Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Tournage de Welcome Home de Philippe de Pierpont

Qui ne tente rien n'a rien

Philippe de Pierpont n'en est pas à son premier essai. Historien de l'art de formation, il se plonge très vite dans le monde du cinéma. Il endosse différents rôles : acteur, scénariste de films et de bandes dessinées et, pour couronner le tout, réalisateur. Après plusieurs documentaires (Que sont mes amis devenus? en 1996), il se lance dans la réalisation de courts métrages (l'Héritier en 1999) avant d'entamer son premier long métrage, Elle ne pleure pas, elle chante en 2011, inspiré du livre d'Amélie Sarn. Nous voici quelques années plus tard avec un nouveau projet, Welcome Home. Alors que dans son premier long métrage, le réalisateur abordait le thème de l'inceste induisant un processus de libération, une transition vers l'âge adulte, Welcome home se présente comme un récit d'initiation. Deux amis d'enfance, Lucas et Bert, décident de fuir le bocal familial pour... s'envoler, se tester, se faire peur, s'éclater, oser. Pour vivre, quoi.

En coulisse - Tournage pluvieux, tournage heureux

Petite escapade dans la région spadoise pour interviewer Philippe de Pierpont sur le tournage. Le château de Balmoral est vide, on attend. C'est fort joli cela dit, une belle terrasse, une piscine, un salon somptueux et une vue imprenable sur la verte campagne. L'équipe arrive, au compte-gouttes, la pluie aussi. Nous voilà face à notre homme, les yeux mi-clos mais le sourire éclatant. Les journées de tournage sont longues, le temps est compté (22 jours pour un long métrage, c'est sport), mais tout le monde y croit. Même sous la drache, chacun à son poste, motivation ambiante, hop hop hop, sous les directives précises de l'assistant réa, on sort les K-ways, on répète, on tourne, on enlève les K-ways, il se remet à pleuvoir. Même scénario. Même entrain.
Cinergie : Pourquoi ce titre Welcome Home?
Philippe de Pierpont C’est un titre provisoire. Welcome Home ne s'écrit pas comme cela devrait s'écrire donc c'est une sorte de titre énigmatique. C'est en fait le surnom que deux jeunes se donnent pour abandonner l’identité que leurs parents leur ont donnée.
C. : Quelle est l'histoire du film?
P.D.P. : Ce sont deux mecs qui sont super mal chez. Sur un coup de tête, ils décident de partir. Les événements font faire qu'ils ne reviendront plus. Ce coup de tête devient un véritable voyage initiatique très profond, très dangereux. Le plus jeune des deux n'a pas vraiment les épaules pour vivre cette aventure et il se fait embarquer par le plus âgé. Ils vont faire des conneries de plus en plus graves, et ce qui est fou, et en même temps tellement vrai, c'est que même s'ils ont pris un mauvais chemin, cette aventure va les transformer en adultes. Ce ne sont pas les conneries qui les transforment en adultes, c'est l'audace d'avoir vécu quelque chose de vrai. Les autres, ceux qui n'ont pas osé sortir des sentiers battus, vont vivre, d'après nos héros, une vie à feu doux.
Sur le tournage de Welcome home de Philippe de PierpontC.: Quel est le thème central du film?
P.D.P. : C'est vraiment un film sur l'audace. Je ne veux pas mourir et me dire : "Merde, j'ai plein de regrets, j'aurais dû oser". Eux, ils osent. Ils ne savent pas où ils vont, ils vont au casse-pipe, mais ils osent y aller et c'est cette audace qui les sauvent. Lors des castings, j'interviewais les jeunes comédiens et je leur demandais de parler d'eux-mêmes en personnages et je leur demandais : "Tiens, avec le recul pourquoi vous avez fait ça ?" et celui qui joue Bert maintenant m'a dit : "Ben, sinon on serait morts, morts physiquement parce qu'on se serait suicidés ou parce qu'on serait morts dans la drogue ou parce qu'on serait morts mentalement, on ne serait pas de vraies personnes, on serait des gens complètement éteints, étouffés, inhibés".
C. : D'où vous est venue cette envie de parler de l'adolescence?
P.D.P. : L'idée de départ vient d’un fait divers canadien : deux gars squattaient des maisons parce qu'ils voulaient vivre la vie des autres. Super point de départ anecdotique. Sinon, c'est tiré de plein de choses : de ma propre colère de jeune homme, de mes propres conneries.
C. : Comment avez-vous choisi vos acteurs?
P.D.P. : Pour le choix des acteurs, j'ai pris mon temps. J'ai casté de Noël à fin avril des dizaines et des dizaines de jeunes. Martin et Arthur n'étaient pas spécialement meilleurs que les autres, mais c'étaient vraiment des personnages particuliers. Au départ, j’ai dit non à Martin Nissen pour qu’il joue Lucas, parce qu'il ne correspondait pas au rôle que j'avais écrit. Mais il m'avait bluffé au casting, alors je me suis dit que j’allais réécrire le scénario pour lui, pour que ça lui ressemble. Finalement, je l'ai rappelé et heureusement il m'a dit oui.

Martin et Arthur (Arthur Buyssens) ont une certaine expérience de tournage. Martin est plus "intellectuel" et Arthur plus "instinctif". Arthur me fait vraiment penser à Guillaume Depardieu. Ils correspondent parfaitement aux deux personnages.

C. : Est-ce qu'on pourrait associer le cheminent du personnage de ton film Elle ne pleure pas elle chante avec celui des deux protagonistes?

P.D.P.: J'ai l'impression que toutes les bonnes histoires racontent le parcours de personnages qui vivent une épreuve à un moment donné, - des choses très difficiles - et qui en sortent abîmés ou grandis. Dans mes histoires, ils s'en sortent. En fait, dans les premières versions du scénario, ils ne s'en sortaient pas ! J’écris toujours des fins tragiques, dramatiques et à force de travailler, je m’attache de plus en plus mes personnages. Du coup, je leur veux du bien et je n'arrive plus à ce que la fin soit horrible. J'ai l'impression qu'humainement ce serait scandaleux qu’ils tournent mal alors que ce sont des gens formidables. Ce n'est pas un happy end, mais ils s'en sortent plutôt mieux qu'au début de l'histoire un peu comme dans Elle ne pleure pas elle chante.

C. : Est-ce que, comme dans Elle ne pleure pas elle chante, vous avez effectué un travail de recherche sur la couleur?
P.D.P. : Oui, j'adore travailler sur les ambiances, les lumières, les cadres. Toute cette histoire tourne autour des deux personnages, mais au-delà des personnages, j'adore créer une ambiance avec les films. Ici, c'est plutôt une palette de couleurs dans les bleus, gris et verts. Le vert pour les scènes d'extérieur parce qu'on tourne dans une région magnifique où j'habite depuis dix ans où tout est vert tout le temps. Les personnages et les scènes d'intérieur sont plus dans les bleus et les gris. On a testé plein de choses avec Claudine (Tychon) la costumière, avec Stéphanie (Fortunato) la chef déco, et avec Dries (Delputte), le chef op’ et naturellement, on s'est retrouvé avec cette palette-là.

C. : Pourquoi avoir tourné dans la région spadoise?
P.D.P. : J'espérais tourner ici et comme on n'a pas eu le budget la question ne s'est pas posée. Il fallait mettre le réseau d'amitiés et de connaissances en marche. Si on avait eu beaucoup d'argent, on aurait sûrement tourné ailleurs, mais le réseau était ici.
Sur le tournage de Welcome home de Philippe de PierpontC. : Comment s'est déroulé le financement du film?
P.D.P. : Un long métrage, on sait pourquoi ça s'appelle un long métrage, et ce n’est pas parce que ça dure une heure et demie ! Le processus est incroyablement long. J'ai commencé à écrire cette histoire il y a cinq ans, je l'ai terminée il y a trois ans, on a commencé à chercher l'argent il y a trois ans. Il y a deux ans et demi, on a obtenu de l'argent de la commission de la Fédération Wallonie-Bruxelles du premier coup. Dix mois plus tard, on obtenait l'aide de la commission flamande, du VAF, du premier coup. C'est parti sur les chapeaux de roue et, peu à peu, on a ramé. Finalement, on se retrouve avec l'argent de départ, celui des deux commissions et c'est tout. Heureusement, il y a vraiment eu un élan incroyable de solidarité. Chacun a décidé de venir pour des raisons différentes : soit par amitié, soit pour le projet, soit pour des raisons personnelles. Mais on a vraiment des gens de qualité qui ont accepté de travailler pour des cacahuètes lancées au lance-pierre. J'ai vraiment une chance de dingue. On a un temps de tournage de fou : 22 jours pour tourner un long métrage, c'est impossible. D'ailleurs, aujourd'hui, on est au début de la deuxième semaine, je ne sais pas comment on va faire. C'est très angoissant. Peut-être qu'on va se casser la figure, mais jusqu'ici, on a des images incroyables.

Site officiel : http://welcomehome-film.com/

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