Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Décembre 2011
 

À tort ou à raison, une belge référence!

Après Septième Ciel Belgique et Melting Pot Café les séries 100% belge entrent dans une nouvelle ère avec À tort ou à raison, une fiction judiciaire de haut vol qui débarque en janvier 2012 sur le petit écran.

photo d'Alexandra Vandernoot dans le tournage  A tort ou à raison Fin 2005, la RTBF (avec To do Today) s’était lancée dans la production d’une série 100% belge, Septième Ciel Belgique. Une courageuse entreprise, compte tenu du faible budget alloué aux 24 épisodes et du contexte très concurrentiel de notre paysage audiovisuel.Deux ans plus tard, la chaîne a su tirer les conclusions de ce qui est resté un semi échec critique et public, en produisant, cette fois avec Stromboli Pictures, Melting Pot Café, une série diffusée pendant trois saisons avec un certain succès populaire, puisque près de 350 000 fidèles en moyenne se sont passionnés pour le bistrot de Madame Astrid, incarnée par Stéphane Bissot. Avec le lancement, début 2012, de la série judiciaire À tort ou à raison, la chaîne publique - à nouveau avec To do Today – entre à présent dans une nouvelle ère, avec un projet bien plus élaboré encore. Car à mille lieues des traditionnelles séries télé formatées (type Julie Lescaut…), À tort ou à raison se caractérise par un réalisme, une originalité et surtout, un ancrage belge. Il y a deux ans, un pilote (L’Affaire Leïla, qui revenait indirectement sur la tristement célèbre Semira Adamu) avait été diffusé sur la RTBF (puis France 3, qui racheta cet opus), suscitant une attention suffisante pour que soient mises en chantier trois autres affaires (2 X 52 minutes), d’autres étant déjà en phase d’écriture. On notera que France Télévision et la VRT participent elles aussi désormais à la production, mais que la tonalité belge – et pour l’heure, surtout francophone – sera bel et bien maintenue. 

Marc Uyttendaele, instigateur de choix

Imaginée par l’avocat Marc Uyttendaele, cette série a pour ambition de montrer la justice belge au quotidien, ses acteurs avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs convictions et leurs incertitudes : bref, tous les ingrédients sont là pour redonner un nouveau souffle à un genre sur utilisé sur le petit écran. D’autant que toutes les affaires traitées s’inspirent de faits ayant touché l’histoire judiciaire de notre pays. L’avocat, soulagé dans l’écriture par Sophie Kovess-Brun et Erwan Augoyard, deux scénaristes… français, s’explique :
"Le but était, à l’inverse des séries judiciaires classiques, avec les gentils d’un côté, les vilains de l’autre, de montrer toute la nuance, toute la complexité de chaque personnage en tant que tel et donc, du système en tant que tel. C’est-à-dire de montrer qu’à travers des gens qui sont de chair et de sang, avec leurs qualités et leurs défauts, que le système est lui-même, à sa manière, fait de chair et de sang, avec les mêmes qualités et les mêmes défauts. Et donc, avec ses dérapages et avec ses vices. Même si attention, il s’agit bien de fiction ! Et évidemment, à titre personnel, jamais je ne me servirai d’un dossier. Même si je ne nie pas, et c’est évident, qu’on peut retrouver des atmosphères, des odeurs, des impressions et des éléments de contextes qui me sont propres. Ce serait grotesque et mensonger de dire l’inverse !"

Un quatuor d’acteurs belges… ou presque

photo de Bernard Yerlès dans le tournage A tort ou à raisonPhoto d'Olivier Minne dans le tournage A tort ou à raison
Autre particularité de la série: celle-ci s’articule autour de quatre personnages centraux et équitables, incarnés par des comédiens belges ou d’origine. Chacun d’entre eux incarne un regard particulier sur le monde judiciaire. Malgré leurs différences et leurs oppositions, tous sont en fait reliés par un passé commun et une expérience particulièrement douloureuse, le suicide d’un cinquième personnage, qui intervient via des flashback

Dans la série, Alexandra Vandernoot incarne l’avocate Florence Scola, une brillante magistrate au profil de diva.
"L’attente de tourner après le pilote a été très longue (deux ans!) pour nous tous, mais là, on est tous parés pour enfin en faire une série, forte, marquante et à laquelle le public se fidélisera, j’en suis convaincue. Car pour moi, et je le dis franchement, le résultat est bien au-delà de mes meilleures espérances."
Marianne Basler est Joëlle Lens, une juge d’instruction qui semble avoir quelques difficultés à faire combiner ses idéaux et avec le strict respect des lois.
"Cette série a du panache car elle lève le voile sur des abus de pouvoir dans notre société. Mais elle n’est pas manichéenne car elle montre des personnages pieds et poings liés à cause de ce qu’ils savent, mais qu’ils ne peuvent pas dire."
Bernard Yerlès lui, campe, en Yvan Maransart, le flic de service.
"Ce long et éprouvant tournage de plusieurs mois demande pas mal de sacrifices, mais on est rudement fiers d’y participer, car on y retrouve des références belges. Je suis heureux que ce pays se prenne enfin en charge en produisant cette série, surtout à une époque où nous sommes tous très bousculés par la politique."
Enfin, la petite surprise du chef vient d’Olivier Minne (Mathieu Linder, le chroniqueur judiciaire) connu comme animateur, mais qui a bien une formation de comédien.
"Un métier que je suis heureux d’enfin exercer, d’autant que j’avais initialement migré vers Paris pour lui. Quand la RTBF m’a contacté, que j’ai vu le casting et que j’ai surtout lu le scénario, j’étais aussi excité qu’apeuré par ce projet."

Un large potentiel de public

photo de Marianne Basler dans le tournage A tort ou à raisonLe réalisateur, Alain Brunard, connu comme metteur en scène de théâtre et signataire régulier de fictions, a réalisé pour France 2 (et la RTBF, déjà) un splendide docu-fiction sur Pasteur, initié par les Liégeois de Tarantula. Pour lui, un important travail en amont a été nécessaire avant le tournage.
"Quand on tourne jusqu’à neuf minutes utiles par jour, ce qui se situe bien au-delà de la moyenne, ce n’est certainement pas un luxe. Ce travail en amont m’a permis d’arriver plus à l’aise dans mon travail. Mais c’est ma méthode habituelle."
Avec 130 rôles pourvus au casting,
À tort à ou à raison permet à une pléiade de comédiens belges de se montrer (Thomas Coumans, Eric Godon, Jonas Bloquet, Alain Leempoel…) voire de s’y révéler (Benjamin Ramon, Clément Manuel…), tout en offrant une formidable vitrine à notre pays, puisque, outre son indéniable qualité, la série montre des décors bien de chez nous dont pourront profiter, en plus des téléspectateurs flamands via la VRT, les téléspectateurs étrangers, l’audience de France Télévision étant estimée à trois ou quatre millions de téléspectateurs ! Mais qui sait si d’autres pays ne vont pas emboîter le pas?  

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