Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Tokyo Fiancée par Marine Fornasari, lauréate du concours de jeunes critiques

Stefan Liberski adapte Amélie Nothomb

« Tokyo fiancée » : voilà le titre du nouveau film de Stefan Liberski, ayant pour thème le Japon. Il a choisi ici d'adapter le livre d'Amélie Nothomb “Ni d'Eve ni d'Adam”, roman aux allures autobiographiques racontant le retour au Japon d'une jeune belge, persuadée d'avoir laissé ses racines dans ce pays où elle vécut ses cinq premières années. Amélie a donc 20 ans lorsqu'elle arrive à Tokyo dans le but de devenir ce qu'elle pense être : une vraie japonaise. Elle y dispense des cours de français à un jeune nippon nommé Rinri, avec qui elle va lier une relation tendre et fraternelle.
Il s'agit dans le livre avant tout de la rencontre entre deux cultures, ainsi que de l'identification erronée d'une jeune femme à une nation qu'elle croyait connaître. Sa liaison avec Rinri va lui faire découvrir son besoin d'indépendance et Amélie va finalement se rendre compte que ce qu'elle pensait trouver au Japon n'était qu'une illusion. Deux années après son arrivée à Tokyo, elle va donc littéralement prendre la fuite pour rentrer à Bruxelles.

Marine FornasariCe fil conducteur, nous le retrouvons comme noyé dans l’oeuvre de Stefan Liberski. On a le sentiment que le réalisateur a choisi ce livre comme prétexte pour réaliser un nouveau film, sans très bien saisir l'essence de son sujet. Cette sensation retire malheureusement au film son intérêt potentiel. Tous les ingrédients y sont mais l'on reste en surface. Nous avons, du début à la fin, l'impression que tout est faux. Nous n'y croyons pas. Le film semble être une succession de scènes sans cohérence organique, comme si l'on avait oublié certains passages au montage final.
Trop. Voilà le mot qui conviendrait parfaitement pour décrire ce que l'on ressent en regardant Tokyo fiancée. Trop d'intentions, trop...de tout !
Le résultat final ressemble à un premier jet plein d'idées dont on aurait oublié d'élaguer les branches inutiles. Stefan Liberski essaie entre autres à tout prix de faire de Tokyo fiancée un film drôle. Mais l'humour est maladroit et ne prend pas, comme si l'on avait semé une multitude de graines dans une terre infertile. Quant au discours, il manque cruellement de naturel. L'infantilisation est telle que nous en arrivons à nous demander à quel public le réalisateur destinait son film. Le monologue de fond d'Amélie ne nous permet pas (si nous n'avons pas pris la peine de lire le livre auparavant) de saisir l'évolution psychologique de la jeune femme durant son séjour, ce qui rend le personnage extrêmement superficiel.
Les acteurs, pour la plupart, sur-jouent et s'expriment comme des enfants réciteraient un texte appris par coeur. C'est également le cas de Pauline Etienne (Amélie), elle qui aurait cependant été parfaite pour le rôle si elle en avait fait moins. Sa frimousse aurait en effet largement suffit à rendre le récit crédible et touchant. L’interprétation légèrement plus sobre de Taichi Inoue (Rinri) est, quant à elle, malheureusement rendue secondaire par un français difficilement compréhensible.Dans le film, Amélie dit : “Les japonais ressentent plus qu'ils ne parlent.”
Voilà qui aurait dû inspirer Stefan Liberski. Les rares moments où il ne se passe rien et où la voix sautillante de Pauline Etienne ne vient pas gâcher la magie, nous voyons soudain la jeune actrice incarner à la perfection son personnage. Le Japon nous apparaît alors dans toute sa splendeur et sa finesse. Hichame Alaouié nous dévoile ainsi la beauté du pays à travers des tableaux colorés où l'eau et la nature revêtent une importance primordiale, ses images étant posées sur un fond sonore judicieusement choisi.
Les pensées d'Amélie, illustrées sur une scène de théâtre No, font également partie des points forts du film, tout comme les délicats éclairages des scènes intimes.
Dans son film, Stefan Liberski a fait le choix de filmer de façon à donner l'impression d'un reportage en temps réel. C'était une bonne idée. Il aurait cependant fallu la laisser de côté dans certains passages, comme ceux à la montagne. En effet, alors qu'Amélie se perd à la nuit tombante dans une tempête, nous ressentons malencontreusement la présence de la caméra ce qui dissipe la sensation de solitude et d'immensité espérée.
Vers la fin du film, lors de l'épisode du tremblement de terre, il s'est tout-à-coup déployé une énergie et une sincérité inattendue. Cela interpelle lorsque l'on sait qu'il s'agit en réalité du seul passage dont l'invention revient entièrement au réalisateur.
Stefan Liberski devrait-il donc concevoir la prochaine fois un scénario plus personnel ? Cela lui permettrait peut-être de ne pas se sentir limité en poursuivant les impulsions créatrices de quelqu'un d'autre...

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