Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Tous au Larzac de Rouaud

Tous au Larzac

image du documentaire Tous au LarzacAu début des années septante, l’état français décide d’étendre son camp militaire sur le Causse du Larzac. Cette décision choque la population locale composée, pour la plupart, d’éleveurs de moutons qui s’organisent en vue d’empêcher ce projet d’agrandissement qu’ils jugent contraire à leur mode de vie. Très vite, leur action va dépasser le plateau, et mobiliser un nombre de plus en plus important d’individus et de groupes venus d’horizons divers. Ils vont entrer en résistance au cri de « tous au Larzac ». Pendant dix ans, ils vont lutter, imaginant des formes d’actions à la hauteur de leur refus, créant des rassemblements monstres sur le Causse, « montant » à Paris en cohortes de tracteurs, scandant leur colère au seul cri de leurs bâtons, frappant les pavés, et occupant avec leurs moutons les pelouses de la tour Eiffel. Sans cesse, ils manifestent la légitimité et la vérité de leur enracinement et, au-delà de leurs positions pacifistes, montrent la force et la détermination que confère l’appartenance à un lieu, un territoire, une forme de vie. Pendant dix ans, l’état français va afficher une fin de non-recevoir qui poussera éleveurs et sympathisants à se radicaliser jusqu’à l’extrême de leurs forces, les voyant tour à tour résolus ou désespérés, mais toujours refusant de se soumettre aux injonctions de l’état. Avec l’élection de François Mitterrand au début des années quatre-vingt, et sa promesse tenue de ne pas reconduire le projet, une page se tourne, une victoire s’énonce et fait du Larzac comme le signe des luttes à venir.

image du documentaire Tous au LarzacTous au Larzac, le dernier film de Rouaud, retrace ces dix années de lutte, mélangeant témoignages actuels et images d’archives en un récit passionnant, où les résistances d’hier interrogent celles d’aujourd’hui, où l’engagement d’alors rejoint les luttes présentes. Lors d’un de ses films précédents, Lip ou l’imagination au pouvoir, lui aussi consacré à l’histoire d’une lutte exemplaire, Rouaud avait déjà réussi ce petit tour de force de conjuguer les leçons du passé au temps d’un présent toujours rebelle. Il avait construit son film à partir du point de vue et de la parole de ceux qui luttaient, faisant œuvre de passeur de mémoire, mais aussi cherchant à mettre en lumière les mécanismes et les alliances politiques qu’une telle lutte impliquait.

Avec Tous au Larzac, il reprend ce type d’approche faite de complicité et d’empathie mais, cette fois, il se montre moins rationnel dans sa narration, trouvant avec justesse les respirations qui donnent à son récit une temporalité qui structure tout le film. Ainsi, les étendues sauvages du Causse, la rugosité des êtres, les aspérités du terrain, interviennent dans la réalisation comme autant de suspensions du récit conférant à Tous au Larzac un souffle épique qui entraîne l’adhésion. Sans le moindre artifice, avec une rigueur qui frise l’épure, le film de Rouaud nous emporte, et déroule ces dix années de lutte autour du Larzac comme une seule et même interrogation : qu’est-ce que cela veut dire, qu’est-ce que cela implique d’affirmer une façon d’être au monde ? image du docu tous au Larzac Il y a une mise en mouvement, une dynamique d’être ensemble dans cette volonté de défendre une appartenance à une terre que Rouaud a très bien comprise et qu’il a su, avec beaucoup de finesse et d’intelligence, mettre au centre de son film comme une évidence qui ne peut que se partager.

Film de lutte en lutte Tous au Larzac est bien évidemment un film politique, au sens où loin de toute vocation militante, loin de tout discours idéologique, il prend parti pour ce qui, aujourd’hui, pose la nécessité du commun, de notre commun. Etre ensemble appelle la lutte, Tous au Larzac agit de même, et c’est pourquoi il est important. Le Larzac ne fait que commencer.


 

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