Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2003
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Train train Medina de Mohamadou Ndoye

Le sable. La mer. Petit à petit, le vent se lève, charrie feuilles et coquillages, en ensevelit d'autres. Une brise qui déblaie la plage, lui donne sans cesse un autre visage. Sur ces bases fragiles et malléables, jamais à l'abri des éléments naturels (le vent donc, mais aussi la marée), l'homme a souvent bâti des empires, qui s'effondrent plus vite qu'un château de cartes (de sable, ici...). Comme un géant aux pieds d'argile, l'homme s'est cru, une fois tapi derrière ses remparts cimentés (faits avec du sable...), invincible. La nature se déchaîne, et tout s'écroule. Une revanche, sans doute : à force de se voir piétinée, polluée, agressée, la nature se rebelle. Son sable volé pour alimenter la cimenterie finit par recouvrir ces villes érigées sur ses plates-bandes. L'homme s'arroge le droit de bâtir partout et n'importe comment, transformant le vert en gris, s'incrustant sans demander son reste ? La nature, trop conciliante, finit par reprendre ses quartiers, en effaçant toute trace
Voilà donc le message véhiculé par ce court métrage d'animation atypique, 100% écolo, aussi bien dans le fond que dans la forme. C'est que Mohamadou Ndoye, d'abord artiste peintre de Dakar, s'est contenté de papier découpé et de ... sable, bref de matériaux recyclés (et recyclables), pour réaliser ce beau petit film. En superposant ainsi sable, carton, branches et papier journal, Ndoye fait naître à l'écran sa vision de la ville, grouillante, criarde, vivante. D'abord quelques maisons, puis une dizaine, qui finissent par former un véritable village, une medina hétéroclite et haute en couleurs, où l'on se bouscule, l'on crie, l'on se salue, dans un tohu-bohu multiracial qui fait plaisir à voir, et à entendre (excellente bande-son, pleine de collages de voix et de bruits).
Mais à force d'étendre son territoire, l'homme ennuie ses voisins, la nature et la mer : cet irrespect des autres et de la mère-terre provoque alors un " temps de malheur qui ensevelit tout ". Cette medina qui s'était bâtie sous nos yeux, par la magie (et la poésie) de l'animation, est réduite à néant, recouverte par le sable et l'eau, indomptables. Comme si elle n'avait jamais existé. " C'est ainsi que le monde tourne ", semble nous dire Mohamadou Ndoye. La nature finirait-elle toujours par l'emporter ? Dans la lignée des grands contes africains, Train Train Medina  propose une belle réflexion sur l'égoïsme de notre civilisation occidentale, soulignée avec force par la qualité de la mise en scène. A méditer.

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