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juin 2014

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Tombville ,rencontre avec Nikolas List

Fait presque uniquement par une seule et même personne, Tombville, premier long de Nikolas List, se démarque de l'industrie cinématographique, au moins par cette caractéristique. Ecrit, tourné, monté, étalonné, sonorisé par l'ex-étudiant en réalisation de l'IAD, ce film est l'apothéose d'un désir de cinéma. Catharsis réelle ou fictive, peu importe, Tombville est la libération d'un homme réfugié dans la folie pour ne pas affronter sa vérité.

Nikolas List, réalisateurCinergie : Le public bruxellois a pu découvrir ton film dans le cadre du Festival du Fantastique. Comment as-tu vécu cette projection quelque peu chahutée, comme toutes celles de ce festival ?

Nikolas List : C'est un festival que j'apprécie beaucoup, pour son public et sa relation au cinéma. C'est Fellini qui disait : « Avant, on allait au cinéma comme on allait au cirque, et maintenant on y va avec un traité de sémiologie sous le bras » !

C. : Quelles sont les références de ce film ?

N. L. : Un film qui m'a beaucoup marqué, c'est Le Cabinet du docteur Caligari où on est dans la tête du personnage et où on reste dans cette approche subjective tout au long du film, c'est une manière de justifier l'imaginaire.

Mon film raconte l'histoire d'un jeune homme, David, qui se réveille dans le noir, amnésique, dans un endroit qu'il ne connaît pas et d'où il n'arrive pas à sortir. Il réalise vite que pour pouvoir échapper, il doit se rappeler comment il y est arrivé. En fait, le film a été fait avec un budget de 10.000 €. Avec si peu de moyens, il faut aller vers le radical. C'est la seule arme qu'on ait quand on se retrouve, en festival, à côté de films qui ont coûté 5 ou 10 millions d'euros.

C. Comment fait-on pour réaliser un long métrage avec si peu de moyens ?

N. L. : Techniquement, nous avons filmé avec un Canon 5D, ce qui permet une très petite profondeur de champ, parfaite pour ce film, étant donné qu'on est dans le point de vue subjectif du personnage. Cette petite profondeur de champ ne lui permet pas de voir à plus de trois mètres devant lui. Tout a été assombri à l'étalonnage, en post-production, et 70 % du son a été fait en post-production aussi.

J'ai fait la post-production moi-même, chez moi, sur mon ordinateur portable. On pourrait dire que l'on assiste à une sorte de Nouvelle Vague où on filme avec un appareil photo et on fait la post-production soi-même sur un portable. Dans ces conditions, il devient possible de faire un film comme un peintre peint un tableau. Je peux étirer une image, la déformer, l'assombrir, placer un son, ou un autre, etc.

C. : Quelles sont tes réalisations avant ce premier long métrage ?

Nikolas List, réalisateurN. L. : Je suis sorti de l'IAD avec un court métrage qui s'appelle Ange, dans la même veine que Tombville. Après, j'ai fait beaucoup de clips, de vidéo sur Internet. Je me suis retrouvé avec des demandes de clients qui voulaient une pub à 500 € et les références qu'ils donnaient, c'était des pubs qui avaient coûté 2 millions ! C'est comme ça que j'ai appris à exploiter toutes les possibilités de post-production, retouches d'images, luminosité, etc. J'ai fait aussi beaucoup de clips musicaux, de la BD aussi, en tant qu'illustrateur, tout en essayant de trouver un financement pour ce film. Au bout de 5 ans, je n'avais toujours rien trouvé, et j'ai été obligé de le faire en autoproduction.

C. : Est-ce parce que c'est un film de genre, ou à cause du thème (l’inceste), qui tu n’as pas pu trouver de producteurs ?

N. L. : Je ne sais pas si c'est le sujet qui a dérangé ou le fait que le film ne pose pas de jugement sur les actes des personnages. Ce qui m'intéresse, c'est de prendre des psychologies extrêmes, non pas pour les juger, mais pour comprendre ce qui les motive. Dans mon film, on est toujours dans le point de vue du personnage central, on est dans un monde totalement noir, sans Dieu ni Maître, assez nihiliste où l'homme est livré à lui-même.

C. : Mais même s'il n'y a pas de jugement, la violence dans laquelle David se trouve est de la souffrance sans plaisir. La lumière ne sera atteinte que lorsqu'il sera débarrassé du déni de la source de son cauchemar.

N. L. : Je précise que ce n'est pas une histoire personnelle ! Mais nous vivons tous cela à divers degrés, où notre mémoire enclenche un mécanisme de survie en oubliant des événements douloureux.

Je conçois le cinéma comme une catharsis. C'est plus sain de voir la violence à l'écran que de la garder en soi. Ce qui m'intéresse, c'est la part d'ombre qui est en nous, refoulée, parce qu'il faut être politiquement correct. Pendant mes études à l'IAD, j'ai été frappé par une phrase que m'avait dite un de mes professeurs, Luc Jabon : « Un personnage méchant qui devient gentil, c'est pas intéressant. Par contre, un personnage gentil qui devient méchant, alors là, on tient un film. » Et j'avoue que j'aime bien m'attarder sur mes protagonistes sombres, plein de violence. Ce doit être mon côté obscur. Il y a une certaine poésie de la noirceur qui me fascine.

C. : Tes personnages sont filmés en gros plans, comme si c’étaient des masques.

Nikolas List, réalisateurN. L. : Oui, parce que c'est un film claustrophobe, et que les gros plans donnent ce sentiment. Je rejoins totalement Hitchcock quand il affirme que la forme la plus pure du cinéma est le cinéma muet, qu'il faut pouvoir comprendre un film en coupant le son, uniquement par la lecture des images. Filmer en plans serrés oblige à raconter d'une certaine façon, cela oblige à avoir un point de vue, à placer la caméra d'une certaine manière. Un film, c'est du spectacle, l'aspect visuel est fondamental.

Quant à la préparation des acteurs, étant donné que je devais gérer beaucoup de postes, à moi tout seul, sur le plateau, les comédiens ont été laissés à eux-mêmes. De temps en temps, je recadrais, mais je ne les ai pas beaucoup dirigés. Et heureusement que j'ai eu Pierre Lognay dans le rôle principal et Maria Abécasis, sortis de la même promotion que moi, eux en interprétation, moi en réalisation. Je leur ai donné deux films de références, le Cabinet du docteur Caligari et un film espagnol Buried, qui se passe entièrement dans un cercueil.

C. : Ton prochain film sera dans la même veine ?

N. L. : Probablement.

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