Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Octobre 2002
01/10/2002
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Tribu de Joachim Lafosse

Tout Court
L'émission produite par Renaud Gilles propose un court métrage de Joachim Lafosse le mercredi 30 novembre sur la Deux/RTBF.
 " à nos idéaux perdus "
De la Tribu, on fait d'abord connaissance du père, Jan. Quittant son fils Thierry sur le pas de la porte, c'est lui, par quelques mots et signes, qui lance le ton de cette histoire de séparation difficile mais si courante de nos jours. Dans la foulée survient Pascale, la mère n°1, et s'ensuit le tourbillon bien connu : pension alimentaire, gros mots ponctués par des menaces de faire appel à la police et terminé d'un " Pars ! " Aussi cinglant que classique...
Echauffourées habituelles, auxquelles se frotte à peine Thierry, troublé par la violence haineuse qui semble habiter ses géniteurs - et ce, à son propre objet, de surcroît. Leur succède la première d'une série de scènes (articulations narratives ou / et esthétiques?) filmées dans la salle de bain aussi blanche qu'épurée de l'ancienne famille de Jan : immaculée dusol carrelé à la robinetterie, le tout baignant dans des lumières très esthétisantes mettant particulièrement en relief les corps, leurs formes, la couleur de la peau, des cheveux, etc.
Un effet assurément recherché par un réalisateur qui soigne sa recherche de cadres, mais également ses éclairages et la sélection des couleurs. Nombreux sont les passages sans dialogues, et quand dialogue il y a, il se réduit à quelques mots parfois trop essentiels - mais tout ne prend-il pas des dimensions particulières dans de telles situations ? Sont alors introduits, au fil de petites saynètes, les membres de la nouvelle famille de Jan, Gerda et son fils plus jeune Bert, ainsi qu'Anne, l'amie de Thierry.
Les mois passent avec des hauts et des bas (ponctués de nombreux fondus en au noir). La volonté du réalisateur de se focaliser sur ses acteurs et leurs relations mouvantes lui a fait choisir de ne rien laisser transparaître de l'extérieur - jusqu'à gommer tout détail temporel (on n'en situe que deux repères sur la fiction, lors de l'évocation du bébé et quelque temps après sa naissance). Assimiler le parcours vécu par ce jeune adulte (qui s'en remet assez bien et ne semble pas trop encombré par une image de père le rejetant cause divorce) à celui de la formation d'une tribu, peut-être... Dommage pourtant que cette vision idyllique des familles dites recomposées semble s'élaborer sur quelque chose de perdu, de douloureux, et de décomposé au départ (est-ce cela, l'idéal perdu ?) ; l'inverse d'un Eureka quelconque sur le sujet sans accorder aucune nouvelle proposition concrète ne frayant pas avec la naïveté la plus optimiste.
Qui sait : le petit Mathieu, le bébé mixte - qui aurait pu avoir une jumelle que l'on aurait bien fait attention de ne pas appeler Mireille (ce danger heureusement évité) -, tiendra peut-être un autre propos pour nous conter la suite de l'expérience, plus tard...

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