Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Tournage de "Problemski Hotel" de Manu Riche

Inspiré du roman éponyme de Dimitri Verhulst (auteur de La Merditude des choses), Problemski Hôtel raconte le basculement de plusieurs vies. Victimes d'être nés dans des régions en guerre ou en conflit armé, les personnages se retrouvent éjectés des rouages de leur quotidien, propulsés dans l'absurdité kafkaïenne du no man's land des centres d'accueil. Manu Riche, documentariste et créateur de spectacles, s'est accaparé du livre pour le mettre à l'écran. Avec l'aide de la maison de production Thank you and good night, qui avait déjà soutenu Snake Dance primé au Cinéma du Réel, Manu Riche finalisait les dernières images de tournage quand nous l'avons rencontré. Rendez-vous au dépôt de tram de Forest, en face de la Gare du Midi. Nous faisons connaissance avec l'équipe et les comédiens principaux, accompagnés d'une foule de figurants.

Cinergie : Le livre éponyme de Dimitri Verhulst vous a séduit au point de vous lancer dans la fiction ?
Manu Riche : Je n'avais pas vraiment le désir de me lancer dans la fiction. Oui, le livre m'a séduit et la thématique aussi. J'aimais l'idée de partir d'un livre qui mêle fiction et documentaire et d'en faire un long métrage qui voyage de même. Cela me permettait, en partant de quelque chose de vrai, de m 'en détacher, de dépasser le réalisme pur que dégage la thématique de la migration.

C. : L'histoire se passe dans un centre fermé ?
M. R. : Ce n'est pas un centre fermé, c'est un hôtel où se croisent des exilés, des voyageurs. Je voulais avant tout me détacher de la réalité et davantage parler d'un monde en perdition. C'est une métaphore du monde entier et non une histoire de réfugiés.

C. : Un monde où il n'y a que des problèmes ?
M. R. : Il n'y a que des « problemeski » dans ce monde-là, oui ! C'est très rare de trouver des endroits où il n'y a pas de problèmes.

C. : Mais il y a aussi des rêves.
M. R. : En effet, il y a des histoires de rêves, d'amour, mais aussi d'acceptation ou de rejet. Beaucoup de choses se passent, mais c'est vrai qu'au fond, l'histoire n'est pas toujours drôle.

C. : Racontez-nous cette histoire.
M. N. : Bipul, le personnage principal, vit dans cet espèce d'hôtel depuis quelque temps. Il a perdu la mémoire, il ne sait plus d'où il vient, ni ce qu'il a vécu. Surgissent deux filles et, soudainement, il va ressentir quelque chose pour l'une d'elles. Il a des sentiments et des émotions qu'il n'avait plus ressentis depuis longtemps. C'est une histoire d'amour, brève car la fille ne restera pas longtemps.

C. : Les comédiens ne sont pas tous professionnels. Pourquoi avoir fait ce choix ?

M. N. :
 Les comédiens professionnels sont de jeunes comédiens. Ils ont entre vingt et trente ans, ce qui veut dire qu'ils n'ont pas beaucoup d'expérience. Et ils viennent des quatre coins du monde. J'ai des comédiens qui viennent d'Irak, des non-comédiens qui viennent d'Afghanistan. Mais j'ai aussi des Kurdes ou même des Russes. L'actrice principale, EvgeniaBrendes, est une Russe qui est venue faire ses études au conservatoire d'Anvers, il y a déjà vingt ans. Le rôle principal du film est joué par Tarek Halabi, danseur chez Anne-Teresa de Keersmaeker qui fait ses débuts en tant que comédien au cinéma.Sur le tournage de Problemski Hôtel de Manu Riche

C'est leur histoire personnelle qui m'a séduit. Evgenia a vécu une partie du scénario. Tarek Halabi à lui-même un passé migratoire. Nous avons adapté le scénario en fonction du choix des comédiens.

C. Pour que ça colle à la réalité ?
M. R. : Oui, ça change tout. Il y a beaucoup de choses que l'on ne doit plus leur expliquer. Ils saventexactementce qu'est l'exil.

C. : Vous avez laissé aux comédiens la possibilité d'improviser.
M. R. : Il y a eu très peu d'improvisations car nous avions déjà travaillé le scénario auparavant. Nous avons eu deux semaines de répétition, ce qui n'est pas beaucoup au vu du nombre de personnages, mais le budget était aussi assez limité. On a travaillé d'une façon stricte, comme le cinéma l'exige.

Pour la mise en scène, j'ai recherché la fluidité et je n'ai pas découpé le film auparavant. Cela s'est fait sur le tournage, pendant les séquences. Dans ce sens, les comédiens ont eu pas mal de liberté. J'aime bien le cinéma direct, les plans-séquences.

C. : Vous avez répété les scènes du film ou d'autres scènes ?
M. R. : On a répété des scènes du film et des mises en situation. On a surtout cherché à ce que nos acteurs se familiarisent avec le lieu assez spécial dans lequel on a tourné. Le tournage s'est déroulé dans une ancienne banque, un énorme bâtiment qui ne ressemble en rien à ce qu'on peut imaginer d'un centre. Ils ont dû s'adapter à cette architecture, s'y sentir bien.

Manu Riche , sur le tournage de Problemski HôtelC. : Les personnages ont une réalité assez difficile, cependant ils ont une pointe d'humour et une certaine joie de vivre.
M. R. : Ils ne sont pas dans la tragédie. Il y a une volonté de survie chez les gens qui sont en transition. Leur jeunesse leur donne aussi un besoin de vivre très fort. Ils ont beaucoup d'humour. Ce ne sont pas des gens qui se renfrognent. Je n'ai surtout pas voulu jouer la tragédie. C'est un film assez dur, avec de l'humour noir comme dans le roman.

C. : Le scénario a été écrit à six mains.
M. R. : Il a d'abord été écrit par Steve Hawes, un Anglais que je connais bien car nous avons travaillé ensemble sur d'autres films, notamment un documentaire sur Simenon. Nous avons aussi écrit une autre fiction, pas encore réalisée. Il est parti du roman de Dimitri Verhulst. Le film est en anglais, la langue véhiculaire des comédiens. Nous travaillons par étapes. Il fait une première version que j'adapte et retravaille avec lui, puis Dimitri Verhulst relit les dialogues.

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