Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Tournage de "Le zombie au vélo" - Christophe Bourdon

Les Dardenne, sauce Mel Brooks
Titre ô combien évocateur, Le Zombie au vélo, court métrage dont le tournage s’est déroulé cet été dans la région liégeoise, suscite déjà une certaine attention. Et pour cause : d’une part, il rend un digne hommage aux frères Dardenne et d’une autre, il est réalisé par un débutant, qui n’est autre que l’éclectique Christophe Bourdon, trublion du petit écran belge. En Belgique, chacun en conviendra, ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de se rendre sur un tournage où l’interprète principal est un… zombie. Et pourtant, Le Zombie au vélo est un projet cinématographique mené avec - au moins - autant de sérieux que ceux que nous couvrons d’habitude. Raison pour laquelle il est soutenu par la Commission de Sélection des films, le Tax-shelter et par une société de production, Les Films du Carré.

Un chantier rapide
Il était écrit quelque part que Nicolas George, le producteur, et Christophe Bourdon, le réalisateur, feraient un jour un film ensemble. Leur rencontre s’est en fait produite il y a tout juste un an, sur le tournage deJacques a vu de Xavier Diskeuve. Le premier y était directeur de production, le deuxième y jouait un petit rôle. « En mangeant, explique celui-ci, j’étais en train de parler du Zombie au vélo, que j’écrivais, quand un grand type inconnu me dit : c’est drôle, moi je rêverais de produire un jour Alien contre Rosetta». À partir de ce moment, ces deux mordus de cinéma n’allaient plus jamais se quitter pour, en moins de douze mois, mettre sur pied un court-métrage professionnel. Un petit exploit, lorsqu’on connaît les délais habituels de fabrication d’un film.

L’hommage aux Frères
Mais les événements surgissant dans une vie étant rarement le fruit du hasard, il serait bon de rappeler deux éléments. D’abord, Christophe Bourdon rêvait, secrètement, de réaliser un film l’année de ses 40 ans - célébrés cette année. Révélé certes par un jeu télévisé français dont il a, en son temps, battu le record de durée – il y resté entre janvier et juin 2010 ! - et où ses connaissances en cinéma lui ont permis d’engranger plus de 150 000 euros, ce journaliste avait, au préalable, déjà tâté un peu de cinéma, notamment via le métier de scénariste (Le Négociant, qu’il a coécrit en 2009, obtint le Prix du Public lors du défunt festival Média 10-10 de Namur) ou d’assistant-réalisateur (sur La Chanson-chanson de Xavier Diskeuve). Ensuite, l’idée du Zombie au vélo germait en lui depuis le mois d’avril 2013, tandis qu’il était juré au Festival du Film Fantastique de Bruxelles.« Je sortais de la vision d’un film de zombies… homosexuels philippins (NDLR: Zombadings)quand je me suis dit : tiens, et si on faisait un film de genre chez nous ? Si les Dardenne devaient faire un film de zombies, comment feraient-ils ? Directement, le titre m’est venu en tête et déjà, j’ai imaginé le décalage en prenant la chose sérieusement.»

Une équipe conquise
Bien sûr, si le producteur et (tous) les acteurs – Astrid Whettnall, Renaud Rutten, Carlo Ferrante, Olivier Bonjour… - se sont d’emblée laissés entraîner par cette aventure assez particulière, que le budget d’environ 75 000 euros a été bouclé (incluant un crowdfunding - dispensable - de 6000 euros), on le doit à la petite notoriété que Christophe Bourdon s’est bâtie en moins de cinq ans. Mais pas uniquement : sur ce projet inhabituel, on retrouve dans l’équipe des techniciens qui sont des amis de longue date, tel Frédéric Martin, un directeur photo namurois qui peut se targuer d’avoir œuvré surJames Bond et Harry Potter.

Le zombie et son vélo

L’inspiration de Mel Brooks
Au fait, les Frères Dardenne, premiers intéressés finalement, sont-ils au courant de l’existence du film ?« Bien sûr »,répond le producteur. « Nous leur avons envoyé le scénario. On n’a pas encore eu de retour. Bon, une parodie, on aime ou pas. Mais nous les considérons en tout cas comme deux immenses cinéastes, qui ont su créer une esthétique inédite dans tout le cinéma. On aime leurs films, mais cela n’empêche pas d’en rigoler, dans cet esprit belge où on aime rigoler de soi. Nous n’avons pas d’autre prétention que leur rendre hommage, jusqu’à reprendre la caméra à l’épaule. Il n’y a absolument rien de négatif.» Belle illustration le jour de notre visite, puisque Frédéric Bodson, qui campait le chef du personnel dans Rosetta, se retrouve quinze ans plus tard à jouer une scène similaire, le Zombie ayant bien sûr pris la place d’Émilie Dequenne !« Les deux palmes, complète le réalisateur, ils ne les ont pas obtenues par hasard. Leur talent est indéniable. Moi, je n’en ai sûrement pas autant, mais je leur rends un hommage amusé, un peu comme l’aurait fait Mel Brooks à son époque, avec des parodies comme Frankenstein Junior ou Robin des Bois… Toutes proportions gardées, bien sûr. Mais j’espère qu’ils vont le voir car je serais curieux d’avoir leur avis !»

Un film humain avant tout
Mais Le Zombie au vélo, ne peut se résumer à un film simplement "gore" où à une comédie. Comme le réalisateur l’indiquait dans sa note d’intention, « Il y a un discours social et politique sur l’état de la Wallonie et de ses chômeurs. Je suis moi-même passé [comme scénariste] par la case chômage pendant plusieurs années, je sais combien il peut être humiliant et démoralisant de se rendre au Forem. Derrière l’humour et l’absurdité de ce personnage qui évolue dans un film social, je voulais donc montrer à quel point un chômeur peut être rejeté par la société, en errant au milieu du reste de la population en se demandant comment trouver sa place. Comme un zombie, un mort-vivant.» Voilà qui explique la teneur un peu humaine du Zombie, qu’il a volontairement souhaité ne pas rendre trop effrayant à l’écran, d’autant que la quête du personnage est davantage de dénicher un job que de dévorer des humains. Dans ce sens, il a été indiqué à la brillante équipe de maquilleurs de Lionel Lê de songer à imaginer comme modèle Bill Murray dans Zombieland pour le maquillage d’Olivier Bonjour.

Prêt pour janvier 2015
Quelques relents clairement autobiographiques donc, pour Christophe Bourdon, une personnalité atypique, attachante drôle et dotée 

Zombie interprété par Olivier Bonjour

surtout d’une intelligence vive. « Même si je n’ai que 31 ans », renchérit son producteur, « j’ai déjà travaillé sur beaucoup de tournages et vu pas mal de réalisateurs à l’œuvre. Je peux donc certifier n’avoir jamais vu un cinéaste préparer autant son film en amont ! Cela a forcément rendu les choses plus simples au moment du tournage et rendu une ambiance formidable dans l’équipe – nous confirmons ! -. Imaginez donc, nous avons même eu le luxe incroyable de terminer des journées avec de … l’avance ! » Le néo-réalisateur, qui a repris le chemin de la RTBF en cette rentrée (On n’est pas des Pigeons et Ciné Station en télé, Les Enfants de cœur en radio), risque bien de refaire vite parler de lui au cinéma, dans un format probablement plus long. Et non, « Pas pour réaliser L’Enfant du Zombie ou La Promesse du Zombie », dit-il en souriant. « Je suis du genre à accomplir les choses à l’instinct, mais il m’arrive de savoir dire non quand il le faut. En attendant, Le Zombie au vélo sera fin prêt pour le mois de janvier ». Histoire de boucler cette "fantastique" boucle, la logique voudrait qu’on retrouve le film au BIFFF en 2015. Mais vu les thématiques abordées, le film pourrait tout à fait envisager une carrière dans d’autres festivals. « Et peut-être en télé, même si les horaires du court métrage restent encore ingrats. On espère en tout cas faire le meilleur film possible. Quoiqu’il advienne, il est fait et m’a curieusement permis de constater que la réalité pouvait parfois être plus belle que les rêves »

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