Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Tot altijd de Nic Balthazar

 

Vivre digne ou mourir

Pour son second long métrage après Ben X en 2007, Nic Balthazar s'inspire à nouveau d'un fait-divers pour poser la question du choix de la fin de vie.

Dans les années 80', une bande de 3 copains gantois s’apprête à se lancer dans l’aventure de l’âge adulte. Jeunes et enthousiastes Mario, Thomas et Speck sont plein d'assurance. Mario se marie et, promis à une brillante carrière professionnelle, se lance dans la politique. Hélas, le temps de l’insouciance sera vite épuisé.

Après une courte introduction rythmée et lumineuse qui présente les personnages et dévoile leur personnalité, le réalisateur nous plonge dans une chronique de vie zébrée d’espoirs, de tristesse et de tendresse.

Lors d'une visite chez son ami Thomas, devenu médecin, la vie de Mario va basculer dans le drame. Atteint de troubles de la vision, il est envoyé chez un spécialiste qui lui diagnostique une sclérose en plaques. Combatif et détaché, il adopte une attitude ironique et ses amis semblent plus atteints que lui par cette terrible nouvelle. Mais la maladie creuse son avancée et sa cruelle évolution finit par enrayer son moral, déployant sur son corps les terribles stigmates d'un mal inexpugnable. Atteint d'une sclérose en plaques depuis plusieurs années, le gantois Mario Verstraete s’est battu pour la dépénalisation de l’euthanasie afin de donner aux patients incurables le choix éclairé de mourir libre et avec dignité. Ce débat de société, toujours sensible, avait provoqué de nombreuses polémiques, parfois houleuses, entre partisans et anti. Finalement, la loi est adoptée en 2002 et Mario Verstraete sera le premier à en bénéficier.

Sur ce sujet pourtant casse-gueule, le cinéaste évite avec justesse les écueils du film à thèse pour se concentrer sur le personnage principal et son entourage. 

Les débats médiatiques et sociaux autour de la question de l'euthanasie sont maintenus à la frontière du film (passages d’actualités à la télé), les enjeux philosophiques et moraux d'une telle décision étant développés par les autres personnages; un père refusant un acte allant contre la volonté de Dieu ou un fils affirmant que son papa « avait trop souffert et que cela suffisait ». Le débat public est donc maintenu dans la sphère privée, ce qui permet, judicieusement, de déjouer les scènes clichées habituelles de discours plus larmoyants les uns que les autres.

Flou intime

Nic Balthazar réussit donc à maintenir son drame dans la sphère intime des protagonistes grâce à une utilisation d'une courte profondeur de champ, distillant un flou permanent, tout autant symbolique de la perte de vision et de repères de Mario que de la solidarité, toujours tenace, de ses amis et de sa famille. Malgré ces qualités indéniables, Balthazar ne se débarrasse pas d’une mise en scène télévisuelle assez plate et de dialogues parfois convenus, enfermant ses personnages dans des stéréotypes figés (le médecin idéaliste, l’ami philosophe). Du coup, les comédiens semblent parfois patauger dans une forme d’exagération, grimaçant les sentiments au détriment d’une certaine finesse d’interprétation, exception faite à Koen Degreave qui parvient à éviter tout pathos. L’ensemble est aussi malheureusement déforcé par une musique appuyée, radotant des émotions déjà bien présentes à l’image et par des facilités scénaristiques (l'amour en fin de course) qui finissent par alourdir un sujet qui n’en n’avait certainement pas besoin.

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