Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : court métrage, festival,
 

Tout va bien de Laurent Scheid

Très épuré, Tout va bien suit, pas à pas, les dernières heures d'un homme qui doit se rendre en prison jusqu'à ce que les portes se referment sur lui. Pourquoi ? On ne le sait pas trop. Qui est-il ? On le devine, de bonne famille, un peu tombé là par mégarde, malchance. Un accident. Un jeune type comme n'importe quel autre. Construit sur des détails, des silences, des regards, Tout va bien raconte, dans un compte à rebours qui ne se dit pas, l'effroi d'un corps, la tension qui l'habite, quand peu à peu, l'horizon se referme. Un court-métrage très maîtrisé. Et touchant.

 

« Car nous sommes des corps, avant tout, principalement et presque uniquement des corps ». À partir des mots de cette voix hors champ qui lit un livre, Tout va bien filme donc un corps et se déploie, comme en tension, en suivant pas à pas chaque étape qui conduit Raphaël en prison. Ici, rien n'est spectaculaire. Tout a lieu inexorablement et tranquillement. S'enregistrer. Se déshabiller. Passer un coup de téléphone. Les gardiens de prison font leur boulot, simplement, sans agressivité, plutôt bienveillants même pour ce jeune type qui vient de se prendre le ciel sur la tête. Les codétenus ne sont pas plus menaçants que ça. Râlent d'être un de plus. Se remettent à leurs jeux. Sa copine ne s'en inquiète pas plus que ça. Elle est occupée, elle voudrait savoir où ils vont. Voilà tout. Et la réalité de la situation de Raphaël se dévoile pour nous en même temps qu'il la découvre. Quelques mots par ci par là racontent son histoire. Un accident. Ça suffit. Mais peu à peu, le jeune homme, au fil de ces étapes traversées comme un parcours initiatique, ne peut échapper à ce qui l'attend.

Assumant pleinement son côté cinéma réaliste, Tout va bien capte Raphaël dans ses frémissements, ses tensions, ses angoisses, et ne se perd dans aucune explication. Il se construit autour des silences et des regards, toujours proche de lui, souvent en caméra portée. C'est ce corps qui bouge, qui se noue, qui se bloque qui construit sa tension dramatique de cet petit essai à la fois modeste et réussi, peut-être un peu trop effacé derrière son sujet. Mais c'est pourtant là que Tout va bien fait mouche : il raconte en douceur et avec réalisme, le désarroi d'un être pris peu à peu dans une situation que toute la réalité désigne comme banale quand pour lui, elle est simplement terrible.


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