées à Aurélie (la même que dans Caisse Express). C'est aussi le prolongement d'une obsession. Après avoir exploré son jardin, on grandit et on explore un espace plus grand : le monde. Il continue avec Les gens pressés sont déjà morts, un film qui nous mène dans le grand bac à sable qu'est le désert marocain. Thomas redécouvre les jeux de l'enfance avec Ibrahim qui l'entraîne dans l'économie du don plutôt que vers l'économie de consommation dont la seule richesse est de combler le désir par le manque. C'est aussi une réflexion sur le temps qu'il convient de dépenser plutôt que de mesurer. Bref un documentaire comme on les aime à Cinergie.be, qui combine le fond et la forme du pas léger de l'artiste. C'est dire si nous attendons avec impatience ses deux prochains opus. Tout d'abord, Echographie, un documentaire qui, partant de la naissance de sa fille Lilli, a le projet de lui montrer les images du monde de ses parents, comme des cartes postales ou - qui sait ? - l'univers de Charlie Brown de Schutz ? Ensuite, Des plumes dans la tête, scénario de long métrage, en cours de montage financier, lauréat de la bourse Beaumarchais 1999 de la SACD. Projet qui bénéficie d'une aide à l'écriture de la Communauté française de Belgique et du soutien du Programme Média de l'Union européenne. L'histoire de Blanche qui, ayant perdu son enfant, refuse d'en faire le deuil, préférant se réfugier dans l'imaginaire plutôt que d'affronter une réalité qui va se présenter sous les traits de François, un ornithologue de 15 ans. Tournage en l'an 2001.

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